AUSTIN POWERS

AUSTIN POWERS

Jay Roach, 1997

LE COMMENTAIRE

Pourquoi marcher la tête basse pour se rendre au travail quand on pourrait se déhancher comme John Travolta à la place (cf La Fièvre du Samedi soir)? Qu’est-ce qui nous pousse à nous habiller en costume gris alors qu’on pourrait emprunter le style 60s? Qui nous empêche d’introduire un peu de groove dans nos vies?

LE PITCH

Un agent Britannique voyage dans le temps pour sauver la planète.

LE RÉSUMÉ

1967. Le maléfique Docteur Denfer (Mike Myers) essaie de venir à bout de son ennemi, l’agent Britannique Austin Powers (Mike Myers). Après de nombreuses tentatives, il échoue à nouveau. Vindicatif, il s’échappe dans une fusée cryogénique en promettant de revenir un jour accomplir sa terrible prophétie.

Powers se sacrifie et accepte d’être congelé lui-aussi (cf Hibernatus).

1997. Trente ans plus tard, la fusée du Docteur Denfer atterrit à Las Vegas. En son absence, Numéro 2 (Robert Wagner) a créée Virtucon : une corporation gigantesque de plusieurs milliards de dollars qui constitue la couverture légitime de l’Empire du Mal.

Dr. Evil, I’ve spent 30 years of my life turning this two-bit evil empire into a world-class multinational. I was going to have a cover story in « Forbes ». But you, like an idiot, wanted to take over the world. And you don’t realize there is no world anymore. It’s only corporations.

Effectivement peu intéressé par les affaires, le Docteur Denfer préfère les bonnes vieilles méthodes d’intimidation. Il a recours au chantage nucléaire et exige 100 milliards de dollars de la part des Nations Unies pour éviter l’apocalypse.

Le Ministère de la Défense Britannique décongèle Austin Powers, accompagné dans sa mission par Vanessa Kensington (Elizabeth Hurley), qui n’est autre que la fille de Miss Kensington (Mimi Rogers) – l’ancienne camarade de jeu de Powers dans les années soixante.

Le choc culturel est violent.

You know, a lot’s changed since 1967.

No doubt, love, but as long as people are still having promiscuous sex with many anonymous partners without protection while at the same time experimenting with mind-expanding drugs in a consequence-free environment, I’ll be sound as a pound!

Cependant l’agent de la Reine parvient à désactiver la bombe atomique. Il sauve le monde et séduit Vanessa – à l’usure.

De retour dans l’espace, le Docteur Denfer n’a pas dit son dernier mot.

L’EXPLICATION

Austin Powers, c’est un phénomène de mode.

Le Docteur Denfer et Austin Powers sont des icônes. Ils incarnent tous les deux des valeurs diamétralement opposées mais qui s’équilibrent.

Le premier est un psychorigide farouchement attaché à ses principes.

I didn’t spend six years in Evil Medical School to be called « mister, » thank you very much.

Ce maniaque du contrôle ne s’épanouit que dans la menace et la destruction du monde qui l’entoure. Il est pour ainsi dire thanatophile.

Tandis que le second défend la liberté. Bien dans ses pompes, il aime échanger avec son environnement. Il accueille la différence les bras ouverts. La vie est une fête.

Ces deux hommes s’affrontent d’abord dans le cadre de la fin des années 60. Une époque de libération des moeurs dans laquelle Austin Powers est particulièrement heureux.Puis sous l’impulsion du Docteur Denfer, ils déportent leur duel une trentaine d’années plus tard.

Welcome to the nineties.

Ils se retrouvent dans un monde plus fermé. Les codes ont beaucoup changé : SIDA, chute du mur de Berlin, effondrement du bloc Soviétique… La France n’était même pas encore championne de football (cf Les Yeux dans les Bleus).

Leurs valeurs sont mises à l’épreuve.

Ce voyage dans le temps nécessite un moment d’adaptation.

Yeah, and I can’t believe Liberace was gay. I mean, women loved him! I didn’t see that one coming.

Les deux protagonistes pourraient complètement être victimes de leur temps. Sombrer dans l’anachronisme (cf OSS 117). Le Docteur Denfer souhaite même carrément que son meilleur ennemi soit tombé en désuétude.

There’s nothing more pathetic than an aging hipster.

Il le souhaite d’autant plus que lui-même a perdu ses sacro-saints repères.

I’ve been frozen for thirty years, okay? Throw me a frickin’ bone here! I’m the boss! Need the info.

Si leurs valeurs ont évolué, elles restent toujours d’actualité. Il leur suffit de se mettre à jour. Le Docteur Denfer peut continuer de faire ce qu’il fait de mieux :

Gentlemen, I have a plan.

Et Austin Powers de contrarier ses projets.

Denfer et Powers font donc le constat implacable du changement des temps.

We’re not so different, you and I. However, isn’t it ironic that the very things you stand for – free love, swinging parties – are all now in the ’90s considered to be… evil?

Dans la mesure où l’unique constante est le changement, on peut dire que rien n’a vraiment changé. D’ailleurs le Bien et le Mal prouvent qu’on peut toujours s’adapter. Austin Powers est indémodable, même trente ans après. Mieux, il revient à la mode.

What we swingers were rebelling against were uptight squares like you, whose bag was money and world domination. We were innocent, man! If we’d known the consequences of our sexual liberation, we would have done things differently. But the spirit would have remained the same. It’s freedom, baby, yeah!

Son humour n’a pas pris une ride. Même avec les années, son charme semble toujours être aussi efficace auprès de la gent féminine. Il ré-interprète la liberté. Avec quelques efforts, il parvient à se repenser.

Face it, freedom failed.

No, man, freedom didn’t fail. Right now we’ve got freedom and responsibility. It’s a very groovy time.

Il s’adapte remarquablement. Caméléon, il intègre les nouveaux usages afin de retrouver sa place dans le monde. Il est de nouveau plébiscité car chacun a secrètement besoin de ce genre de personnage. À la fin, c’est Austin Powers qui gagne encore et toujours.

Le Mal reviendra car il finit toujours par revenir (cf Le 5e élément). Comme si nous avions également besoin de nous mettre nous mêmes en difficulté de temps en temps. Besoin d’une figure qui fasse ressortir le pire de ce que nous avons au plus profond de nous. Que nos volcans d’Auvergne explosent de nouveau avant de repartir faire une cure thermale pour assainir notre système.

Le bras de fer continue. La tension nous garde en haleine.

Tout est décidément affaire de cycles.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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