WHIPLASH

WHIPLASH
Damien Chazelle, 2014

LE COMMENTAIRE

Le métier de batteur est assez méconnu. Et pour cause, le batteur dans un groupe de rock c’est souvent le discret de la bande, le mec en retrait, qui se tape les groupies un peu moches. C’est le second choix. Il en est de même pour le batteur dans un orchestre. Il fait moins autorité que le contrebassiste et il a nettement moins la classe que le saxo. Son rôle est ingrat. Alors qu’il donne souvent le rythme. Et le maestro sait qu’il a besoin de lui.

LE PITCH

Jeune musicien talentueux, Andrew Neyman (Miles Teller) se fait repérer par Terence Fletcher (J.K. Simmons).

L’HISTOIRE

Au sein du prestigieux Shaffer Conservatory auquel il a donné ses lettres de noblesse, Terence Fletcher inspire la crainte et le respect. Le Shaffer Conservatory c’est comme Fame, en version professeur Shorofsky plutôt que Leroy. Fletcher a beau répéter have fun, on n’est clairement pas là pour rigoler.

Chef d’orchestre plus que sévère, Fletcher est avant tout un dénicheur de talents. Il va remarquer le jeune Neyman et le faire progresser. Sa méthode n’est pas orthodoxe. Il terrorise ses élèves et les pousse jusque dans leurs retranchements. Son sens aigu du tempo et ses méthodes radicales vont avoir raison des nerfs du jeune loup. En mettant la pression sur Neyman, il va le faire exploser et par conséquence se mettre hors-jeu lui aussi. Car Fletcher sans ses élèves n’est rien d’autre qu’un petit pianiste quelconque. S’il perd son autorité, il perd sa raison d’être.

Les deux meilleurs ennemis se retrouveront quelques mois plus tard, loin du conservatoire, pour un baroud d’honneur lors d’un grand festival de jazz. Fletcher et Neyman se testent à nouveau. Mais l’élève finira par dépasser le maître.

L’EXPLICATION

Dans Whiplash on n’a rien sans rien.

Fletcher et Neyman vont se trouver. On est souvent deux sur le chemin de l’excellence. Pas de Lucky Luke sans Jolly Jumper. Pas de Nina sans Thomas Leroy. Fletcher et Neyman forment un duo au sein duquel le premier n’a d’autre raison d’être que de révéler le second. Pianiste de jazz quelconque, Fletcher ne prend en effet de plaisir qu’à faire éclore des talents.

I was there to push people beyond what’s expected of them.

Neyman finira d’ailleurs par lui offrir un orgasme sur scène dans un solo de batterie magistral, après une ultime humiliation. Fletcher, comme tous les dictateurs, est aussi un grand sensible (cf Kadhafi). S’il ne laisse pas de place aux faibles, il souffre malgré tout de voir ses disciples ne pas y arriver, voire se suicider. Des échecs qu’il n’assume pas totalement.

He died in a car accident.

La méthode Fletcher est dure. Pour tirer le meilleur de ses musiciens, il les pousse au delà de leurs limites. Qui aime bien châtie bien après tout. L’excellence a néanmoins un prix élevé.

Fletcher est un peu à la ramasse. C’est une terreur dans le cadre étroit de son conservatoire. À l’échelle du monde il n’est rien. Il a les mêmes mimiques que Thierry Ardisson! Il est aussi un peu SM sur les bords. Il est à Whiplash ce que le sergent-instructeur Hartman est à Full Metal Jacket: un maniaque qui tyrannise ses troupes. Son crâne rasé impeccable et ses ensembles noirs ne trompent personne. Il doit passer ses week-ends dans des clubs, mais pas forcément de jazz. Il aime les insultes et ne sait mettre que des coups. Whiplash est un peu old-school de ce point de vue. Dire que le talent ne s’accomplit qu’à travers la souffrance, c’est un peu comme affirmer que l’accouchement ne peut se faire que dans la douleur. Les femmes apprécieront sûrement. En même temps, force est d’admettre qu’elles optent tou-jours pour la péridurale aujourd’hui.

Ils étaient autrement moins durs à la Star Academy. En même temps, Fletcher n’est certainement pas Alexia Laroche-Joubert. Il cherche le futur Buddy Rich, pas le prochain Jean-Pascal. La recherche de la perfection impose d’être extrême et ambitieux.

I’d rather die drunk, broke at 34 and have people at a dinner talk about me rather than live to be rich and sober at 90 and nobody remembered who I was.

Ce que 50c a compris un peu de travers avec son « Get rich or die tryin ».

Selon Whiplash, la seule façon d’avoir un sourire parfait est de se manger le mur un bon coup quitte à y perdre toutes ses dents. Et tant pis si le sourire d’après est artificiel. Après tout, personne n’aurait pu deviner que Jacques Balutin portait un appareil s’il n’avait pas fait de pub pour Polident.

Si Whiplash montre qu’on ne peut grandir qu’à travers le conflit, il rappelle aussi qu’on ne peut compter vraiment que sur soi-même. Et qu’on n’a pas forcément besoin de tuer le père (Prends ça dans la tête Freud!). Neyman continuera sans sa petite-amie sur une route semée d’embûches. La concurrence bien que douloureuse semble être toujours saine. Pour y arriver, l’unique moyen reste donc de se tirer les doigts du cul, pour reprendre un langage fleuri qu’on retrouve souvent dans les ambiances moites des vestiaires de sport (et aussi parfois dans les ambiances feutrées des salles de réunion de la Défense). Neyman grandit dans la médiocrité de sa famille qui ne sait pas reconnaître le talent. Il n’a de coups de mains de personne (ie: il ne touche pas les aides de l’Etat lui!). Face aux épreuves que la vie nous imposent, il faut sans cesse se relever puis retourner bosser. Car c’est le travail qui paie. Whiplash est une vision de la vie besogneuse, presque jésuite, avec des pansements sur les mains.

C’est aussi une belle histoire de confiance en soi.

You’re here for a reason.

Il faut toujours en être conscient. Il n’y a pas de hasard. Si on est où on est c’est qu’on l’a mérité. Il faut croire en son talent et toujours continuer de travailler. Car les remplaçants rodent sans cesse et le diamant est toujours trop brut.

Voilà une morale relativement libérale qui parlera beaucoup à tous ceux qui se sont faits seuls. N’est-il quand même pas plus dur de se faire un nom plutôt que de se faire prénom (ou une particule dans le cas de George W. Bush)? Pour la peine il faudrait demander leur avis à Enzo Zidane, Jean Sarkozy ou Thomas Hollande.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

6 commentaires

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