THE ROAD

THE ROAD
John Hillcoat, 2009

LE COMMENTAIRE

On a construit des autoroutes à ne plus savoir quoi en faire. On sera bien malin le jour où on n’aura plus d’essence (ou qu’on sera en panne d’électricité). Ça finira par arriver un jour. Toutes ces belles routes avec aucune voiture pour rouler dessus… Doit-on rappeler que les voitures de Back to the Future 2 annoncées pour 2015 ne volent toujours pas à date? En tout cas, quand ce jour terrible sera venu, on pourra s’estimer content de marcher comme des cons pendant des heures sur l’Autoroute du Soleil. Au moins on ne sera pas ennuyé par les embouteillages.

LE PITCH

Un père (Viggo Mortensen) et son fils (Kodi Smith-McPhee) se dirigent vers la côte.

LE RÉSUMÉ

Dans un monde post-apocalyptique (on ne sait pas trop pour quelle raison si ce n’est que le ciel est toujours gris et que ça craque de tous les côtés), un homme et son fils tentent de rejoindre la côte où les températures leur seront plus favorables.

Everything depends on reaching the coast.

La maman (Charlize Theron) a quitté la maison de manière suicidaire, laissant les deux hommes face à leur sort. Ils marchent donc en direction du Sud, en prenant soin d’éviter les gangs de cannibales.

Ils trouvent une réserve de nourriture qui leur donne un peu de visibilité. Alors qu’ils traversent une ville fantôme, le père se prend une flèche dans la jambe. Sérieusement handicapé, sous-alimenté et en absence d’antibiotiques, il finit par s’échouer sur la plage qu’ils viennent pourtant d’atteindre. Avant de mourir, il rappelle à son fils de ne surtout jamais faire confiance à qui que ce soit, sous aucun prétexte.

Son père tout juste décédé, le petit garçon tombe dans la foulée sur une famille qui lui propose de l’adopter. Le petit garçon accepte aussitôt.

I’m so glad to see you. We were following you. Did you know that? We saw you with your papa. We’re so lucky. We were so worried about you, and now we don’t have to worry about a thing. How does that sound? Is that okay?

Tout est bien qui finit certainement trop bien pour être vrai.

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L’EXPLICATION

The road c’est le chemin, sans la destination.

Le monde est en train de mourir, c’est ce qu’affirment les théoriciens de la collapsologie. Il faut bien admettre qu’il fait quand même de plus ne plus chaud sur terre et que les phénomènes climatiques extrêmes sont de plus en plus fréquents. Il n’y a pas de quoi être optimiste. Comme l’explique Noam Chomsky, ce qui distingue la situation économique actuelle de la Grande Dépression, c’est qu’à l’époque on savait que les lendemains seraient meilleurs. Alors qu’aujourd’hui les lendemains déchantent. Il n’y a pas d’éclaircie ou de lumière au bout du tunnel.

Dans cette morosité, la seule chose à faire est encore d’essayer d’avancer, si possible vers le Sud. Difficile de ne pas avoir une petite pensée émue pour nos amis les migrants qui se trompent clairement de direction en essayant de rejoindre Calais plutôt que la Costa del Sol.

Dans ce néant, il n’y a plus de convention:

You a doctor?

I’m not anything.

Le monde est réduit à sa plus simple et sauvage expression. Tout a brûlé. Pour éviter de perdre complètement les pédales, le père insiste auprès de son fils pour qu’il garde un sens éthique. Le père se bat pour préserver ce qui reste du monde. Il utilise une rhétorique assez simple à base de gentils d’un côté et de méchants de l’autre. Ça devient nécessaire.

We have to watch out for the bad guys.

Alors qu’en fait, si on y réfléchit deux minutes, les gentils et les méchants ont été remplacés par des gens qui essaient simplement de garder la tête en dehors de l’eau, d’une manière ou d’une autre. Dans ces conditions, les cannibales ne sont rien d’autres que des pragmatiques. Point final. Le père essaie néanmoins de lutter contre l’anarchie en se battant pour le respect des bonnes manières, même si elles n’ont plus beaucoup de sens. C’est encore ce qui peut nous sauver de la barbarie.

The Road c’est l’histoire d’une transmission entre un père et son fils. Il est d’ailleurs triste de voir qu’à la première occasion venue, le garçon n’écoute rien des leçons de son paternel. Il ne poursuit pas son œuvre. Il gâche son héritage. En même temps, vu le monde pourri que le père laisse à son fils, peut-on lui faire le moindre reproche?

Le père a pourtant fait son boulot. Il a montré le chemin. Il a récité les versets d’Ophélie Winter: son fils doit garder la foi. Il doit porter la flamme, même si les Jeux Olympiques ont disparu.

You have to keep carrying the fire.

Parce que son fils est très premier degré, le père a du aussi l’initier à l’art subtil de la métaphore.

What fire?

The fire inside you.

Le feu c’est ce qui a permis aux hommes pré-historiques de sortir de leur condition d’hommes des cavernes. Le feu c’est ce dont rêvent les Robinsons de Koh-Lanta. Le feu c’est la foi que l’homme doit garder au plus profond de lui-même, en toute circonstance et encore plus quand il est au creux de la vague. L’homme s’accroche. Il ne lâche rien. Face à l’Albanie et alors que tous les journalistes s’apprêtent déjà à chier du papier incendiaire sur Pogba ou Griezmann, les Bleus tiennent bon. L’abandon n’est pas une option.

We have to. We will survive this. We are not gonna quit. We’re not gonna quit.

L’homme tient la route parce qu’il sait que la vie, c’est pas de la rigolade.

I told the boy when you dream about bad things happening, it means you’re still fighting and you’re still alive. It’s when you start to dream about good things that you should start to worry.

Les hommes sont comme les roseaux, ils plient mais ne rompent pas. Tandis que les femmes prennent leurs jambes à leur cou. La femme nous met au monde puis se sauve dès que les affaires se compliquent (cf Demain Tout Commence), avec la manière, dramatique à souhait. Une femme ne sait pas s’éclipser discrètement de toute façon.

I should just go ahead and empty every goddamn bullet into my brain and leave you with nothing.

On ne sait pas quelle mouche l’a piquée. On se demande pourquoi elle en fait des caisses. Elle serait totalement capable de reprocher cette fin du monde à son mari alors qu’il n’y est certainement pour rien dans le réchauffement climatique! Et puis ça va quoi… il fait gris et y’a plus d’eau chaude mais franchement, c’est pas (encore) la fin du monde. On se débrouille. Qu’est-ce que c’est que ces femmes habituées aux hôtels de la Croisette et qui ne savent plus camper? Il semble que pour les femmes, l’absence de maquillage soit la véritable fin du monde. C’est vrai que ces dames ont de plus hautes ambitions pour elles-mêmes. À la chanson de Balavoine, elles ont une réponse toute trouvée.

I don’t want to just survive. Don’t you get it?

Alors on a vraiment envie de rester positif et de garder le feu. Entre une météo dégueulasse, des femmes qui se barrent et des enfants qui font n’importe quoi dès qu’ils en ont l’occasion, il faut du courage pour garder son sens de l’humour.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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