FLIGHT

FLIGHT

Robert Zemeckis, 2012

LE COMMENTAIRE

Y’a des lendemains de cuite plus difficiles que d’autres (cf Very Bad Trip). Y’a des lendemains où l’on en mène pas large, comme si on était devant monsieur le juge, ou madame la juge – parité quand tu nous tiens. On porte son costume cravate, toujours très classe. L’heure n’est cependant plus à la fanfaronnade. On a le masque. Malgré le Doliprane, le pansement sur le crâne a du mal à cacher une tête prête à exploser.

LE PITCH

Un homme parvient à sauver le vol 227 de la catastrophe, avec la manière.

LE RÉSUMÉ

Le capitaine « Whip » Whitaker (Denzel Washington) se réveille péniblement à coup de cocaïne après une nuit un peu trop arrosée. Pendant le vol qui l’emmène à Atlanta, il en profite pour faire une petite sieste sous vodka. Réveillé en sursaut par la violence des turbulences, le Capitaine tente de reprendre le contrôle de l’appareil. Tout le monde hurle sous le coup de la panique. Il garde un semblant de calme.

We need everyone in brace positions. Yes, that is affirm, we are in a dive.

À l’instinct, il renverse l’avion et parvient à le faire atterrir. Cette manœuvre périlleuse coûte la vie de 6 personnes et épargne les 96 autres passagers à bord.

Whip est réveillé en héros à l’hôpital d’Atlanta. Néo-retraité, Whip apprend par son avocat Hugh Lang (Don Cheadle) que le Conseil national de la sécurité des transports menace de le suivre en justice. Ses tests ont révélé qu’il était sous l’emprise de drogue et d’alcool au moment du vol.

Le procès est interminable. Lang fait de son mieux. Il a bon espoir de faire innocenter son client. Whip est quasi tiré d’affaire, ce qui ferait de lui un double-miraculé. Il va rater la marche ultime en se présentant complètement saoul à son audience. Épuisé et ne parvenant plus à jouer la comédie, il décide de lâcher l’affaire en passant aux aveux.

I drank the night before the flight. I’m drunk right now, because I’m an alcoholic.

En prison, Whip fait l’expérience contrainte de la sobriété. Il explique à ses codétenus qu’il ne regrette rien et qu’il se sent même beaucoup mieux.

This is going to sound real stupid coming from a man in prison. But for the first time in my life, I’m free.

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L’EXPLICATION

Flight, c’est en finir avec l’auto-pilote.

Le métier de Whip est de guider des gens d’un point A à un point B. Qu’il le veuille ou non, il est nécessaire – donc exceptionnel dans la mesure où tout le monde ne peut pas le faire.

Nobody could have landed that plane like I did.

Cette responsabilité semble être trop grande pour le costume de Whip. Tout ce qui lui arrive est juste beaucoup trop pour lui. Un peu comme ces joueurs de Calais après leur finale héroïque de Coupe de France 99 puis qui n’ont pas réussi à gérer la saison suivante. Whip n’arrive pas à assumer. Il l’admet lui-même.

This thing is so heavy, it’s killing me.

C’est pourquoi il picole et qu’il se drogue. Il fuit. Whip est comme un cycliste qui fait face à un col dont le pourcentage semble un peu trop important pour ses mollets. Plutôt que de commencer l’ascension, il pose délicatement son vélo sur le bord de la route et se met à faire de l’auto-stop. Whip joue les passagers clandestins de l’avion qu’il est censé piloter. Il passe son temps à slalomer, à se justifier. Épuisé. Malheureux. Il marche à côté de ses pompes. S’il parvient à faire atterrir miraculeusement son avion (cf Sully), il ne pourra pas empêcher son propre crash.

Cet avion qui s’écrase, c’est peut-être aussi sa chance (cf Million Dollar Baby). Il peut enfin sortir de son trou.

Death demands responsibility.

Au moment de faire face au jugement, il finit par avouer et reconnaître sa faiblesse. Impossible de continuer à mentir. L’occasion est venue d’assumer qui il est. On a l’impression qu’il se libère d’un poids avec cette troublante révélation et pourtant il se retrouve en prison. Comme un alcoolique sait qu’il le restera toute sa vie (cf le dernier pour la route). Whip peut pourtant se regarder dans une glace à nouveau. Il est redevenu le maître de ses décisions, son propre capitaine (cf Invictus). Libre derrière les barreaux, paradoxalement. Comme si on n’était vraiment libre qu’après avoir renoncé. L’homme ne peut être heureux qu’après avoir renoncé à la possibilité de faire ce qui lui chante.

Et Dieu dans tout ça? En tant que pilote, Whip tient le manche, comme un Seigneur. Cette possibilité le panique. Encore une fois, c’est trop. Il n’arrive pas à être Dieu. Par conséquent, il fuit cette responsabilité et finit par nier la possibilité qu’il soit en contrôle de sa vie.

You spend your life believing that you have all the control over what happens. Bullshit. The plane you’re flying goes down? Out of your control. God gives you cancer. I have no control over that. Did God give me cancer? You bet your ass God gave me cancer. You think if I begged for cancer God would have given it to me? No… because I assure you I have begged for God to take it away – and guess what? I have no control over that.

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C’est pourtant grâce à ses qualités qu’il est parvenu à atterrir, non pas grâce à la chance. Il refuse tout simplement de l’admettre. On peut le comprendre. C’est beaucoup plus confortable de s’en remettre à Dieu que d’imaginer pouvoir être Dieu. Dieu est la solution de facilité à toutes les équations un peu trop complexes. La carte Joker.

As soon as you realize that the random events in your life are God… you will live a much better life.

En faisant le choix de remettre sa vie dans les mains de Dieu, il devient Abdallah. Le problème est qu’Abdallah est en taule.

De pilote superstar bourré, Whip passe au rang plus sobre de prisonnier. Il se range et fait le choix d’une vie avec moins de pression, dans laquelle il ne sera plus une exception. Humain, pas divin. Au moins c’est son choix. Et il aura eu la chance de s’être envoyé un peu en l’air au passage.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

5 commentaires

  • JCVD – Explication de film
  • Sorti de l’hôpital, Whip Whitaker tente de prendre un nouveau départ et d’arrêter complètement la boisson et la fumette… C’est connu, les bonnes résolutions, ça ne tient pas longtemps : dès qu’une nouvelle menace se présente à lui (le procès), Whip replonge. Mais le fait de ne pas avoir provoqué le crash et d’avoir réussi à sauver tellement de personnes, ça le persuade de son bon droit de continuer comme ça..
    Whip s’est longtemps menti à lui-même. Il sait très bien le faire. Il n’avait plus qu’à mentir sur une autre personne, qui plus est décédée, et il s’en serait complètement sorti. Mais il n’a pas pu.
    Une interprétation capitale, M. Washington.

    • Merci Toto pour ce commentaire. Contrairement à Leonard (cf Memento), Whip n’a pas réussi à se reformater totalement. Trop d’honnêteté intellectuelle qui lui donnera de quoi méditer en prison…

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