SERENITY

SERENITY

Steven Knight, 2019

LE COMMENTAIRE

La femme qui se déshabille se sent parfois bien seule au moment d’enlever son peignoir, bien qu’elle soit accompagnée. Tandis que l’homme se rince l’oeil lubrique et s’apprête à déguster sa compagne comme si elle était un steak saignant, la femme tente de rester concentrée, en fixant un point sur le mur en face d’elle. Avant peut être de regarder le plafond, ou de ne pas s’étouffer dans l’oreiller si elle a moins de chance. Passer un sale moment. Penser à autre chose. Débrancher le magnéto, ne serait-ce que quelques minutes. Malgré tout, son regard ne peut masquer la tristesse d’une princesse à qui on viendrait de dire que ses rêves ne sont juste que des bulles de savon.

LE PITCH

Une femme battue sollicite son ex-mari pour se débarrasser de son nouveau mari abusif.

LE RÉSUMÉ

Baker Dill (Matthew McConaughey) mène sa barque de pêcheur sur la petite île de Plymouth, au large des côtes de Floride. Accompagné de Duke (Djimon Hounsou), le marin est bien décidé à attraper Justice, un poisson géant qui lui joue des tours. C’est son obsession. Tout le monde le sait.

You’re still going after that fish that’s in your head.

Pour gagner sa vie, il emmène de riches clients à la pêche au thon. Mais les temps sont durs…

C’est alors que Karen (Anne Hathaway), son ex-femme, ressurgit du passé. Désormais mariée au redoutable Frank Zariakas (Jason Clarke), Karen supplie Baker de lui venir en aide. Frank est violent. Elle est prête à offrir 10 millions de dollars en cash money à Baker pour qu’il s’occupe de le faire disparaitre. Ça ne serait pas compliqué : il suffirait de le faire passer par dessus bord pour qu’il se fasse manger par les requins – comme si les requins mangeaient les hommes (cf Les Seigneurs de la Mer)…

Baker n’est pas convaincu. Les 10 millions le tentent. Il s’agit quand même de tuer un homme.

Karen paie une sortie en mer à son mari. Baker doit supporter la vulgarité de Frank. Il n’arrive pas à se résoudre à le tuer. Qu’à cela ne tienne, Frank s’est bien amusé et veut revenir le lendemain.

Duke essaie de le dissuader de faire une bêtise.

Deliver me from temptation.

Un mystérieux représentant de commerce propose à Baker de s’équiper d’un sonar qui lui permettrait de débusquer Justice. Il aurait plein de bonnes raisons de ne pas tuer Frank. Karen va jouer sur la corde sensible en lui disant que c’est leur fils Patrick (Rafael Sayegh) qui le réclame.

Your son wants you to do it.

Baker ne peut résister. Il attache Frank à sa canne à pêche. La victime se fait aussitôt propulser par dessus bord.

Au même moment, les médias annoncent que le jeune Patrick est inculpé de meurtre après avoir poignardé son beau-père. Il est passé à l’acte.

Tout cela n’est qu’un jeu vidéo codé par Patrick lui-même.

Plymouth Island is a game.

Son père ne s’appelait pas Baker Dill mais John Mason. « S’appelait » car il était GI et qu’il est mort au combat, en Irak. Patrick a créée ce jeu en attribuant à son père un rôle de marin, s’inspirant de leurs parties de pêche.

Patrick est sous la surveillance de sa mère en attendant son jugement. Il code un nouveau jeu pour pouvoir retrouver son père.

I’m gonna change the game so I can come and visit you some day.

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L’EXPLICATION

Serenity, c’est ce qui se passe dans la tête d’un assassin.

Rentrons dans une psychologie très simpliste du tueur. On distingue deux types:

  • Le tueur compulsif qui aime tuer (cf C’est arrivé près de chez vous). C’est le mec, à un moment, il tue… mais il aime tuer. Il est excité par la vue du sang et la souffrance de la victime, ce qui fait de lui un désaxé (cf We need to talk about Kevin). Il y prend un plaisir évident qui le conduit à trouver de nouvelles cibles. Sa place est derrière les barreaux.
  • Le tueur occasionnel qui n’aime pas tuer. C’est le mec, à un moment, il tue… mais il aime pas tuer. Loin d’être innocent de ses crimes, il est profondément torturé. Cela ne l’amuse pas. Il tue un peu par dégoût ou en réaction à quelque chose dans le réel qu’il ne supporte pas (cf Le Silence des Agneaux).

Patrick fait partie de ce genre de tueurs. La disparition de son père a ouvert en lui une brèche qui ne s’est pas encore refermée. Et il subit la violence de son beau-père comme une seconde injustice. Alors il s’isole et commence à coder un jeu vidéo dans lequel il fixe les règles – ce qui n’est pas le cas dans la vraie vie. Ce jeu vidéo lui apporte du confort.

I am the rules.

La règle est simple en l’occurrence :

Catch the fish in your head. That is the rule. Do – not – kill – the man.

Ce jeu, Patrick veut pouvoir s’en servir pour ne pas commettre l’irréparable.

If I didn’t catch a fish all day I’d find a way to kill you.

C’est un trompe l’oeil. Le poisson a toujours été une excuse.

Now it seems the fish is no longer the point.

Alors Patrick s’appuie sur le personnage de son père, l’exemple, pour tenir le bon cap. Maintenir son attention sur le poisson. Duke est son garde fou.

L’enfant fait également passer des messages à son père par l’intermédiaire de sa mère.

All these years, I’ve never stopped thinking about you.

Il exprime son malaise.

We’re both destroyed. Both damaged in different places.

Patrick ne vocalise pas, mais cela ne veut pas dire qu’il ne ressent pas. Jusqu’à ce que le réel ne devienne trop lourd à supporter. Les choses s’accélèrent.

The rules have changed.

Pourquoi le créateur change-t-il les règles? C’est bien la question. Pour pouvoir faire ce qu’il veut faire depuis trop longtemps. Patrick se donne la permission, en se servant de son père pour se donner du courage.

Do you even know what this is all about?

Le tueur occasionnel n’est pas méchant, dans le fond. La vie ne lui a pas fait que des cadeaux. C’est tout. Il vit un peu dans son monde (cf Ready Player One) où il fait ses propres règles (cf Memento). Et puis un jour, on le chatouille un peu trop, alors il craque. C’est normal. C’est presque Zidanesque. Si on ne l’avait pas embêté, il n’aurait tué personne! Pas de carton rouge. Voilà. C’est pas plus compliqué que ça.

Maintenant, il suffit juste de l’expliquer calmement à un juge.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

2 commentaires

    • Effectivement. Nous vivons tous plus ou moins dans notre monde, ou dans la perception que nous nous faisons du monde. Un problème se pose dès lors que notre perception est en décalage, voire en déconnexion, avec celle que s’en font les autres. Dans la tête de Michael Jackson (cf Leaving Neverland), il ne veut aucun mal aux enfants. Bien au contraire.
      Tout l’enjeu devient alors de réussir à vendre sa soupe au juge pour ne pas finir en prison. À moins qu’on parvienne à se faire une perception de la prison qui soit très éloignée de sa réalité (cf La Vie est Belle).

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