WHIPLASH

WHIPLASH

Damien Chazelle, 2014

LE COMMENTAIRE

Les grand·es musicien·nes ne sont pas des tendres (cf Tár). Georges Brassens disait par exemple que sans technique, le talent n’est qu’une sale manie. C’est à dire que tout est affaire de maitrise, donc de travail – acharné. Il faut répéter, répéter, répéter… jusqu’à ce que l’oeuvre dépasse son artiste. En essayant, bien sûr, d’éviter de basculer dans la folie (cf Shine).

LE PITCH

Un jeune virtuose fait le dur apprentissage du haut niveau.

LE RÉSUMÉ

Au sein du prestigieux Shaffer Conservatory auquel il a donné ses lettres de noblesse, Terence Fletcher (J.K. Simmons) inspire la crainte. Ce chef d’orchestre plus que sévère est avant tout un dénicheur de talents. Il remarque le jeune Andrew Neyman (Miles Teller).

We have a squeaker today, class. His name is Andrew Nieman, he’s 19 years old. Isn’t he cute?

La méthode du professeur n’est pas orthodoxe. Pour faire progresser ses élèves, il les tyrannise.

Not quite my tempo. It’s okay…

Son perfectionnisme, qui s’exprime à travers un sens aigu de la mesure, éprouve les nerfs du jeune homme. En mettant la pression, Fletcher cherche à le faire exploser. Ce faisant, Fletcher se met lui-même hors-jeu car un professeur sans ses élèves ne sert à rien. Sans Neyman, il n’est rien d’autre qu’un petit pianiste quelconque.

Le professeur tortionnaire est viré de Schaffer après que des parents aient porté plainte contre lui. Neyman a même fini lui-même par témoigner contre son mentor, le poussant vers la sortie.

Les deux meilleurs ennemis se recroisent quelques mois plus tard par hasard dans un club de jazz. Fletcher se justifie.

I don’t think people understood what it was I was doing at Shaffer, I wasn’t there to conduct. Any fucking moron can wave his arms and keep people in tempo. I was there to push people beyond what’s expected of them, I believe that is… an absolute necessity.

Neyman est surpris de découvrir que Fletcher est un musicien moyen.

Fletcher a l’occasion de diriger un grand festival de jazz. Il fait appel à Neyman pour une nouvelle confrontation qui ressemble à une vengeance version le Parrain 2. Fletcher fait tout pour que Neyman se plante.

You think I’m fucking stupid? I know it was you!

Finalement, Neyman dépasse toutes les espérances de Fletcher. Il prend le contrôle dans un solo endiablé.

Andrew, what are you doing, man?

I’ll cue you in!

Fletcher se met en retrait et profite du spectacle.

L’EXPLICATION

Whiplash, c’est on n’a rien sans rien.

Cela ne coûte pas grand chose de se demander, au moins une fois dans sa vie, comment on souhaite la vivre. Pour certains comme Michael Corleone (cf Le Parrain 3), on doit chercher la grandeur. À l’inverse, d’autres se satisfont pleinement de rester sur leur sofa devant la TV avec un paquet de chips et de la bière (cf Idiocracy), en attendant calmement d’être débranché (cf Matrix).

Fletcher et Neyman sont deux ambitieux, tous les deux fans de Buddie Rich. Ils vont se trouver. On est souvent deux sur le chemin de l’excellence : pas de Lucky Luke sans Jolly Jumper, ni de Nina sans Thomas Leroy (cf Black Swan). Ou de Batman sans Joker (cf the Dark Knight). Fletcher et Neyman forment un tandem au sein duquel le premier n’a d’autre raison d’être que de révéler le second.

I was there to push people beyond what’s expected of them.

La méthode Fletcher est dure. On ne peut pas se satisfaire de quelque chose de bon. Il faut le meilleur. C’est la feule façon d’obtenir du Charlie Parker.

So, imagine if Jones had just said, « Well, that’s okay, Charlie. That was all right. Good job. » So Charlie thinks to himself, « Well, shit, I did do a pretty good job. » End of story. No Bird. That to me is an absolute tragedy.

Alors pour tirer le meilleur de ses musicien·nes, Fletcher les pousse au delà de leurs limites. Du sang et de la sueur. Aujourd’hui, le traitement qu’il réserve à ses élèves serait mis à l’index.

Qui aime bien châtie bien après tout, dans une certaine limite. Et c’est là toute la question.

Is there a line?

Il s’agit de savoir ce que l’on veut dans la vie et de s’en donner les moyens, ou pas.

Si l’on veut être heureux, alors on peut considérer Fletcher comme un fou. Un petit dictateur dans le cadre étroit de son conservatoire. À l’échelle du monde, il n’est rien. Il a les mêmes mimiques que feu-Thierry Ardisson. Un peu SM sur les bords. À l’image du sergent-instructeur Hartman (cf Full Metal Jacket): un maniaque qui traumatise ses troupes. Son crâne rasé impeccable et ses ensembles noirs ne trompent personne. Il doit passer ses week-ends dans des clubs, mais pas forcément de jazz. Les insultes l’excitent et il ne sait mettre que des coups. En plus, il n’a jamais réussi à former le nouveau Charlie Parker – malgré sa méthode.

The truth is, Andrew, I never really had a Charlie Parker. But I tried. I actually fucking tried, and that’s more than most people ever do. And I will never apologize for how I tried.

Si l’on veut être le meilleur, comme Neyman, alors on reconsidère Fletcher en se disant qu’il peut certainement emmener n’importe qui vers les sommets. Pas de la manière la plus souple. Peu importe.

Fletcher va proposer des obstacles à son génie pour l’aider à grandir. Sur ce parcours semé d’embûches, Neyman doit apprendre à ne compter que sur lui-même. Sa famille est indifférente. Il n’a de coups de mains de personne. Alors s’isole de tout le monde et se sépare également de sa petite-amie (Melissa Benoist). Autour de lui, il n’a plus que des concurrents (cf There will be Blood).

Face aux épreuves que la vie imposent, il faut sans cesse se relever puis retourner bosser. Car c’est le travail qui paie. La vie réclame d’être besogneux, avec des pansements sur les mains. Parfois on prend des grosses gueulantes.

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On en ressort avec plus de confiance en soi (cf Flashdance), quand on en ressort.

À la fin de l’histoire, on trouve sa place dans la fanfare (cf Le goût des autres).

You’re here for a reason.

Ou peut-être mieux, on connaîtra le prestige.

Il n’y a pas de hasard. Si on est où l’on est, c’est qu’on l’a mérité. Il faut croire en son talent et toujours continuer de travailler. Ne jamais désespérer de ses élèves non plus. Car Fletcher qui a senti la flamme chez Neyman a été pourtant trahi par son poulain. Malgré tout, il lui tend la main une dernière fois. Convaincu d’avoir eu raison.

Jusqu’au bout il va le torturer. Neyman ne le décevra pas, en lui offrant un orgasme sur scène dans un solo de batterie magistral, après avoir reçu une ultime humiliation. C’est le prix de l’excellence.

Pour celles et ceux qui l’oublieraient, les sentiers de la gloire sont sinueux et truffés de chemins de traverse.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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