THE PARTY

THE PARTY
Blake Edwards, 1968

LE COMMENTAIRE

On a longtemps accusé Jean-Pierre Bacri de ne pas être un bon acteur sous prétexte qu’il ne jouait que des personnages de grincheux proches de son véritable tempérament (cf Kennedy et MoiLe Goût des Autres, Cuisine et Dépendances). Dès lors, si un acteur se mesure à sa capacité de sortir de lui-même, quoi de plus glorifiant pour un acteur que d’incarner celui qu’il n’est pas? Quelle belle performance qu’un blanc parvienne à incarner un Indien! Rien à voir du tout avec du racisme… Comment crier au whitewashing quand Alec Guinness joue le rôle du Prince Faisal dans Lawrence d’Arabie? Certes, peu de noirs ont eu l’occasion de jouer des rôles de blancs. Idris Elba ne sera pas le futur James Bond. Ok. Soyons patients. Ça n’est sûrement qu’une question de temps… Omar Sy ferait un très bon Général de Gaulle.

LE PITCH

Sans alcool, la fête peut-être plus folle.

LE RÉSUMÉ

L’acteur Hrundi V. Bakshi (Peter Sellers) est une sorte de Pierre Richard dans le sens maladroit du terme. Ses bourdes à répétition sèment la panique sur le plateau de tournage au point que le réalisateur le vire et demande à ce qu’il soit black listé. La patron du studio, Fred R. Clutterbuck (J. Edward McKinley), note par erreur son nom sur le registre des invités de la fête d’anniversaire de sa femme…

Dès son arrivée sur place, Bakshi se fait immédiatement remarquer. Il enchaîne les catastrophes : perd ses chaussures en les nettoyant dans la piscine après les avoir tâchées de boue, déclenche les systèmes électroniques de la maison donnant lieu aux malaises les plus cocasses, il nourrit la perruche.

She’s having the birdie num nums.

Malgré tout il ne se sent pas gêné et reste émerveillé à l’idée de rencontrer des célébrités telles que « Wyoming Bill » Kelso (Denny Miller) à qui il demande carrément un autographe.

Excuse me, sir, but, you are, are you not, « Wyoming Bill » Kelso, the famous film star?

That’s me, in the flesh.

Oh, God. What a moment in my life! Oh, sir, I’ve seen every one of your films.

Oh, well, that’s wonderful! Wonderful!

Bakshi continue ses aventures au fil de la soirée, faisant des découvertes embarrassantes alors qu’il cherche les toilettes. Le hasard fait bien les choses, sa présence sauve Michelle Monet (Claudine Longet) des griffes du porc de la soirée, C. S. Divot (Gavin MacLeod). Ce qui tend à confirmer qu’Harvey Weinstein n’est pas un cas isolé dans la profession puisque déjà à l’époque les producteurs porcins harcelaient les jeunes actrices sur la base de leur physique plus que de leur talent. Dans cette confusion, Divot se vexe et annule l’audition de l’actrice prévue pour le lendemain.

And forget about that test tomorrow, baby. You’re finished in this business before you even start! You’re wiped out! You’re finished!

Bakshi insiste pour que la jeune fille reste afin de continuer à s’amuser malgré tout.

Please stay at the party. Let’s have a wonderful time.

La fête s’emballe soudainement avec l’arrivée de musiciens russes. Bakshi essaie de faire la place en rétractant le bar et pousse accidentellement de nombreux invités à l’eau.

Lorsqu’un éléphant arrive sur les lieux avec l’inscription ‘the world is flat’, Bakshi s’offusque et réclame qu’on le nettoie. L’utilisation du savon transforme la fête en soirée mousse.

Finalement, Divot découvre l’identité de l’empêcheur de tourner en rond et demande à la police de l’expulser. Avant de partir, Bakshi s’excuse auprès de Clutterbuck puis donne rendez-vous à Michelle dont il est tombé amoureux.

the-party

L’EXPLICATION

The Party, c’est détruire le monde pour mieux le recréer.

Bakshi est celui qui n’est pas comme les autres. Il est Indien. On en voit très peu aux États-Unis à l’époque. C’est un pays aux coutumes inconnues de la plupart des incultes du monde du show business qui ne brille pas par son érudition (cf Confessions of a dangerous mind). Le simple nom de Bakshi suffit à interpeller.

Hrundi V. Bakshi.

Pardon?

That is what my name is called.

Bakshi ne se pose pas de question. Son regard sur la vie est aussi simple que rafraichissant.

It’s good to have a laugh.

Il est le profane dans un environnement sacré. Bakshi n’est pas dans la réflexion, plutôt dans l’action – quitte à casser quelques verres au passage.

Who do you think you are?

In India, we don’t think who we are. We know who we are.

Cependant, il n’est pas invité. C’est à dire qu’il n’est pas le bienvenu. Et pour cause, il a été inscrit sur la liste noire des gens qu’on ne veut plus voir car il ne respecte pas l’ordre. Sur un plateau de tournage, il fait tout de travers. Ce n’est pas quelqu’un qui a sa place.

Sa présence à la fête va pourtant tout changer. Son insouciance lui permet de casser les codes et les conventions. Il n’est effectivement pas comme les autres. Par exemple, Bakshi ne craint pas le regard des autres ce qui lui permet d’être spontané – provoquant au passage de jolis désastres. Sa spontanéité fait aussi bouger les plaques. Elle génère le chaos ce qui rend la fête véritablement inattendue et passionnante (cf Project X). Il déconstruit et ce faisant, donne tout son sens à cette fête au caractère sacré.

Bakshi n’est pas comme les autres, ce qui ne l’empêche pas de connecter avec les autres. Il s’entend très bien avec Michelle Monet.

Do you speak French?

Well, just enough to get myself into trouble.

Il lui sauve même la vie en la préservant d’un prédateur.

Bakshi nous rappelle à quel point nous pouvons être cloisonné jusque dans nos propres célébrations que nous ne partageons qu’avec notre petit cercle d’amis. La présence fortuite de Bakshi ajoute un peu d’épice qui donne toute sa saveur à ce moment transgressif qu’est la fête. On sort du cadre classique dans lequel les participants cherchent le bon équilibre entre cocaïne et champagne tandis qu’à l’étage les porcs violent les brebis. Désormais, toute mesure ou notion de contrôle sont oubliées. Tout le monde fait des erreurs, les masques tombent et la réception s’anime enfin. Tout le monde s’amuse. Un peu d’excès pour mieux nettoyer les anxiétés accumulées au quotidien et repartir du bon pied, non sans un petit mal de crâne.

Bakshi est la personne qui nous devrions devenir pendant la fête : un autre soi en qui s’exaltent les émotions.

Grâce à lui, ce moment restera véritablement mémorable.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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