QUE LA FÊTE COMMENCE

QUE LA FÊTE COMMENCE

Bertrand Tavernier, 1975

LE COMMENTAIRE

On accuse les hommes de tous les maux. De gros pervers qui abuseraient de leur pouvoir pour profiter de jeunes filles ambitieuses mais sans défense (cf Harvey Weinstein). Et s’il pouvait y avoir une autre raison aux écarts de ces messieurs (cf Un moment d’égarement)? Peut-être ne savent-ils pas comment tromper leur peine autrement qu’en se conduisant comme des porcs?

LE PITCH

Philippe d’Orléans s’ennuie à mourir.

LE RÉSUMÉ

Dans l’Ouest, la révolte se prépare contre le Régent (Philippe Noiret). Le marquis de Pontcallec (Jean-Pierre Marielle) se scandalise des habitudes libertines de la Cour et surtout il ne veut plus payer l’impôt. Pour cela, il pourrait favoriser l’accession au pouvoir de Philippe V d’Espagne – et obtenir au passage une République Bretonne.

Philippe d’Orléans est traumatisé par la mort de sa fille ainée qui aurait succombé à ses excès de vins et de nourriture selon le médecin (Raymond Girard).

La mort n’a pas frappé au hasard.

Il ne peut se préoccuper des affaires courantes. Son Ministre, l’Abbé Dubois (Jean Rochefort) profite de la faiblesse du Régent pour mater la pseudo conspiration et réclamer le titre d’Archevêque.

Ne rapetissez pas le complot. Nous avons réprimé quelque chose de gigantesque!

Pendant ce temps, la Cour se divertit au bordel de la Fillon (Nicole Garcia). Philippe d’Orléans s’y amuse tantôt avec Marie-Madeleine (Marina Vlady), tantôt avec la jeune Emilie (Christine Pascal).

Pontcallec est d’abord arrêté puis menacé de déportation vers la Louisiane. Le Breton parvient à échapper à la justice mais il est finalement arrêté de nouveau par l’Abbé Dubois et condamné à la décapitation. Le Régent doit signer l’acte à contre-coeur :

J’ai lu le procès c’est une infamie. Il n’y a pas eu de séance publique, pas de débat contradictoire, pas de défenseur. On les condamne à mort mais ils n’ont tué personne.

Une décision éminemment politique…

Vous avez été trop indulgent et l’Angleterre vous en veut.

Le Régent se dégoûte. Ses fêtes ont un goût de plus en plus amer. Il fait inviter des figurants représentant la misère, le désespoir et le crime avec beaucoup de cynisme. Puis le lendemain, il a l’impression que ses membres pourrissent.

Le Roi est un petit garçon qui se porte bien. Et moi, je ne suis qu’un vieux cadavre.

Sur la route de Versailles, le carrosse lancé à toute allure renverse un enfant. Dépité, Philippe d’Orléans ne peut rien faire d’autre que de proposer une somme d’argent néanmoins incapable d’apaiser une mère dont la colère gronde.

Regarde comme ça brûle bien. Et on va en brûler d’autres… beaucoup d’autres.

Soixante-dix ans avant Louis XVI (cf Marie-Antoinette)…

L’EXPLICATION

Que la fête commence, ce n’est tout simplement pas permis.

Le peuple trime dur, ce qui lui donne le luxe de critiquer celles et ceux qui le gouvernent. N’oublions pas que diriger une nation reste cependant la plus lourde des responsabilités (cf L’exercice de l’État). Une tâche périlleuse qui n’est pas donnée à tout le monde et qui requiert de savoir marcher sur un fil (cf The Walk). On avance en regardant l’horizon, grâce à la carotte mais certainement pas sans bâton. En effet, peut-on se permettre de régner d’une manière autre qu’autoritaire? L’exemple de la gouvernance de Philippe d’Orléans prouve le contraire puisqu’elle amorce le déclin de l’Ancien Régime.

Philippe d’Orléans est pourtant un homme qui a pleinement investit sa mission. Il a conscience du rôle qu’il occupe, tout comme il n’ignore pas la postérité – sans en être obsédé. Il s’interroge :

Je me demande ce qu’on pourra bien dire de nous quand nous serons disparus. Ce qui restera de notre passage…

Il est un Régent plutôt érudit qui cherche à protéger le futur Roi des trop nombreux requins qui lui tournent autour. Ses conseils pour le Dauphin se veulent toujours éclairés même s’ils ne plaisent pas au Clergé.

Il n’y a pas de pêché dans la nature, ce sont les hommes qui ont inventé le pêché.

La Cour n’a que peu de scrupule, à l’image de l’Abbé Dubois dont les conseils sont douteux et jamais désintéressés.

Une petite fille de quinze ans, ça vous distrairait (cf Peau d’Âne).

Philippe d’Orléans a le sens de la justice et un sens moral irréprochable.

Le crime fait la honte et non pas l’échafaud.

Certes, il est libertin. Pas plus que les autres finalement. Angoissé par cette mort avec laquelle on vit, cette mort qu’on doit apprivoiser, le Régent préfère les plaisirs de la vie. Au sang qui coule, il préfère la paix dans le Royaume.

Depuis que je suis Régent, il n’y a pas eu une exécution politique!

Malgré tous les efforts de Philippe d’Orléans pour préserver la douceur de la vie, il ne peut ignorer sa violence. Le contexte impose de rester constamment sur ses gardes.

Rester en vie, c’est déjà imprudent.

Au delà des frontières, ses voisins perçoivent son attitude comme un signe de faiblesse. On s’évade trop facilement des prisons du Régent. Le bruit circule. On commence à se moquer de lui.

On dit qu’en France, tout finit par une chanson.

Si cela ne tenait qu’à Philippe d’Orléans, la France mettrait son temps à profit des trop rares plaisirs de la vie. Malheureusement, la cour de Philippe d’Orléans se coupe déjà des réalités. Seule une minorité profite véritablement de la fête. L’attitude de la Noblesse envers le Tiers Etat devient condescendante. Hors sujet.

L’essentiel, c’est de rester gai. (…) Il n’y a qu’à voir les pauvres. Pourquoi meurent-ils en masse? Parce qu’ils sont tristes!

Et puis Philippe d’Orléans vieillit. Il se lasse.

J’en ai assez d’accomplir les desseins de Dieu.

Il dirige d’une main de velours qui se desserre doucement. Son carrosse va beaucoup trop vite à l’image de cette France dont le train de vie n’est plus adéquat. Il roule sur ses sujets, ce qui est impardonnable. Le mal est fait.

Le Roi doit faire peur sinon les autres s’engouffrent dans la brèche. Signe qu’on ne peut finalement laisser de liberté à personne, sinon les Bretons réclament leur indépendance. Tout contrôler et sanctionner, sous peine de finir assassiné (cf JFK). Plutôt la tête des autres que la sienne.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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