L’INVASION DES PROFANATEURS
Philip Kaufman, 1978
LE COMMENTAIRE
Ces dernières années, on a pris conscience des enjeux environnementaux. Petit à petit, l’écologie a investi la politique. On accepte l’idée qu’il soit possible de vivre en harmonie avec son biotope (cf Ponyo). Et si l’on se trompait sur toute la ligne ? Si l’humanité était en guerre contre la nature ? Peut-être que la planète a besoin d’être domestiquée. Sinon, c’est elle qui va gagner.
LE PITCH
Les envahisseurs prennent racine en Californie.
LE RÉSUMÉ
Une amibe extra-terrestre vivant sur une autre planète arrive sur Terre. Elle se développe à travers de petites fleurs roses. La scientifique Elizabeth Driscoll (Brooke Adams) en remarque un specimen et le ramène à la maison pour l’étudier.
Plants have feelings you know, just like people.
Le lendemain matin, son compagnon Geoffrey (Art Hindle) ne semble plus être le même. Il se comporte d’une manière étrange.
I don’t think I have to justify my every move to you.
Elizabeth se confie à son collègue et ami Matthew Bennell (Donald Sutherland) qui a du mal à le croire.
I keep seeing these people, all recognizing each other. Something is passing between them all, some secret. It’s a conspiracy, I know it.
There can’t be a conspiracy!
Matthew, I’m telling you something is going on here.
Il recommande à Elizabeth de voir un psy, le Dr Kibner (Leonard Nimoy). En chemin, d’autres événements étranges ont lieu. De plus en plus de monde remarque que quelque chose ne tourne pas rond.
Jack (Jeff Goldblum) et Nancy Bellicec (Veronica Cartwright) découvrent des corps embryonnaires qui sont des reproductions d’eux-mêmes. L’espèce extra-terrestre est en train de cloner les habitant·es de San Francisco pendant leur sommeil pour les remplacer (cf Les Rescapés du Futur).
People are being duplicated. And once it happens to you, you’re part of this… thing. It almost happened to me!
Matthew, Elizabeth, Jack et Nancy essaient de ne pas s’endormir. Ils doivent cacher leurs émotions afin de passer incognito.
Les extra-terrestres ont déjà industrialisé leur entreprise.
Kibner a été remplacé. Son double essaie de rassurer Matthew et Elizabeth, avec beaucoup de pédagogie.
We came here from a dying world, we drift through the universe, from planet to planet. Pushed on by the solar winds. We adapt and we survive. (cf Life Origine inconnue) The function of life is survival. (…) Don’t be trapped by old concepts. In an hour, you’ll be one of us.
Tous les deux parviennent à s’échapper mais Elizabeth finit par s’endormir à son tour.
I wanna go to sleep, I can’t stay awake any more.
You have to, you have to stay awake!
Hop. Elle est remplacée. Son discours a changé.
There’s nothing to be afraid of. They were right. It’s painless, it’s good. Come. Sleep. Matthew.
Chargé aux amphétamines, Matthew se rend au laboratoire central pour détruire les plantes.
Le lendemain, Nancy l’aperçoit au loin. À sa vue, il se met soudainement à crier indiquant qu’il a lui-aussi été remplacé.

L’EXPLICATION
L’Invasion des Profanateurs, c’est une civilisation aux abois.
Il n’est jamais très bon signe que des dirigeants arrivent au pouvoir le coeur plein de nostalgie d’un passé glorieux.
Le passé est derrière soi. On ne peut pas faire comme il n’existait pas. Il est possible de construire sur ses bases. Mais on ne peut pas revenir en arrière, à moins d’avoir un peu de plutonium (cf Retour vers le Futur). La tentation réactionnaire est donc un voeu pieux.
Par ailleurs, quand on pense que c’était mieux avant, on ne se pose jamais précisément la question de savoir précisément avant quoi. L’Amérique était elle plus grande au temps de la guerre de sécession (cf Glory, Autant en emporte le Vent)? Au temps de la grande dépression qui a suivi le krach de 29 (cf Les Raisins de la Colère)? La ségrégation (cf 12 Years a Slave, Mississippi Burning, Selma)? Les tueries dans les écoles (cf Bowling for Columbine)? Ou plus récemment après la crise des subprimes (cf Inside Job)? Que faut-il exactement regretter ?
Le raisonnement ne tient pas debout.
En général, ces dirigeants old school s’accrochent dur comme fer aux fondamentaux. Ils ne croient qu’aux vertus de l’autorité. Selon eux, la société contemporaine aurait besoin d’un sérieux coup de vis. Par exemple, ils sont convaincus que les religions sont fortes quand on les craint (cf Jesus Camp). En même temps, il parait compliqué de revenir au temps de l’inquisition…
Ces dirigeants marchent à la peur. Ils voient des menaces partout. Pour eux, la priorité est donc de se protéger du danger que représente le monde extérieur (cf Men in Black, Border Line). Une civilisation aux abois vit dans l’angoisse d’un pseudo grand remplacement.
Ce qui confirmerait que la menace extérieure a bien pénétré les organes vitaux de la société pour les contaminer, et les remplacer. C’est l’angoisse d’une civilisation qui parvenait jadis à intégrer et absorber différentes cultures. Soudainement, elle change d’avis et se raidit. Un repli protectionniste qui s’accompagne d’une reconduction aux frontières pour les indésirables et d’une augmentation des tarifs douaniers avec les partenaires commerciaux.
Matthew Bennell, agent de l’état, vit son pire cauchemar. Lui qui inspecte la qualité des cuisines étrangères pour faire respecter l’hygiène.
What is that supposed to be?
It is cervelles en matelote.
In English!
On ne la lui fait pas! Ce ne sont pas des Français qui vont lui faire croire que des crottes de rats ont le gout de câpres (cf Ratatouille).
You don’t have secrets from the Department of Health. (…) It’s a rat turd!
Monsieur it is an accident. You know how careful we are.
Même Matthew Bennell n’est pas à l’abri. Il voit un tsunami arriver.
Help! They’re coming!

Matthew ne peut pas arrêter la vague seul. Il lance des alertes mais personne ne l’entend.
We don’t want to create a panic.
Nancy Bellicec est un peu plus dégourdie que Jack. Elle a notamment le mérite de se rendre compte que tout n’est pas parfait dans son pays.
We eat junk and we breath junk.
De son côté, son ignare de mari ne s’imagine pas pouvoir être remplacé par autre chose que des aliens dans des soucoupes volantes (cf Independence Day, La Guerre des Mondes).
What are you talking about? A space flower??
Well why not a space flower? Why do we always expect metal ships?!
Elle ne peut rien faire non plus contre cette invasion improbable. C’est trop tard.
Alors qu’en y réfléchissant bien, la vie promise par les plantes a pourtant l’air sympa.
Nothing changes you can have the same life, the same clothes, the same car. You’ll be born again into an untroubled world, free of anxiety fear hate. Everything remains intact.
L’Amérique n’en veut surtout pas. Elle donne l’impression d’être déjà dépassée, comme si elle craignait la dépénalisation des drogues douces – alors qu’elle ne remet pas en question ni l’alcool (cf Leaving Las Vegas), ni le tabac (cf Thank you for Smoking) ou la junk food (cf Super Size Me).
Plutôt que d’accueillir favorablement le changement, les survivant·es préfèrent camper sur leurs positions (cf Gangs of New York).
It’s a big conspiracy.
What’s a conspiracy?
Everything!
La civilisation bascule dans la théorie du complot (cf Everything is a rich man’s Trick). On ne peut plus rien pour elle. Personne ne va la remplacer. Elle va disparaître toute seule, comme une grande.