À MORT L’ARBITRE!
Jean-Pierre Mocky, 1982
LE COMMENTAIRE
Ce n’est pas faire injure aux supporters de foot que d’affirmer qu’ils n’ont pas une existence des plus trépidantes (cf Ultras). Le match, à raison d’une fois toutes les deux semaines, est un point d’orgue. Il donne l’occasion de se retrouver au stade, de chanter et vibrer ensemble. Pour une fois, avoir l’impression d’exister. Alors quand l’équipe perd, il faut savoir encaisser la défaite sans faire la gueule.
LE PITCH
Des supporters de foot frustrés veulent s’en prendre à l’arbitre.
LE RÉSUMÉ
Les Jaunes et Noirs rencontrent les Rouges et Blancs.
Ce soir, très importante journée de championnat.
L’enjeu est effectivement de taille. Les supporters sont remontés à bloc, à commencer par Rico (Michel Serrault).
L’inspecteur Granowski (Jean-Pierre Mocky), secondé par sa stagiaire Philippon (Sophie Moyse), veille au grain pour éviter tout débordement.
Vaut mieux qu’ils se défoulent comme ça qu’en lançant des pavés.
Dans le vestiaire, l’arbitre Maurice Bruno (Eddy Mitchell), se prépare sereinement, accompagné par la journaliste Martine Vannier (Carole Laure).
Le match commence. Les fans donnent de la voix.
Allez! Les Jaunes! Tes supporters sont là!
Bruno siffle un penalty pour l’équipe adverse qui fait basculer la partie. Les supporters Jaunes et Noirs sont furieux.
Martine était dans les tribunes. Elle a bien senti la colère et le fait savoir à son compagnon.
C’est malin d’avoir foutu le bordel… Tu leur as fait perdre la coupe d’Europe.
T’aurais voulu quoi ? Que je relève pas la faute ?
Qu’est-ce que t’en as à foutre ? L’arbitrage c’est comme la politique, on fait plaisir aux plus nombreux.
Malheureusement pour Bruno, les supporters se moquent pas mal de son ambition professionnelle ou de l’équité. Ils ont bien l’intention d’en découdre.
Enculé! On va lui faire payer son péno à ce fumier!
C’est simple et cela dit ce que cela doit dire.
Les fans attendent l’arbitre à la sortie du stade. Bruno doit fuir discrètement. Dans la soirée, il jette de l’huile sur le feu dans une interview.
90% des spectateurs qui sifflent ne connaissent pas le règlement.
Il n’en fallait pas plus à des supporters déchaînés qui font irruption sur le plateau de la chaîne de TV.
On va le foutre à poils l’arbitre, avec son sifflet dans le cul!
Bruno s’en sort encore comme part miracle.
Dans la traque, Bruno tue accidentellement le chauffeur du bus (Vincent Solignac).
Désormais les supporters accusent l’arbitre de leur avoir non seulement fait perdre le match, mais aussi d’avoir tué l’un d’entre eux. Enragés, ils retrouvent le domicile de Martine Vannier et saccagent l’immeuble. Un autre supporter (Claude Brosset) meurt dans une chute. Le gardien est agressé. Des jeunes femmes sont menacées. Les voisins se planquent.
Maurice Bruno et Martine Vannier s’échappent à nouveau et croient être tirés d’affaire. Rico les prend en chasse avec le bus et les pousse dans le ravin d’un chantier en construction. Granowski arrive trop tard.
T’es content ? Tout ça pour un penalty…

L’EXPLICATION
À Mort l’Arbitre!, ce n’est plus du sport.
Le sport est, à l’origine, une activité physique encadrée et orientée vers la compétition permettant de désigner un·e champion·ne d’une discipline dans le strict respect de ses règles (cf Les Chariots de Feu). Pourtant, cela fait maintenant quelques temps que le sport n’a plus grand chose à voir avec du sport.
Dans le monde amateur, on peut pratiquer une activité sportive pour rester en forme. C’est le sport santé. On fait aussi du sport loisir, avant tout pour s’amuser avec ses ami·es et ses proches.
Dans la sphère professionnelle, le sport n’est pas que du sport. C’est devenu un business juteux (cf Le Transfert du Siècle). Dès lors, il est considéré comme une forme d’ascenseur social par certains parents qui comptent sur leur progéniture pour se mettre à l’abri financièrement (cf 450 Grammes).
En tant que divertissement qui brasse des fortunes, le sport bascule alors dans une autre dimension où le dopage (cf Icarus, Stop at Nothing) et la corruption (cf Plus dure sera la Chute, Mercato) prennent une part prépondérante. Les athlètes professionnel·les deviennent des acteurs ou des actrices, parfois même des outils de propagande.
Car le sport est devenu un reflet de la société (cf La Couleur de la Victoire, Les Bleus une autre Histoire de France). Toute performance est exploitée politiquement. Les candidat·es cherchent à surfer sur les victoires (cf Les Bleus 2018, Red Army). Le football ne fait pas exception, bien qu’il soit toujours snobé par certains comme Granowski.
Moi tu sais le sport : j’en ai rien à foutre.
Le fait est que le football compte près de 4 milliards de fans dans le monde. Pour ces supporters, ce sport est une véritable raison d’être. Dans une société violente qui creuse le fossé entre riches éduqué·es et pauvres ignares (cf Idiocracy), le stade de foot est une arène au sens propre du terme où les supporters se croient encore permis de dire n’importe quoi.
Il est bien, mais il est pas d’chez nous! (…) Enculé!!
Ils souhaitent le triomphe des leurs et veulent la mort de l’adversaire, ou quiconque lui permettra de gagner – comme l’arbitre.
L’arbitre, c’est toujours un con!
L’instinct grégaire conduit les supporters à faire n’importe quoi.
C’est con une foule. Ça suit le plus dingue. Et y’en a toujours un de dingue.
Il n’y a plus aucun recul. On ne peut pas raisonner.
S’expliquer ? Avec ces cinglés là ?
Tout est dans l’excès. La violence cruelle est permise.
On voulait le choper!
En cassant tout, en blessant plusieurs personnes et en envoyant le gardien à l’hôpital ??
Si les clubs renforcent la sécurité, essentiellement pour protéger leur business, le stade reste encore aujourd’hui une zone de non-droit.
Vous croyez que c’est dangereux ?
Allez voir vous même…
Les hommes y reviennent à l’état animal.

Quand le match est fini, les singes sortent du zoo. Personne n’est à l’abri. Le football est l’exutoire des oubliés, blessés de se prendre trop de coups de matraque la semaine (cf Un Pays qui se tient sage, Chute Libre), et frustrés de voir un sport populaire leur échapper petit à petit du fait de la hausse du prix des places. Les supporters qui peuvent encore se le permettre veulent se venger le weekend en coupant quelques têtes. Rico se sert de la défaite comme d’un prétexte pour laisser éclater sa haine.
On protège les gros, les titrés! (…) Je paie mes impôts alors faut pas me prendre pour un con. Attention hein, le petit bonhomme à la trompette faut pas le prendre pour un bougnoule.
La police est inefficace. L’arbitre devient une victime collatérale. Le sport ne s’est finalement jamais beaucoup éloigné des jeux du cirque (cf Gladiator, Running Man, Rollerball, Youngblood).