RACE

RACE
Stephen Hopking, 2016

LE COMMENTAIRE

George Harrison a été le premier à s’interroger sur ce qu’est la vie. Oasis l’a comparée à un jeu, Nas à une chienne. Freddie Mercury s’est également tenté à une réponse mais on n’en est pas ressorti beaucoup plus avancé. Opus a donc préféré clôturer les débats en affirmant que la vie c’est la vie, pas autre chose (na na na nana). Une chose est sûre c’est que plus le temps passe et plus on n’a le temps de rien (ce qui nous renvoie à Pascal Obispo). Il faut courir tout le temps, partout et toujours plus vite.

LE PITCH

Jesse Owens (Stephan James) peut prétendre à une médaille olympique à Berlin.

LE RÉSUMÉ

À l’arrière du bus qui le conduit à Cleveland, ségrégation oblige, Jesse Owens se verrait bien devenir le sprinteur le plus rapide du monde. Il rejoint Ohio University où il commence à travailler avec les meilleurs entraîneurs du pays, dont Larry Snyder (Jason Sudeikis) pour qui la victoire n’a pas de couleur.

Jesse survole les sélections américaines et nourrit des ambitions légitimes pour les prochains Jeux Olympiques.

Pendant ce temps, le comité olympique américain se pose la question de savoir si les athlètes doivent se rendre à Berlin ou non, car les récentes dérives du Führer font débat. Les partisans du oui emmenés par Avery Brundage (Jeremy Irons) finissent par l’emporter sur les partisans du non représentés par Jeremiah Mahoney (William Hurt). Les États-Unis seront bien aux Jeux de 1936.

Jesse se pose aussi des questions. En participant aux Jeux il participe à une grande farce, cautionnant ainsi la politique du Reich? Son entourage a vite fait de le convaincre que le meilleur moyen de protester contre le nazisme reste encore de remporter la médaille d’or au nez et à la moustache d’Hitler.

Une fois à Berlin, Jesse procède à sa propre rafle: 100m, 200m, saut en longueur.

Face aux pressions de Goebbels (Barnaby Metschurat), la délégation Américaine accepte la mort dans l’âme de retirer deux athlètes juifs du relais 4x100m. Jesse rejoint l’équipe au pied levé et remporte une quatrième médaille suscitant la colère du Führer et la frustration de Goebbels qui comptaient sur ces Jeux pour prouver la supériorité de la race aryenne. La réalisatrice Leni Riefenstahl (Carice Van Hooten) dont la mission était de mettre en avant les grands blonds aux yeux bleus se battra jusqu’au bout pour immortaliser l’éclatante victoire de l’Américain.

Rentré aux pays avec les honneurs, Jesse Owens reste encore victime de la ségrégation et doit emprunter l’entrée du personnel du grand hôtel où il est sur le point d’être célébré en héros.

Race-Movie

L’EXPLICATION

Race c’est un homme qui court plus vite que les préjugés.

Le sport est censé être un espace de compétition neutre, presque « pur » pour ne pas emprunter un terme cher aux théoriciens de la race. Dans le sport, tout le monde a techniquement les mêmes chances de réussir et les athlètes peuvent se mesurer aux autres d’autant plus sereinement qu’ils partent de la même ligne de départ. C’est un domaine qui devrait être épargné par le business (sauf que le sport est devenu un spectacle, avec les dérives que cela suppose). C’est également un domaine où la politique devrait être absente (sauf que le sport s’est transformé en une tribune exceptionnelle). Les Jeux Olympiques sont un formidable instrument de propagande. 2008 était une vitrine pour la Chine. 1980 confrontait deux visions du monde. En 1936, la question de la race était omniprésente.

À la base, le 100m ne devrait être qu’une question de vitesse.

In those ten second, there’s no black or white, only fast or slow.

Cette course (race en Anglais) a pris une toute autre dimension pendant les Jeux de Berlin. Elle devait valider l’idée selon laquelle l’athlète blanc (aux cheveux blonds et aux yeux bleus) était bien le meilleur.

Pour dépasser les préjugés, il faut d’abord jouer le jeu. Les absents ont toujours tort. Race rappelle que la politique de la chaise vide n’est pas une solution. Tant que l’abstention ne sera pas reconnue comme un moyen de protestation, il faudra donc continuer d’aller voter.

Pour dépasser les préjugés, il faut aussi se confronter au problème et aller à la rencontre de l’étranger. C’est ce que fait l’athlète Allemand Carl Long (David Kross) en permettant à Jesse de trouver ses repères au saut en longueur. C’est aussi tout simplement ce que Jesse et le coach Snyder parviendront à faire.

Why didn’t you tell me you had a daughter?!

You didn’t ask.

Pour atteindre son but, quel qu’il soit, il est nécessaire de rester concentré sur son objectif. Lorsque Jesse a une aventure avec Quincella (Chantel Riley), ses performances s’en ressentent immédiatement. Pour arriver à ses fins, il est impératif de savoir se protéger de la connerie environnante comme Snyder l’enseigne à Jesse dans les vestiaires. La foule, les concurrents… tout le monde aboie pour déstabiliser. Il faut savoir faire le vide.

It’s just noise.

Triompher est une question d’état d’esprit.

You can run. And boy, can you jump. What I want to know is – can you win?

Ce ne sont pas toujours les meilleurs qui l’emportent mais ceux qui le veulent le plus.

C’est donc une question de volonté, dont le questionnement n’est pas exclu pour autant. On pense que les athlètes ne font que foncer et ne laisse pas la place au doute. Il est pourtant utile de se poser quelques questions. Nous sommes constamment confrontés à des choix éthiques. La seule manière de progresser est de sans cesse questionner l’autorité. Doit on participer aux Jeux nazis? Doit on retirer deux athlètes de l’équipe à cause de leur judaïsme? Doit-on couper les caméras parce que le patron l’exige?

Il est souvent plus facile de se poser ces questions lorsque l’on n’est pas directement impliqué. On voit plus facilement les dysfonctionnements chez les autres. Impossible d’ignorer les rafles dans les rues de Berlin. L’Amérique ferme les yeux sur la manière dont elle traite ses propres champions.

Race rappelle enfin que cette course est longue. La vie s’apparente plus à un marathon qu’à un sprint. Plus le préjugé est profond et plus il prend du temps à renverser. Le récent succès de Christophe Lemaître a suffi à raviver un faux débat sur la couleur de peau.

Ouvrons plutôt un vrai débat. Si la couleur de la victoire n’est ni blanche, ni noire mais dorée ; on peut s’interroger sur la prédisposition des Asiatiques au triomphe. Peut-on craindre une razzia de médailles chinoises pour les compétitions futures? Doit-on s’en inquiéter? L’athlète Chinois est-il l’athlète du futur? Est-ce faire insulte aux Japonais et aux Coréens de l’affirmer?

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

6 commentaires

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.