NIGHTCRAWLER

NIGHTCRAWLER
Dan Gilroy, 2014

LE COMMENTAIRE

Quand on vit la nuit, on peut danser sur du David Guetta accompagné d’une cinquantaine de paires de fesses qui se trémoussent sur le dance floor au rythme effréné des bpm comme dans Mektoub My love. On peut aussi vivre la nuit comme des insectes qui se collent aux réverbères ou qui grouillent sur le sol.

LE PITCH

Un de ver de terre  va finir par trouver son bac à compost.

L’HISTOIRE

Personnage aussi glauque que singulier, Louis Bloom (Jake Gyllenhaal) essaie désespérément de se faire une place dans ce monde en essayant de trouver un job qu’on lui refuse sans cesse. Comme bon nombre d’abonnés à Pôle Emploi (cf La Loi du Marché).

Louis tâtonne. Son quotidien n’est pas facile. Alors il s’accroche.

Who am I? I’m a hard worker. I set high goals and I’ve been told that I’m persistent.

Témoin d’un accident de la route, il va découvrir le job de reporter d’information. Tendance très en vogue aux Etats-Unis, ces nouveaux paparazzis, sortes de scatophages du fumier, chassent la sensation. Ils se rendent sur les scènes du crime ou de l’accident pour y voler l’instant et mieux le revendre aux chaînes de télé locales avides de scandale.

Louis part de nulle part ce qui lui permet de se faire une place sur ce créneau un peu macabre sur lequel peu de gens veulent se positionner. Il s’accroche et progresse petit à petit. Au fur et à mesure, Louis conduit de plus en plus vite et mord sur la ligne continue de l’éthique, allant jusqu’à déplacer des cadavres sur des scènes de crime ou même à laisser son propre collaborateur se faire tuer pour mieux parvenir à ses fins. Plus il triche et plus il est récompensé.

Menacé par une police impuissante, il reste sûr de son fait et finira par ressortir libre. Rien ne peut stopper son irrésistible ascension vers les profondeurs. Un avenir ensoleillé s’offre à lui qui préférera garder ses lunettes de soleil pour mieux se protéger de cette lumière du jour qui n’est décidément pas son élément.

L’EXPLICATION

Nightcrawler c’est le monde de la nuit.

On peut voir dans Nightcrawler un simple portrait d’une profession nécrophage et des personnes qui gravitent dans cette galaxie, notamment les directeurs d’information dont l’obsession est de faire de l’audience plutôt que de participer à l’élévation de la société. En même temps, sans audience pas de show. Endemol en a fait son business. Si Arte était devant TF1 dans les chiffres d’audimat le monde ne serait peut être pas tout à fait le même. C’est un autre débat. Qui est responsable? L’audience shootée au sensationnalisme et qui réclame sans cesse plus de tape à l’œil? Ou les chaînes qui servent la soupe? On finit vite sur des questionnements marketing stériles du type : « qui de la poule ou de l’œuf est venu en premier? ».

Une profession nécrophage et néanmoins pragmatique. Bloom c’est la Française des Jeux:

My motto in life is if you want to win the lottery you’ve got to make the money to get a ticket.

Parce que le monde d’aujourd’hui n’est plus celui des 30 glorieuses et le « plein emploi », période louée par Guillaume Daubray-Lacaze (cf la Zizanie) où un jeune pouvait claquer la porte le matin pour trouver un nouveau job le soir. Aujourd’hui la réalité est beaucoup plus sauvage et il faut savoir faire son trou, à défaut de savoir faire son trou du cul. Louis Bloom est un petit voleur sans scrupule. Il commence par tabasser un gardien pour mieux lui voler sa montre et finira au sommet de sa gloire par détrousser un cadavres. C’est sa nature. Il ne changera pas. Il est un pur produit de cette société cynique.

What if my problem wasn’t that I don’t understand people but that I don’t like them?

C’est un cafard increvable. Et il prospère. Parce qu’il est bosseur:

Now, I’m not fooling myself, sir. Having been raised with the self esteem movement so popular in schools, I used to expect my needs to be considered. But I know that these days, our culture no long caters to the job loyalty that could be promised to earlier generations. What I believe, sir, is that good thinks come to those who work their asses off.

Nightcrawler prend plus de volume quand on perçoit que c’est l’esprit d’entreprise qui est en toile de fond, l’une des bases sur lesquelles repose pourtant l’Amérique toute entière. Car Louis Bloom est avant tout un ambitieux entrepreneur qui invente chaque jour pour développer son business. En plus d’être un négociateur féroce, il s’équipe, embauche, respecte scrupuleusement son business plan, achète une belle Dodge Challenger pour doubler la concurrence en faisant du bruit. Il est la figure du neo-entrepreneur tel que façonné par la société moderne.

La relation qu’il entretient avec Nina Romina (Rene Russo) montre à quel point l’entrepreneur d’aujourd’hui est dépendant du sensationnalisme, et que l’un et l’autre se nourrissent. Frank Kruse (Kevin Rahm) en moralisateur ne pèse d’aucun poids et se fait régulièrement passer dessus par Nina, non sans un certain mépris d’ailleurs.

Nightcrawler c’est le monde de la nuit où la morale est abandonnée au profit du scoop. Il fait mine de s’intéresser au pourquoi mais il n’est obsédé que par le quoi.

Why you pursue something is as important as what you pursue.

C’est l’absence de fond ainsi qu’une justice à la traine. La société conduit très vite. Peut-on encore aujourd’hui avoir du succès sans dépasser la limite autorisée? Où sont les businessmen avec un peu de cœur et de noblesse aujourd’hui ? Sont-ils ceux qui connaissent le plus de succès? Peut-être ne nous intéressent-ils pas? Ou peut-être qu’il n’est pas de la responsabilité du businessman de jouer les Robins des Bois?

Il s’agit là d’une Amérique dont les bases s’effritent un peu plus chaque jour. Contemplons aujourd’hui les records de médiocrité que Donald Trump repousse quasiment chaque jour. Et rappelons nous que ce même Donald Trump était à l’origine de The Apprentice il y a seulement quelques années. Cette émission de télé-réalité préparait des dizaines de candidats au monde de l’entreprise et en a influencé des milliers d’autres. Nous ne faisons que récolter ce que nous semons.

Nous avons des raisons d’être sceptique. Car la justice est dépassée. Elle arrive après la bataille. Et elle se montre incapable de punir les charognards. Au contraire, le charognard est aujourd’hui adulé. Nous avons pourtant des raisons d’être optimiste. Parce que quand on voit comment finit Nabilla, on se dit que la morale est certes paresseuse mais qu’elle n’a pas complètement dispary. Et elle finit par triompher d’une manière ou d’une autre.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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