EDDINGTON

EDDINGTON

Ari Aster, 2025

LE COMMENTAIRE

Il était déjà difficile de s’entendre avant le coronavirus. L’épidémie a créée une situation inédite qui a ajouté de la complexité, en brouillant davantage les repères. Les tests de dépistage dans les narines ont déchaîné les passions, dans le plus strict respect des règles de distanciation sociale.

LE PITCH

Une bourgade du Nouveau-Mexique souffre de la pandémie.

LE RÉSUMÉ

Joe Cross (Joaquin Phoenix) est le sheriff de Sevilla County. Il vit avec sa femme Louise (Emma Stone) et temporairement avec sa belle-mère Dawn (Deirdre O’Connell) pendant le confinement.

Des tensions apparaissent entre Joe qui ne porte pas de masque à cause de son asthme et le maire Ted Garcia (Pedro Pascal) qui respecte scrupuleusement les consignes sanitaires. Joe trouve que la comédie va trop loin.

There’s a way to treat people!

Sur un coup de tête, Joe se présente aux prochaines élections locales.

We need to free each other’s hearts. That’s why I’m running for mayor.

Ted pousse pour l’implantation d’un data center qui devrait dynamiser la ville.

These guys are bringing the infrastructure for real future!

Une partie ne voit cependant pas l’intérêt et s’y oppose fermement, dont Joe.

Your term is up and your town is dead.

Il faut dire que Joe ne porte pas le maire actuel dans son coeur pour des raisons personnelles, du fait d’une sombre histoire entre Ted et Louise.

I’m a much better human being than you!

Le ton monte. Les attaques ad-personam fusent. On ne sait pas, mais on affirme quand même (cf Bugonia).

Ted Garcia is a sexual predator. That is none of my business, I can only speculate why.

La campagne dérive sur fond de théorie du complot (cf Everything is a rich Man’s trick, Reset). Dawn est persuadée que la pandémie cache quelque chose. C’est sûr.

‘Coronavirus’! They used that word in 2019!

Des jeunes comme Sarah (Amélie Hoeferle), Brian (Cameron Mann) et Eric (Matt Gomez Hidaka), le fils du maire, manifestent contre les violences policières au nom du mouvement Black Lives Matter (cf LA 92, Tout simplement Noir). Bien que Michael (Micheal Ward) soit paradoxalement le seul noir de la ville et qu’il travaille sous les ordres de Joe, du côté des méchants.

Le moindre faits et gestes est aussitôt publié sur les réseaux sociaux, mettant le feu aux poudres.

Joe perd les pédales quand Louise quitte son mari pour rejoindre la secte de Vernon Jefferson Peak (Austin Butler) (cf Going Clear, Bikram).

Après une ultime humiliation infligée par Ted, Joe prend sa carabine. Il tue Ted et son fils à distance en maquillant la scène pour faire croire à un crime perpétré par les antifas. Le sac de Sarah est retrouvé sur les lieux. Cela l’arrange.

L’enquête est rendue difficile par le fait que le crime a eu en partie lieu sur la réserve autochtone de Pueblo. Butterfly Jimenez (William Belleau) est dans les pattes de Joe.

We are Eddington. This is Eddington!

Joe doit trouver un bouc-émissaire pour le meurtre de Ted. Ce sera finalement Michael.

Blacks hate hispanics too!

La situation dégénère. Joe encourage les militants à prendre les armes.

I encourage them to own guns.

Une milice antifa cagoulée et armée jusqu’aux dents se rend sur les lieux pour passer à l’action. C’est un carnage. Joe est traqué puis poignardé violemment par un milicien finalement abattu par Brian. Par miracle, Joe s’en sort avec un handicap très lourd. Dawn s’occupe de lui. C’est également elle qui gère désormais les affaires de la ville. Pendant que Vernon Jefferson peak continue sa propagande.

You are NOT a coincidence!

L’EXPLICATION

Eddington, c’est une communauté pas équipée pour relever les défis de demain.

La pensée progressiste adore discuter des défis de demain pour maintenir un imaginaire. Une bonne raison de se lever le matin. Les lendemains doivent chanter. Tout doit être possible, sachant que sky is the limit.

On oublie néanmoins que l’on s’inscrit dans une histoire cyclique, où l’impact des événements se mesure sur un temps relativement long. La tendance actuelle est de s’appuyer sur les 24 derniers mois pour se projeter sur les 12 suivants. C’est encore trop court. Rien n’est jamais aussi immédiat. Ainsi les conséquences de la pandémie ne se mesurent vraiment que cinq ans plus tard.

La gestion de la pandémie a considérablement déchiré les élites. Comment a-t-elle été vécue sur le terrain, par celles et ceux qui n’ont pas forcément le recul nécessaire pour l’analyser ?

D’abord comme une forme d’incompréhension et d’injustice, à l’image de Joe qui hallucine devant ce qui se joue dans le supermarché du coin. Pour le sheriff, tout prend des proportions ridicules. Par ailleurs, Joe doit gérer ses emmerdes très concrets avec sa femme. Il essaie tant bien que mal de surnager dans ce monde qu’il n’arrive plus à comprendre (cf No Country for Old Men).

What is going on?? (…) I dont even know what I see!

À l’ère de la post-vérité, on ne sait effectivement plus sur quel pied danser. Chacun·e lance des accusations gratuites, qui sont balayées ensuite d’un revers de la main. Plus besoin de preuve. De toute façon, les preuves ne peuvent pas se vérifier. Tout peut relever du mensonge. Les autorités qui décident de ce qui tombe du côté des fake news ne sont pas toujours impartiales. Ces questions parfois techniques laissent l’opinion publique dans une confusion générale.

Let’s call it what it is.

(…) You dont even know what you’re talking about! 

On a l’impression que tout se mélange.

It tastes the same.

Quand on ne comprend pas, on essaie de trouver ses propres réponses. Dawn se noie dans les médias qui nourrissent abondamment sa psychose.

How many coincidences need to occur?!

À sa décharge, certaines impressions sont confirmées. Grâce à la pandémie, les systèmes de traçage se sont considérablement perfectionnés. Comment ne pas se sentir comme un·e cobaye du système (cf Matrix, Moon, 1984) ?

I feel like I’m being watched.

À Eddington, on essaie de s’interroger sans en avoir les moyens (cf Three Billboards, Idiocracy). Dès que l’on se pose des questions, on est aussi taxé de complotisme.

You’re being manipulated.

En face de lui, Joe doit composer avec Ted Garcia qui pense davantage au futur et à la data qu’aux problèmes du quotidien de ses concitoyens.

Everything’s fine.

Pendant que Joe bricole des posters de campagne, Ted Garcia produit une mise en scène larmoyante assortie d’un slogan marketing efficace.

When my wife, his mother, has abandoned us without a note, (…) we had our community to lift us up. (…) We cant go back, we can only go better.

Preuve que le fossé se creuse, même à l’échelle de Eddington New Mexico (cf Us). La pandémie a mis en lumière les fissures de cette société dont la base tremble. Tout est en train d’exploser dans un gigantesque n’importe quoi où la police passe son temps à faire de la politique plutôt que de faire son travail.

It is what we do now. You’ve been deputized.

La peur est instrumentalisée. On a peur des black blocs autant que de la police.

We got to be ready. They are coming here next!

On ne se parle plus. Il n’y a plus de débat contradictoire. Tout est détourné et amplifié sur la cacophonie des réseaux sociaux. C’est presque déjà la guerre civile (cf Civil War).

Le sheriff à bout de souffle abat son principal opposant, et son fils, en faisant porter le chapeau à Michael qu’il venait pourtant de promouvoir.

La jeunesse prend fait et cause pour des mouvements communautaires dont elle ne fait même pas partie elle-même.

The goal is to be white abolitionists!

What the fuck are you talking about? You’re white!!

Le repli identitaire parait, comme toujours, être une sortie de secours.

Take back our community. Save our soul.

L’edifice était fragile (cf Babel). Il suffisait d’une contagion pour le fracturer au reste. À la fin de l’histoire, c’est Dawn qui récupère la mise. Brian quitte sa communauté pour partir vivre en Floride. Go Gators! Ce qui se passe au Nouveau-Mexique n’est plus son problème.

C’est le grand retour du western pour celles et ceux qui restent. On se barricade (cf Take Shelter) ou l’on ressort carrément les fusils (cf Les nouveaux Sauvages).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

EXPLICATION DE FILM est un blog indépendant de cinéma qui s’intéresse au fond, plutôt qu’à la forme.
découvrez l’interprétation de milliers de films, également classés par LEURS thématiques.

4 commentaires

  • Bonjour ! Merci pour la tentative d’explication car ce film c’est une avalanche de catastrophes, sans queue ni tête avec des proto-trumpistes perdus.
    Petit détail : auriez-vous l’explication du comportement bizarre de la femme du sheriff ? Finalement c’est le père ex-sheriff qui serait un pédophile ? Dommage que le personnage du gourou n’ait pas eu plus d’ampleur.

    • Merci Kiki pour ce commentaire. Effectivement la période de la pandémie a montré que certains n’étaient pas à la hauteur de l’événement. Eddington dresse le portrait d’une Amérique complètement désemparée et dont les bases semblent bien fragiles.

      À l’image du covid, le mystère plane autour de la relation entre la femme du sheriff et la relation qu’elle a entretenue avec le maire. On ne sait pas précisément ce qu’il s’est passé. Louise aurait fréquenté Ted puis avorté. Ted prétend qu’il ne s’est rien passé. Joe fait courir la rumeur que le maire aurait abusé sexuellement de Louise alors qu’elle était encore mineure – ce que Louise qualifiera plus tard de mensonge. Il n’y a pas de preuve. La vérité a disparu d’Eddington. Cette histoire ne fait que renforcer la paranoïa qui règne dans la ville, et plus globalement dans le pays.

      Le personnage de Vernon Jefferson Peak est satellitaire, mais d’une certaine manière il vient s’ajouter à tous ces gourous auxquels il est impossible de faire confiance. Pas un·e protagoniste de cette histoire n’est fiable.

  • Heureusement j’ai vu ce film malgré les critiques de la presse (y a même l’Huma qui a parlé d’un argumentaire contre Tump ?!? : ces gens là, il ne comprennent naturellement rien et suivent les lieux communs de consignes comme des décervelés, y a plus rien à faire, et il sont légion malheureusement, et pas seuls dans les media).
    Bon film que j’ai apprécié, peut être un peu top long ou trop longuement démonstratif des armes de combat en vente libre aux USA, et que son final est déceptif (ceux qui revendiquent le pouvoir en suivant des ideaux se transforment en suppôts oligarchiques voire machiavéléiques) en ayant franchi le Rubicon (càd toutes les lignes rouges édictées pour ffinalement se vautrer dans la tartufferie du contraire). Et puis aussi ce prêcheur militarisé qui fait peur. Bon, il faut une fin avec une demonstration que tout est perverti par n’importe quel pouvoir, dans le sens opposé des mots prononcés (cf Camus).
    Le sheriff était un penseur libre et asthmatique, il est devenu un légume faux possesseur du pouvoir. J’applaudis des deux mains à ce constat de réalisme sociétal, mais alors en riant jaune de ce qui va nous devenir dans peu d’années… L’intérêt général n’est pas une somme d’intérêts particuliers, c’en est dommage pour la simplicité mais complétement faux. L’intérêt général c’est le désinterressement issu d’une culture altruiste. Mais le temps des cathédrales se révèel par nos temps une nostalgie de riche. Je n’ai jamais été aussi pessimiste, vite toucher le fond et rebondir ! Quant au film, merci de cette liberté d’expression qui nous questionne.

    • Merci Polo, Eddington porte un regard très sombre sur la société. On sent que l’on est constamment sur le fil. Dans la plupart des films, on se rassure sur le fait que l’on ne va pas tomber malgré l’incertitude. Tout ira bien.
      Dans Eddington au contraire, on sent vraiment que l’édifice est sur le point de s’écrouler. La pandémie a violemment secoué la société, à différents niveaux, dans des proportions encore insoupçonnées.

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.