CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL

CE PLAISIR
QU’ON DIT CHARNEL

Mike Nichols, 1971

LE COMMENTAIRE

Beaucoup d’hommes ont eu une fâcheuse tendance à s’emparer de ce que les jeunes femmes avaient de plus précieux (cf Mouchette). Cette pratique est encore trop souvent la règle aujourd’hui (cf Harvey Weinstein). Ces cuistres font beaucoup de casse. Ils se servent sans demander puis recrachent leurs conquêtes sur le bord du lit. Après quoi, la femme a besoin de temps pour se construire et trouver son propre plaisir.

LE PITCH

Un homme traverse sa vie comme un misogyne.

LE RÉSUMÉ

Jonathan (Jack Nicholson) et Sandy (Art Garfunkel) partagent une chambre au Amherst College. Ils se partagent également Susan (Candice Bergen), bien que Sandy ne le sache pas.

Jonathan est le premier à coucher avec Susan, en secret. Il s’empresse de raconter ses exploits à son pote.

Bullshit artist! Then what??

Sandy met la pression à Susan pour faire l’amour à son tour.

Jonathan devient vite jaloux de la relation que Susan entretient avec Sandy.

He’s very vulnerable, I don’t want to hurt him.

You’re hurting me! (…) It’s me you’re supposed to be in love with!

Jonathan met un terme à sa liaison avec Susan.

Quelques années plus tard, Sandy a épousé Susan. Pendant ce temps, Jonathan enchaîne les aventures. Il semble se fixer sur Bobbie (Ann-Margret) dont la poitrine opulente satisfait ses exigences.

Size 38 with a D cup!

Cependant leur couple s’enlise. Bobbie déprime. Jonathan s’ennuie.

… What about my beer?

Sandy n’est pas plus heureux en ménage avec Susan. Tout va bien, sauf le plus important.

Susan’s a very good homemaker. Very efficient. I come home everything’s in its place. A martini, dinner, the kids… (…) Perhaps sex is not meant to be enjoyable with the person you love?

Sandy divorce et fréquente Cindy (Cynthia O’Neal), que Jonathan convoite également. Le second propose un échange au premier. Cindy éconduit Jonathan, alors que Bobbie a fait une tentative de suicide dans la chambre.

Des années plus tard, Jonathan invite Sandy et sa nouvelle compagne Jennifer (Carol Kane) à voir un diaporama intitulé Ballbusters on Parade. Le Don Juan se tape un délire sur ses femmes. Il dresse un portrait peu élégant de chacune d’entre elles.

Here’s Charlotte. Not much on looks, but great tits for 15. (…) Here’s a real cunt. I forget her name. A nazi. I banged her in Berlin.

À l’aube de sa vie, Jonathan est contraint de s’offrir les services de Louise (Rita Moreno).

What kind of man am I?

A real man.

La professionnelle doit réciter un texte écrit par Jonathan contre une somme d’argent.

It takes a true woman to understand that the purest form of love is of a man who denies himself to her, of a man who inspires worship, because he has no need for any woman. Because he has himself, and who is better, more beautiful, more powerful, more perfect… you’re getting hard… more strong, more masculine, more extraordinary, more… bust. It’s rising, it’s rising… more virile, domineering. More irresistible. It’s up, it’s in the air…

Jonathan n’arrive plus à bander autrement.

L’EXPLICATION

Ce Plaisir qu’on dit charnel, c’est un triste sire.

Les pervers narcissiques sont des hommes mal dans leur peau. On ne va pas les plaindre, car ces imbéciles font beaucoup de mal autour d’eux. Ils sont généreux, voire kamikazes, dans leur mal-être. On ne doit pas se laisser apitoyer.

Jonathan n’a rien d’extraordinaire puisqu’il n’est qu’un adolescent torturé de plus (cf Les Beaux Gosses). La vie l’angoisse, comme pratiquement tout le monde. Pour se protéger, il se cache derrière tout un tas de théories sartriennes fumeuses.

I think people only like to think they’re putting on an act, but it’s not an act, it’s really them. If they think it’s an act, they feel better, because they think they can always change it.

En apparences, il roule des mécaniques quand il s’agit de parler des filles.

I wouldn’t kick her out of bed.

En réalité, il se pose des milliards de questions sur les relations.

If you had a choice, would you rather love a girl or have her love you?

Il faut dire que le pauvre n’a pas de chance, pour deux raisons. Tout d’abord, il doit devenir un homme dans les années 40. À l’époque, les femmes sont complètement étouffées. Elles restent gentiment à leur place (cf La Bonne Épouse). Susan doit mettre son intelligence en veilleuse si elle ne veut pas donner des complexes aux hommes, sous peine de finir célibataire.

If I like a boy and I want him to keep liking me, and I’m brighter than he is, I have to not show it, or I’ll lose him.

Quant à Bobbie, mieux vaut ne pas savoir comment les hommes la traitent (cf Blonde)…

Oh, Bobbie. (…) Why do you let yourself in for this kind of abuse? 

(…) You call that abuse, you don’t know what I’m used to. 

Dans cet environnement paternaliste sans foi ni loi, le jeune homme de base doit s’imposer par la force pour devenir homme tout court. Ce n’est pas le style de Jonathan qui est un garçon assez fin.

Ensuite, il n’a pas de chance car son premier amour va s’avérer être un chagrin. Susan lui brise le coeur. Jonathan s’est pris les pieds tout seul dans une triangulaire dont il a fini par s’exclure (cf Cyrano de Bergerac). Il était vraiment tombé amoureux de Susan.

Some people you can tell right away. Most girls I talk to, it’s like we’re spies from foreign countries and we’re speaking in code. Everything means something else.

You’re very sharp, I like that.

And it means something else…

Malheureusement l’intimité entre Susan et Sandy était plus forte. Jonathan n’a pas supporté de se sentir ainsi rejeté. Cet hyper-sensible avait entre ouvert la porte porte de ses émotions. Il va la refermer aussitôt, à double tour. On ne l’y reprendra plus (cf Detachment). Plein de ressentiment, Jonathan rentre en misogynie.

Il se transforme tout doucement en connard assumé, très critique envers les femmes.

She’s got a quality : she doesn’t talk much. 

Ce qui ne l’empêche pas de séduire les femmes par ailleurs. C’est son problème : il ne sait faire que séduire à répétition, sans se donner les moyens de construire quoi que ce soit (cf Two Lovers, Crazy Stupid Love). Dans le temps, le contre-exemple de Sandy conforte Jonathan dans ses convictions.

Strictement rien n’est possible avec les femmes. Il ne faut rien en attendre, afin d’éviter de souffrir. Jonathan souffre quand même. Comme il doit absolument montrer que rien ne l’atteint, il parle de tout avec dédain.

I don’t think I fuck more than a dozen new girls a year now. Maybe I’m too much of a perfectionist.

Les femmes reste un mystère absolu. Jonathan se sentirait bien rassuré s’il parvenait à trouver un semblant de réponse. Il n’en a pas. Alors il réifie les femmes, ce qui est plus pratique pour lui. Ainsi, il a l’impression de pouvoir les maitriser. Il se rapproche de Bobbie, l’objet de tous ses fantasmes. Une femme avec laquelle il est évidemment incapable de se stabiliser.

I’d marry you in a minute. Can you cook?

Pris aux mots et mis au pied du mur du mariage par Bobbie, Jonathan va tenir des propos odieux.

Alright, where the fuck is my shoehorn? This place is a mess! There’s not any food in the house, half the time you look like you fell out of bed! You spend more time in bed than any other human being past the age of 6 months than I ever heard of!

(…) I need a life.

Get a job!

I don’t want a job, I want you!

I’m taken by ME!

(…) Please marry me.

Are you giving me an ultimatum? Is this an ultimatum?? Answer me you ballbusting castrating son of a bitch bitch!

Il se referme tout seul dans sa coquille, bourré de complexes. Les femmes deviennent ses boucs-émissaires.

You know how girls are today, they judge you.

Il fait pourtant souffrir. Mais selon lui, les femmes en premier lieu sont responsables de tous les maux. Ce sont elles qui essaient toujours de retourner la situation (cf Mon Roi).

Your mind is unbelievable. Everything upside down.

Jonathan continue de cracher sa haine de lui-même envers les femmes. Il dit n’importe quoi.

As long as she doesn’t forget who’s the boss.

Il s’imagine que la liberté serait de n’avoir besoin de personne, surtout pas d’une femme. Alors qu’il en est leur prisonnier (cf The Master). Jonathan tourne en boucle. Il devient un général d’une armée d’hommes frustrés comme lui, incapables de s’exciter pour quelque chose d’autres que d’eux-mêmes, et dont l’influence va continuer à causer des dégâts considérables dans la société.

LE TRAILER

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