STARSHIP TROOPERS
Paul Verhoeven, 1997
LE COMMENTAIRE
Après s’être inquiétés de l’invasion des rastaquouères (cf Les Trois Frères) puis aujourd’hui des migrants (cf District 9), les nationalistes seraient plus inspiré·es de s’inquiéter d’une possible invasion extra-terrestre aux allures d’insectes (cf Sans un Bruit 2). Qu’on parle davantage des greniers ou des stations orbitales, envahis par les punaises diaboliques. Que les Français·es de souche sachent s’en rappeler au moment de désigner leur véritable ennemi.
LE PITCH
Dans leur conquête de l’espace, les humains font la guerre aux arachnides.
LE RÉSUMÉ
Trois lycéens décident de faire leur Service Fédéral. Carl Jenkins (Neil Patrick Harris) rejoint les troupes scientifiques grâce à ses facultés télépathiques. Carmen Ibanez (Denise Richards) devient pilote et son amoureux John Rico (Casper Van Dien) rejoint l’infanterie. Tous les trois se font une promesse.
Let’s make a vow. No matter what, we’ll always be friends.
Au centre d’instruction, Rico se fait sèchement plaquer par Carmen qui privilégie son ambition personnelle à ses sentiments amoureux (cf La La Land).
I wanna go career, I don’t think that’s gonna leave a lot of room for you and me.
Dizzy Flores (Dina Meyer) est là pour réconforter Rico. Pas pour longtemps, les jeunes recrues sont envoyées au front après que les Arachnides aient fait des millions de morts sur terre. Mobilisation générale!
La guerre n’est pas aussi rose que le prétend la propagande. Les humains subissent de lourdes pertes chaque jour. Rico rejoint la section de son ancien professeur au lycée, le lieutenant Jean Rasczak (Michael Ironside).
En mission sur la planète P., les soldats sont pris en embuscade par des centaines de milliers d’insectes (cf Love and Monsters) qui cherchent à les faire prisonniers pour apprendre d’eux. Zander (Patrick Muldoon) promet l’enfer à la larve qui les gouverne.
One day someone is going to kill you and your whole fucking race!
Son histoire s’arrête là. Il paie de sa cervelle.
Avec courage, l’infanterie résiste et le sergent Zim parvient même à capturer cette fameuse larve géante que les Humains vont pouvoir ‘étudier’ à leur tour. Fort de cette victoire, le Colonel Jenkins, qui fait désormais partie de l’état major, se montre confiant en l’avenir.
What is it thinking Colonel?
It’s afraid!
La guerre n’est pas perdue. On a besoin de toutes les forces vives (cf Indigènes).
We need soldiers. Like Captain Carmen Ibanez and private John Rico. We need you all. Service guarantees citizenship.

L’EXPLICATION
Starship Troopers, c’est le choix sans alternative.
Depuis Corneille, on fait croire qu’on a le choix en toute circonstance. Morpheus (cf The Matrix) ne dit pas autre chose : pilule rouge ou pilule bleue ? À travers l’existentialisme, Sartre a même entériné l’idée que l’on était libres de ce que l’on fait de ce que les autres ont fait de nous.
Dans cette société, le choix existe toujours. Par contre, il n’a pas d’alternative. Il ne s’agit pas simplement de faire un choix, il s’agit de faire le bon choix.
C’est à dire que les lycéen·nes ont toujours des options. En effet, ils ou elles peuvent décider d’être un·e civil·e qui n’a droit à rien, à moins d’être riche, ou d’être un·e citoyen·ne et pour cela : il faut servir son pays. Deux ans minimum.
Service guarantees citizenship. They’re doing their part. Are you?
Il est chaudement recommandé de devenir un membre productif de la société (cf The Yards). Par exemple, Rico pourrait ne pas rejoindre l’infanterie. Il fait bien ce qu’il veut. D’autant que ses parents lui proposent de partir en vacances quelque part dans l’espace. Cependant, il veut prendre des décisions par lui-même comme un homme. Son professeur l’a d’ailleurs encouragé à le faire. On peut être fier de lui.
Figuring things out for yourself is the only freedom anyone really has. Use that freedom. Make up your own mind!
À l’école, on apprend à ne plus envisager qu’il puisse exister une alternative. Rico opte naturellement pour ce que propose la propagande et c’est son choix. En cela, il est un exemple pour la nation.
It’s my decision, not yours!
Dès lors que c’est son choix, Rico est pris dans une boucle. Quand il veut rentrer, Buenos Aires est détruite. Donc il a le choix logique de continuer à se battre. Car il faut préserver la race face aux insectes. Après tout, c’est la guerre! Et le fascisme a toujours besoin d’être en guerre contre quelqu’un.
To ensure the security of our solar system, Klendathu must be eliminated.
Dans cette réalité, on a le choix entre se battre, ou disparaître. On pourrait même dire remplacé – selon les termes de l’idéologie raciste. C’est le danger qu’on nous présente en tout cas.
We must ensure that human civilization, not insect, dominates this galaxy now and always!
Le choix est donc vite fait. Il s’appuie sur des certitudes. À un moment, il y a des choses dont on ne doit pas douter.
The only good bug is a dead bug.
L’heure n’est pas à la tergiversation, ni à la négociation. Négocier pour quoi ? Pour se faire planter un couteau dans le dos (cf Mars Attacks) ? Non merci! Négocier serait un aveu de faiblesse.
We humans like to think we are nature’s finest achievement. I’m afraid it just isn’t true.
On ne va quand même pas commencer à imaginer un monde dans lequel on cohabiterait paisiblement avec des insectes! Il n’y a pas de place pour tout le monde dans l’univers, même s’il est infini. Une alternative diplomatique n’est tout simplement pas pensable. L’armée a parlé.
Some say the bugs were provoked by the intrusion of humans into their natural habitat. That a ‘live and let live’ policy is preferable to war with the bugs.
Dans le monde fasciste, on célèbre les héros qui l’ont compris. Ceux qui ont fait le bon choix : celui du régime.
Ceux qui assument leur choix, sans revenir en arrière. Il n’y a peut-être que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Mais dans un monde fasciste, on ne cherche pas à faire le malin. L’heure n’est plus à la réflexion, ni à la critique.
À bas les insectes! C’est la mobilisation générale.
Everyone fights. No one quits.
À quoi cela avancerait-il de considérer ces militaires comme les soldats d’une forme d’autoritarisme moderne, bien qu’ils en portent pourtant les manteaux ? Comment imaginer qu’ils ne défendent pas une juste cause ?
… Il ne vous apparait pas évident qu’ils font leur devoir ?
Attendez… De quel côté êtes vous ?
… Le choix du camp ne vous apparait pas comme une évidence ?
Il n’est pas interdit de s’interroger, mais on ne doit pas tout remettre en question. Quel intérêt de questionner cette guerre dans la mesure où elle existe ? Comment le gouvernement voudrait autre chose que de servir l’intérêt de son peuple (cf Oblivion) ?
L’heure est venue de rentrer dans le rang, sans une tête qui dépasse. Toutes et tous aux ordres! Le fascisme ne fonctionne jamais aussi bien que quand ses membres ont l’impression d’avoir choisi librement de le servir.

Quand j’étais petit ce film me foutait la trouille 😁😁🙈
C’est bien résumé. Se faire cisailler par un criquet.
Exact