DR STRANGELOVE

DR STRANGELOVE
Stanley Kubrick, 1964

 

LE COMMENTAIRE

Après l’échec flagrant de la race supposée supérieure en 45, les Alliés ont proposé un programme de dénazification (comme si être Nazi était une maladie) visant à épurer la société allemande. Bizarrement c’est en 1950 qu’est née la société Kärcher. Dans le cadre de cette dénazification, des films peu glorieux mettaient en garde les populations contre ces Allemands qui ne seraient rien d’autre que de gros Nazis en attente de se réveiller. Quelques soixante-dix années plus tard, ce plan est un échec: Berlin est réunifiée. L’Allemagne est redevenue le moteur de l’Europe et son pot d’échappement a déjà pollué toute l’Amérique. Les Allemands ont continué leurs rafles (sur la Costa del Sol et les Coupes du Monde de foot notamment). Un Nazi ça ne disparaît jamais vraiment. C’est pas une maladie, c’est plutôt comme un cors au pied. Le Nazi attend discrètement au fond de la pièce dans son fauteuil roulant.

LE PITCH

L’état major américain est victime d’un de ses Généraux.

LE RÉSUMÉ

En pleine guerre froide, le Général Ripper (Sterling Hayden) est victime d’un coup de chaud. Avant de se barricader, il ordonne la mise en application du plan R et envoie tous les B-52 frapper l’Union Soviétique. Alerté immédiatement, le président Muffley (Peter Sellers) convoque une réunion de crise dans la war room.

Alors que les militaires se font passer un savon, le Général Turgindson (George C. Scott) émet l’hypothèse de profiter de cette attaque imprévue pour mener enfin l’assaut une bonne foi pour toute et en finir avec l’URSS. Le Président Muffley qui pense avant tout à la trace qu’il va laisser dans l’histoire n’est pas de cet avis.

I will not go down in history as the greatest mass-murderer since Adolph Hitler!

Il invite l’ambassadeur soviétique et rentre en contact avec son homologue soviétique, Dimitri Kissov, pour faire preuve de sa bonne foi. La seule option qui se présente aux États-Unis est de donner aux Russes les positions des avions pour les détruire. Le temps presse car Kissov informe le président Américain de l’existence d’un plan de représailles en cas d’attaque américaine inopinée. La doomsday machine signerait le testament atomique de l’humanité.

Pendant ce temps, le Capitaine Mandrake (Peter Sellers) parvient à décrypter le code du plan R avant qu’il ne soit trop tard. Il rappelle tous les B-52… sauf celui du Major Kong (Slim Pickens) dont le tableau de contrôle a été partiellement détruit lors d’une attaque.

À court d’idée, le Président fait appel au Dr Stangelove (Peter Sellers) pour imaginer une solution en cas d’apocalypse nucléaire. Ancien Nazi, Strangelove suggère de partir vivre sous-terre et imagine un plan de repopulation basé sur un tri sélectif (cf Aznavour) avec un ratio de 1 homme pour 10 femmes dans le but d’assurer la continuité de l’espèce humaine.

Il est trop tard. Le Major Kong a lancé sa bombe. Des champignons atomiques poussent un peu partout sur la planète. La fin du monde peut commencer sur l’air de We’ll meet again.

strangelove

L’EXPLICATION

Dr Strangelove c’est ne plus se faire de souci.

La diplomatie ne sert à rien. Les négociations sont longues et surtout ne parviennent pas à prévenir le putsch dont vont être victimes les hommes politiques.

Mandrake, do you recall what Clemenceau once said about war? (…) He said war was too important to be left to the generals. When he said that, 50 years ago, he might have been right. But today, war is too important to be left to politicians.

La guerre est reprise en main par les militaires, sorte de chiens fous incarnés par Ripper le paranoïaque et Turgindson l’impulsif qui trahissent tous les deux leur mission.

Peace is our profession.

Les premiers responsables restent les chefs d’État dont l’incompétence est patente entre l’alcoolisme du premier secrétaire Kissov et la naïveté dont fait preuve Muffley.

This is preposterous. I’ve never approved of anything like that!

Our source was the New York Times…

Dr Strangelove met en lumière la faiblesse de la nature humaine, à jamais tentée par le pire. Muffley et Strangelove ont le même visage. Qu’on soit Américain ou Soviétique, peu importe. Face à l’urgence, Turgindson met sa morale de côté, trop content de pouvoir profiter de l’occasion d’écraser l’ennemi. Alors que la situation est critique, l’ambassadeur n’hésite pourtant pas à se muer en espion pour prendre des photos top secrètes dans la war room. Le Dr Strangelove essaie tant bien que mal d’empêcher son bras de faire le salut nazi mais il finit par appeler le président des États-Unis Mein Führer. Et Muffley dont l’éthique était jusque là irréprochable finira lui aussi par craquer en considérant la solution finale que lui propose Strangelove, envisageant ainsi l’inenvisageable. Chassez le naturel, il revient en marche arrière.

Et finalement ce sont les plus courageux qui sont faits cocus à la fin de l’histoire. Mandrake voit sa réflexion anéantie et le Major Kong finit par faire péter la planète alors qu’il pensait se dévouer pour la bonne cause.

Dr Strangelove respecte à la lettre la Loi de Murphy. Ce scénario aurait pu arriver tellement de fois tant l’équilibre était fragile à l’époque et qu’il n’était finalement pas si compliqué que ça d’appuyer sur un bouton. On s’en rend compte après coup. On ne réalise pas encore aujourd’hui à quel point on est passé à côté de la catastrophe. On y repense aujourd’hui avec la Corée du Nord. On ne réalise pas assez qu’on continue à polluer la planète comme des porcs. Comme si on voulait absolument prouver que ce qui doit arriver finira par arriver. Qu’on ne peut pas y échapper. Et que quand on court à la catastrophe on finit par la rattraper.

En fait Dr Strangelove est à l’image de la vie. On passe une existence entière à slalomer entre les emmerdes. On ménage la chèvre et le choux. On s’engueule sans arrêt. On se stresse parce qu’on ne veut pas mourir alors qu’au final on meurt quand même. Franchement on ferait mieux d’apprendre à arrêter de se faire du souci et à aimer la bombe. On nous serine à longueur de journée qu’il faut vivre pour aujourd’hui, parce que carpe diem, parce que Pepsi. On nous enseigne à nous tenir droit et être poli dans l’optique d’avoir de bonnes notes. Personne ne nous enseigne à aimer la mort.

C’est con parce qu’on pourrait vivre sa vie autrement, à la cool, en fumant des gros walous et en écoutant Pierpoljak. Parce que y’a pas que les kamikazes qui aiment la mort, il y a les rastas. Rappelons néanmoins que tout le monde n’a pas forcément les moyens de se payer un billet d’avion en aller simple pour Zion.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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