PARANOID PARK

PARANOID PARK

Gus Van Sant, 2007

LE COMMENTAIRE

Quand les skaters sont dans un tunnel, ils ne paniquent pas tant qu’ils restent en mouvement. Confiants en leur capacité à s’en sortir. La lumière est toujours au bout. L’essentiel reste de garder son calme. Continuer les sinusoïdes comme d’habitude. Garder sa fluidité. Surtout ne pas tomber de sa planche.

LE PITCH

Un adolescent se retrouve prisonnier d’un terrible secret.

LE RÉSUMÉ

Alex (Gabe Nevins) vit à Portland. Ses parents sont en procédure de divorce. Il fréquente Jennifer (Taylor Momsen) avec laquelle il n’a pas encore fait l’amour encore que cela ne saurait tarder.

Avec Jared (Jake Miller), il fait du skate du côté de Eastside Park, plus connu sous le nom de Paranoid Park. Un endroit imaginé et construit par les locaux.

They had built the park illegally all by themselves. Train hoppers, guitar punks, skate, drunks… Throwaway kids, no matter how bad your family life was, these guys had it much worse.

Alex s’y sent dans son élément, même s’il est encore un peu impressionné par cet environnement nouveau. La cour des grands.

I don’t think I’m ready for Paranoid Park.

Yeah, but no one’s ever really ready for Paranoid Park.

La police interroge quelques élèves du lycée, dont Alex. Le détective Richard Lu (Daniel Liu) mène l’enquête sur la mort d’un responsable de sécurité de la voie ferrée, retrouvé découpé en deux.

Was it just an accident or was it murder?

Un skateboard a été retrouvé avec des traces ADN, sans qu’elles permettent toutefois de remonter jusqu’à Alex.

Il se trouve que cette nuit là, Alex est monté à bord d’un train de marchandises avec Scratch (Scott Patrick Green) rencontré par hasard au Paranoid Park. Lorsque le gardien est intervenu, Alex l’a frappé avec sa planche. Le gardien est tombé à la renverse sur la voie opposée – un train à l’approche.

Tétanisé, Alex est rentré chez lui sans savoir quoi faire. Il s’est débarrassé de ses affaires. Des milliers de pensées l’ont assailli.

… It was self defense… Tell the truth… It’s okay… Tell the police…. What would my dad do…? 

Il a tenté d’appeler son père qui se trouvait chez son oncle. Sa mère lui a demandé s’il était à l’origine de l’appel qui a eu lieu à 4h35 du matin. Alex a prétendu qu’il faisait du somnambulisme.

Tout est flou.

Mis sous pression par Jennifer pour acheter des préservatifs, Alex rompt.

Son amie Macy (Lauren McKinney) comprend que quelque chose ne va pas. Sans investiguer davantage, elle propose à Alex d’écrire une lettre qui devrait lui permettre de se libérer de ce poids.

Once you get it out there, you feel way better.

Alex écrit sa lettre puis la brûle, sans véritable soulagement.

L’EXPLICATION

Paranoid Park, c’est seul face à la difficulté.

Chaque activité a sa philosophie qui lui est propre.

Les golfeurs professionnels sont connus pour être des apôtres de la précision.

Quant aux férus d’escalade, ils sont passionnés par la maîtrise de leur environnement dans le but d’atteindre des sommets (cf Free Solo).

Bien que le surf soit considéré comme le sport cool par excellence, on ne doit pas oublier qu’il nécessite une vie d’ascète de manière à toujours pouvoir dominer la vague (cf Point Break).

Il en va de même avec le skateboard qui est une manière de résister. Symbole de contre-culture récupéré aux Etats-Unis par une population urbaine défavorisée. Les misfits – pas au sens où l’entendait Steve Jobs. Pas forcément un groupe soudé, simplement des nomades qui se retrouvent dans l’anonymat de leur skate park.

It’s not a community, it’s not like we know each other.

Des personnes comme Alex qui font mine de ne s’intéresser à rien, en apparences.

I really don’t care.

Une manière pudique de cacher un questionnement profond.

I just feel like there’s something outside of normal life. Outside of teachers, breakups, girlfriends. Like, right out there, like outside – there’s like different levels of stuff.

Les skaters ont besoin d’aller vers l’avant dans un univers urbain rempli d’obstacles. Rester concentré. Prendre de la vitesse pour avaler la pente. Redescendre dans la fosse pour mieux s’élever à nouveau. Respirer. Peut-être se permettre une figure, comme une sorte de pied-de-nez. Une forme d’expression.

Alex est un solitaire. Il n’a pas vraiment d’ami. Jared est davantage quelqu’un avec lequel il traîne.

Pour Jennifer, il n’est qu’un boyfriend jetable grâce auquel elle va perdre sa virginité pour en parler aussitôt à ses copines. À peine se souviendra-t-elle de lui.

Le divorce pénible de ses parents le fait vivre constamment dans les cartons. Alex n’a pas complètement défait ses valises car il est susceptible de partir à tout moment. Les adultes se sentent coupables de lui imposer cette situation instable, incapables de l’aider par ailleurs.

If there’s anything I can do to make it easier for you.

Alex s’en moque, il doit se débrouiller seul. En l’occurrence, il doit gérer la mort d’un homme dont il est en partie responsable.

Impossible d’en parler à qui que ce soit. Personne ne pourrait comprendre. Certainement pas son petit frère. Ni sa mère ou encore son père, tous les deux dépassés par leurs événements.

Macy lui suggère une option créative et romantique. Écrire son drame pour le faire exister, puis peut-être s’en débarrasser. Alex s’essaie à cette méthode qui ne semble pas lui convenir. Les flammes n’emportent pas son tourment.

Car il ne se sent pas vraiment coupable, plutôt perturbé d’être au centre d’une mort accidentelle. Après tout, il n’a rien fait d’autre que se débattre. Le gardien est tombé à la renverse. Etait-ce la faute d’Alex si un train passait à ce moment précis? De toute façon, il n’y a pas de témoin. Scratch ne compte pas. Personne n’a rien vu, sauf Alex qui a observé l’horreur de cet homme coupé à moitié, encore vivant.

Il souhaite rester son seul juge.

Son tourment ne s’en ira pas. Il lui appartient.

Tout ce qu’Alex peut faire de mieux est de continuer à avancer sans se laisser renverser par cet obstacle. Sans céder à la paranoia. Comme les autres galériens autour de lui. Pas de héros dans les skate park, juste des individus qui essaient de tenir sur leur planche.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

4 commentaires

  • Bonjour,
    Bravo encore une fois et merci ! Merci à vous et à Gus van Sant. Je ne savais pas pourquoi j’avais aimé ce film, je pense avoir compris à présent grace à votre analyse et 15 ans de plus…
    Merci de continuer.
    Cédric

    • Merci Cedinscri, on n’apprécie pas de la même manière avec le recul des années. Que voyez-vous dans Paranoid Park aujourd’hui?

      • Je n’ai pas revu le film, c’est votre analyse qui m’a fait comprendre que cet ado est transporté beaucoup trop vite dans un monde d’adulte avant même le drame. On le laisse se débrouiller tout seul au point d’être paralysé quand le drame survient. Ce qui est nouveau pour moi c’est que le sujet du film n’est pas tant sa réaction face au drame que la situation d’abandon dans laquelle ses parents l’ont mis car complètement dépassés. Le drame par son horreur ne fait finalement qu’affirmer le dénuement dans lequel il se retrouve, comme coupé en deux entre l’enfance et le monde adulte qu’il doit intégrer trop rapidement. Que de séparations brutales ingérables si jeune !

      • Merci pour ce commentaire! En effet, Alex ne semble pas être prêt pour le Paranoid Park mais quelqu’un l’est-t-il vraiment? Il doit se jeter dans l’arène et tenir bon. Faire du skate, sans les roulettes.

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