GRAN TORINO

GRAN TORINO

Clint Eastwood, 2008

LE COMMENTAIRE

Dans This is America, Childish Gambino chante l’Amérique comme un pays profondément conservateur malgré les apparences. On y fait l’apologie de la fête (cf Projet X) et du succès (cf Le Loup de Wall Street), alors que la réalité est loin d’être aussi rose – en particulier pour les personnes de couleur. L’Amérique estampillée NRA chère à Charlton Heston (cf Bowling for Columbine), est encore une nation de vieux blancs qui vous regardent de travers et vous crachent à la figure si vous approchez leur propriété de trop près.

LE PITCH

Un vétéran de la Guerre de Corée sort de sa réserve.

LE RÉSUMÉ

Walt Kowalski (Clint Eastwood) est une sortie de Tatie Danielle au masculin. Ancien militaire à la retraite, il termine sa vie, veuf, dans l’amertume de voir ses fils négliger des traditions pour lesquelles il s’est battu.

I worked in Ford for 50 years and he sells Japanese cars.

Il vit également très mal de voir son voisinage changer de visage. Sa banlieue ne ressemble plus du tout au Détroit qu’il a connu dans le passé. La violence mine tout le voisinage. Les gangs font régner la terreur, ce qui a le mérite de rappeler la guerre de Corée à Walt. Le vieil homme ne s’en laisse pas compter.

Ever notice how you come across somebody once in a while you shouldn’t have fucked with? That’s me.

Les ouvriers blancs ont été emportés par la vague d’immigration asiatique (cf Blue Bayou). Walt ne supporte pas la famille Vang Lor, à côté de son pavillon. Il les déteste encore plus après que Thao (Bee Vang) ne tente de voler sa Gran Torino. L’adolescent avoue son erreur. Les Vang Lor l’envoie aussitôt chez leur voisin pour quelques heures de travaux d’intérêt général. Le vieux lui fait tondre la pelouse et va l’initier au bricolage. Il développe aussi une relation d’amitié avec Sue (Ahney Her), la soeur aînée de Thao. Elle a du caractère, qualité que l’ancient GI respecte.

Les Vang Lor invitent Walt à un barbecue. C’est l’occasion pour eux d’échanger sur leur statut de réfugiés politiques et d’expliquer le rôle des Hmong lors de la guerre de Corée.

Thao est de nouveau inquiété par les membres du gang. Walt cherche à les intimider. En retour, le gang capture et viole Sue. Se sentant coupable de cette agression et se sachant médicalement condamné, Walt décide d’aider Thao à accomplir sa vengeance.

On s’attend à un bain de sang. Il n’en sera rien. Walt enferme Thao dans le garage. Puis va provoquer le gang afin de se faire abattre alors qu’il n’était pas armé. C’était la meilleure façon de permettre à tout le monde de se débarrasser de cette racaille – sans même avoir besoin de Kärcher.

Walt lègue sa maison à l’Église et sa voiture à Thao. Il est célébré par le père Jonavich (Christopher Carley) comme un héros lors de ses funérailles.

Walt definitely had no problem calling it like he saw it. But he was right. I knew really nothing about life or death, until I got to know Walt… and boy, did I learn.

Les hommes passent, les voitures restent (cf Karaté Kid).

Gran-Torino

L’EXPLICATION

Gran Torino, c’est tenter de réhabiliter quelqu’un de méprisable.

Le temps passant, on peut voir des personnes infréquentables revenir en odeur de sainteté. On les réhabilite alors qu’on ferait mieux de laisser les fantômes dans leurs cimetières.

Walt Kowalski n’est pas très aimable. Il représente la figure du bon vieux patriote qui plait aux réactionnaires. Son origine polonaise permet à tous ceux qui aiment essentialiser de voir en lui un dur à cuir. Il fume des clopes sans choper de cancer. À l’ancienne. Il s’est battu pour son pays (cf American Sniper). Son statut de vétéran lui confère une sorte de totem d’immunité.

Malgré tout, il n’en fait pas moins partie de ces gens qu’on peut qualifier aujourd’hui de racistes ordinaires (cf Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu?). Ceux qui assument ses blagues douteuses :

Oh, I’ve got one. A Mexican, a Jew, and a colored guy go into a bar. The bartender looks up and says, « Get the fuck out of here. »

Walt Kowalski est celui qui pense que l’on ne peut plus rire de rien aujourd’hui. Il regrette le bon vieux temps où les blancs pouvaient se moquer gentiment des minorités du haut de son statut de dominant – sans que cela ne pose de problème à personne.

Walt n’est pas dans la provocation gratuite. Il est profondément raciste. Ce qu’il affirme, il le pense vraiment.

You’re wrong, eggroll, I know exactly what I’m talking about. I may not be the most pleasant person to be around. But I got the best woman who was ever on this planet to marry me. I worked at it, it was the best thing ever happened to me. Hands down. But you, you know, you’re letting Click-Clack, Ding-Dong and Charlie Chan just walk out with Miss What’s-her-face.

Sans surprise, il est également antisémite.

That’ll be ten bucks, Walt.

Ten bucks? Jesus Christ, Marty. What are you? Half Jew or somethin’? You keep raising the damn prices all the time.

Évidemment, il défend le principe de préférence nationale.

Would it kill you to buy American?

Pour compléter le tableau, il est aussi misogyne (cf Ce Plaisir qu’on dit charnel).

Jesus, Joseph and Mary. These Hmong broads are like badgers.

Walt cumule.

arton2897-1450x800-c

Les événements permettent d’aller au delà de cette haine qu’il crache contre tout le monde. On découvre un homme encore marqué par les horreurs de la guerre. Walt a du affronter des Vietnamiens qui voulaient le tuer. Donc il ne fait pas que souscrire au discours faisant du Vietnamien un ennemi, il l’a vécu pour de vrai.

You wanna know what it’s like to kill a man? Well, it’s goddamn awful, that’s what it is. The only thing worse is getting a medal… for killing some poor kid that wanted to just give up, that’s all. Yeah, some scared little gook just like you. I shot him in the face with that rifle you were holding in there a while ago. Not a day goes by that I don’t think about it, and you don’t want that on your soul.

Sue va passer du temps pour essayer de le comprendre et peut-être même tenter de sauver son âme avec des mots simples, en lui donnant une absolution que le père Jonavich ne pourra jamais lui procurer.

You’re a good man.

On pourrait croire que Walt est un mec bien dans le fond, comme beaucoup de connards (cf The Mule). Il a des circonstances atténuantes qui peuvent expliquer ses prises de parole. Après tout, Walt s’est sacrifié pour la bonne cause alors qu’il n’était même pas obligé de le faire – bien qu’il se savait condamné.

You got your whole life ahead of you. But for me, I finish things.

On pourrait même choisir de voir en lui un héros à l’humilité remarquable.

I’m no hero. I was just trying to get that babbling gook off my lawn!

En s’appuyant sur la morale chrétienne qui affirme qu’il y a du bon en chacun (cf Dead Man Walking). Auquel cas, on peut effectivement accorder la clémence à n’importe qui. Y compris ceux qui disent les plus grosses imbécilités en prétendant asséner des vérités. L’erreur est humaine et l’Église sait pardonner aux pêcheurs (cf Spotlight).

Voici comment on peut faire un héros d’un vieux réactionnaire, sans lui demander de renoncer à ses idées.

Car Walt ne change pas. Ses préjugés demeurent et n’en deviennent pas moins inacceptables.

Walt s’implique personnellement dans cette histoire à partir du moment où le conflit déborde sur son terrain. S’il vient en aide aux Hmong, c’est donc par réflexe. Il ne renonce à aucune de ses idées pour autant. Son propre cadre moral reste le même : violent, viril, paternaliste, obsédé par les armes, la propriété, le travail, America first.

Son regard sur les Hmong évolue quand la famille le remercie car il se rend compte qu’ils respectent les code auxquels il accorde de l’importance. Il pense que cette famille là a le mérite d’être respectueuse, même si les Asiatiques, dans leur ensemble, restent des extra-terrestres à ses yeux.

Walt s’implique également pour Thao, mais il le fait au nom de sa conception de la masculinité et du travail. Thao donne à Walt la possibilité de réaliser le lien père-fils qu’il n’a pas pu faire avec ses propres enfants. Il enseigne à Thao le travail, la responsabilité, la débrouillardise, l’autonomie, le fait de devenir un homme. Sa rédemption, qui passe par un acte de violence et que l’on perçoit comme un sacrifice, est finalement le résultat d’une démarche que l’on pourrait considérer un peu égoïste. D’une certaine manière, il se sert de sa relation avec les Hmong pour mourir en paix.

N’y avait-il d’ailleurs pas quelque chose d’autre à faire ? Walt n’aurait-il été pas été plus noble s’il avait réussi à surmonter les horreurs de la guerre… sans devenir un vieux con.

Walt ne devient pas quelqu’un de meilleur. On comprend simplement mieux ses raisons d’agir. Comprendre n’est pas excuser, encore moins absoudre.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

EXPLICATION DE FILM est un blog indépendant de cinéma qui s’intéresse au fond, plutôt qu’à la forme.
découvrez l’interprétation de milliers de films, également classés par LEURS thématiques.

3 commentaires

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.