ALIEN, LE HUITIÈME PASSAGER

ALIEN
LE HUITIÈME PASSAGER

Ridley Scott, 1979

LE COMMENTAIRE

Dans la vie on a souvent l’impression d’étouffer. Le boulot, les mégots, les marmots, les impôts, les kilos en trop… On passe le plus gros de sa vie à ne pas se marrer. Quand l’étau se relâche enfin et qu’on a de nouveau l’impression d’être libre, qu’on va pouvoir souffler, on est aussitôt rattrapé par la réalité. On ne le sait pas encore, mais le pire n’est qu’à venir.

LE PITCH

Un passager clandestin s’est invité à bord du Nostromo (cf Le Passager n°4).

LE RÉSUMÉ

En 2122, les astronautes du Nostromo sont sortis de leur biostase par « Maman », l’ordinateur de bord, qui a détecté un signal sonore inconnu. L’équipage est tenu contractuellement d’enquêter sur la possibilité de toute vie extra-terrestre (cf Life). Le Nostromo se pose donc sur cette petite planète.

Dallas (Tom Skerritt), Kane (John Hurt) et Lambert (Veronica Cartwright) partent en exploration. Ils y découvrent un vaisseau extra-terrestre abritant le fossile d’un humanoïde dont le torse a visiblement éclaté. Dans la soute du vaisseau, Kane aperçoit une salle avec une centaine d’œufs. Une sorte d’araignée s’en échappe et s’agrippe à son visage.

Dallas et Lambert remmènent Kane à bord. Soudainement pris de convulsions, son thorax explose et laisse s’échapper un petit reptile qui s’enfuit. Écœuré, l’équipage se débarrasse de la dépouille de Kane puis se lance à la recherche de ce reptile.

La bête a mué. Elle fait maintenant deux mètres de haut.

This son of a bitch is huge!

Elle emporte Brett (Harry Dean Stanton) puis Dallas.

Ripley (Sigourney Weaver) découvre qu’Ash (Ian Holm) a reçu l’ordre de ramener la créature sur terre, coûte que coûte. Pour éviter que Ripley ne prévienne le reste de l’équipage, il l’attaque. Ripley se défend et lui défonce la tête. Ash était en fait un droïde. Ripley rebranche ses circuits en espérant qu’il puisse leur indiquer comment se débarrasser de l’alien. C’est visiblement peine perdue.

How do we kill it, Ash? There’s gotta be a way of killing it. How do we do it?

You can’t.

Parker (Yaphet Kotto), Ripley et Lambert tentent de s’enfuir. Parker et Lambert se font attraper pendant que Ripley essaie de sauver son chat Jones. Ripley parvient à se glisser dans la navette de secours et à faire exploser le vaisseau. Malheureusement, l’alien s’est glissé lui aussi dans la navette. Elle réussit à s’en débarrasser en ouvrant le sas de décompression et en mettant les gaz.

Ripley se remet en hibernation, accompagnée de Jones, après avoir enregistré un dernier message dans le journal de bord.

This is Ripley, last survivor of the Nostromo, signing off.

Alien Star

L’EXPLICATION

Alien, c’est la montée de la xénophobie.

À la base, la xénophobie peut s’apparenter à un sentiment mesquin qui vit tout seul dans la cave d’un vaisseau échoué sur une planète isolée et qui ne demande rien à personne. On ne sait pas vraiment comment il est arrivé là. Et à la rigueur, peu importe. Ce sentiment a des adeptes et pond des œufs pourris.

On finit souvent par emporter la xénophobie à son bord, malgré soi, parce qu’on a fait un crochet qu’on n’aurait pas dû faire. Comme l’équipage du Nostromo qui aurait été plus inspiré de tracer sa route. Pêché d’orgueil, comme toujours (cf Sunshine). Un peu comme une maladie qu’on attrape parce qu’on n’est pas sorti assez habillé, alors que « Maman » avait pourtant dit de mettre son bonnet. C’est ce qui pend au nez quand on s’aventure trop loin, par curiosité malsaine, vers cette cave où l’on n’avait pourtant rien à faire (cf Together).

La xénophobie menace donc d’abord les curieux et les curieuses (cf Alice au pays des merveilles). Puis elle frappe en priorité les faibles, comme Kane, qui est celui qui s’est approché trop près du bord et qui a fini par tomber. Kane est à l’image de toutes celles et ceux qui votent pour l’extrême droite sans trop savoir pourquoi. Parce que c’est dans l’air du temps. L’alien ne se prive pas de punir celles ou ceux qui pêchent par paresse.

alien_1

La xénophobie est comme un virus, redoutablement efficace puisque contagieux (cf Contagion), qui fait tomber les dominos les uns après les autres: Kane, puis Dallas, puis Lambert, puis Parker. Ils tombent tous comme des mouches. Personne ne s’en relève.

La xénophobie n’a pas d’autre raison d’être que d’exterminer l’étranger sans autre forme de procès, sur le simple fait qu’il est différent. Plus rien d’autre ne compte. Les nazis, qui étaient de redoutables xénophobes, étaient animés par la possibilité de vivre dans un monde qui serait débarrassé des non-aryens. Ils ne réfléchissait à rien d’autre qu’à leur solution finale (cf La Conférence).

En parlant de nazis, Ash ne compare-t-il pas l’alien à une race supérieure, « parfaite » ?

You still don’t understand what you’re dealing with, do you? Perfect organism. Its structural perfection is matched only by its hostility.

You admire it.

I admire its purity. A survivor… unclouded by conscience, remorse, or delusions of morality.

Ash est d’ailleurs fasciné par l’absence d’humanité de l’Alien. Une créature froide et sans émoition. En même temps rien de plus normal, Ash est un droïde (cf Covenant). Cet alien carbure à la violence plus qu’à l’intelligence.

We don’t know if it’s intelligent.

La xénophobie s’incruste. Une fois qu’elle attrape sa proie, elle ne la lâche plus. Une fois que l’Alien est à bord du vaisseau, on n’arrive plus à s’en défaire. Lorsque le ver est dans le fruit… On ne revient pas du côté obscur de la force. La graine que plante la xénophobie va grandir en quelque chose d’abjecte qu’on va vomir haineusement, en mourant au passage. Elle donne naissance à une sorte de monstre, dont le sang est acide, et qui tue tout ce qui bouge.

La xénophobie on n’en vient pas à bout avec un chalumeau (cf Le Vieux Fusil). De la même manière, on vient difficilement à bout du terrorisme à coups de missiles. Comme un furoncle, on croit que c’est fini et qu’on peut se remettre à dormir, mais cela revient (cf Il est revenu).

Ce n’est que le début des ennuis.

On peut se retrousser les manches… (cf Aliens, Alien3).

LE TRAILER

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11 commentaires

  • Je suis grosso modo assez d’accord avec cet article… Mais je dois tout de même te révéler une faute catastrophique : ce film n’est pas dû, comme le second, à James Cameron, mais bel et bien à Ridley Scott ! Sorry…

  • Je suis ravi que tu aies rectifié aussi vite ! Si j’étais à la place de Ridley Scott, j’en serais très flatté…
    Je me permets de te donner l’adresse de mon blog, « LE CINEMA DE VINCENT » : https://vincentthe1.blogspot.com/
    Dès que tu en as l’occasion, je serai très heureux !

  • Merci pour cette explication éclairante et pertinente ! J’ai beaucoup aimé le film, que j’ai vu pour la première fois qu’en 2023, mais je n’avais pas saisi la métaphore de la xénophobie.

    Pour apporter mes 2 centimes à cette analyse, j’ai trouvé la phrase « Kane est à l’image de tous ceux qui votent pour les extrêmes » bancale, dans la mesure où l’explication semble amalgamer extrême droite et extrême gauche.
    S’il existe malheureusement bel et bien des racistes qui se prétendent de gauche, la xénophobie est bien constitutive des idéologies d’extrême droite et est au contraire fondamentalement incompatible avec les idéologies d’extrême gauche (malgré ce que tentent de faire penser les confusionnistes et les adeptes des idéologies racistes), dont l’internationalisme est un pilier. Autrement dit, l’extrême gauche raisonne en termes de classes sociales et non en termes d’origine ou de nationalité.

    Je suis également sceptique quant à la phrase « La xénophobie n’a pas de dessein précis autre que de viser le néant. Les nazis ne s’en sont pas remis eux-mêmes ». La xénophobie des nazis avait au contraire un but très précis, très cohérent avec la vision du monde des nazis : celui de préserver la « race » aryenne menacée de disparition (selon eux bien sûr, je n’adhère nullement à ce discours) par leurs ennemis, de restituer sa grandeur, et qu’elle retrouve sa position dominante dans ce que les nazis considéraient comme la hiérarchie naturelle. Les bouquins et les conférences (disponibles sur youtube) de Johann Chapoutot, historien spécialiste du nazisme, sont très éclairants à ce sujet.
    Enfin, je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’affirmation que « les nazis ne s’en sont pas remis eux-mêmes ». En effet, si les nazis ont été mis en déroute, ce n’est aucunement, malheureusement, pour des raisons morales. Je ne suis pas spécialiste de l’histoire, n’hésitez pas à me contredire, mais il me semble que la défaite des nazis vient entre autres à la fois de leur déroute contre l’URSS à l’est, et de l’intervention américaine, les USA étant conscients que le régime nazi, en plus d’avoir développé des missiles balistiques, était en voie de développer la bombe nucléaire.

    Quoi qu’il en soit, merci pour ton analyse tout à fait intéressante.

    • Merci DaveJones pour ce commentaire.
      Il s’agit d’une proposition un peu tirée par les cheveux, mais qui vaut malgré tout la peine d’être considérée.
      En tout cas, je vous accorde vos points sur les extrêmes, et les nazis!
      De votre côté, comment interprétez vous l’histoire d’Alien ?

      • Pour être honnête j’avais regardé Alien sans réfléchir à sa signification, et c’est en voulant me renseigner que je suis tombé sur ton analyse. Et j’ai trouvé ton analyse excellente ! Mes remarques étaient un peu du pinaillage ^^
        En conclusion, merci pour l’éclairage que ton explication m’a apportée !

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