LIFE OF PI

LIFE OF PI
Ang Lee, 2012

LE COMMENTAIRE

N’est pas Hemingway ou Florence Arthaud qui veut. Pas facile de dériver et de garder son calme. Surtout quand on est à la fois tenu(e) en respect par un tigre du Bengale et à la merci des requins. C’est un peu comme se retrouver le cul dans l’eau, quelque part entre le marteau et l’enclume. C’est un peu comme choisir entre la peste ou le choléra. Le sabre ou le goupillon? Juppé ou Fillon? L’illusion du choix. L’insignifiance de la couleur de la pilule.

LE PITCH

Le romancier Yann Martel (Rafe Spall) rencontre Pi Patel (Irrfan Khan) qui a apparemment des choses à raconter.

LE RÉSUMÉ

Le jeune Piscine Molitor Patel (Gautam Belur) est la tête de turc de son école parce que ses camarades de classe ont beau être de Pondichéry, ils ignorent visiblement tout du luxe de ce lieu très prisé du 16e arrondissement de Paris. Piscine Molitor décide de prendre le nom de Pi. Comment lui en vouloir?

Élevé dans la tradition hindou et ses cheese nans, Pi découvre le christianisme et l’islam et décide d’embrasser les trois religions à la fois, par dévotion à Dieu.

Il s’intéresse aussi de près à un tigre du zoo de ses parents: Richard Parker. Son père lui rappelle que si ce tigre est peut être sympa il n’en reste pas moins un animal sauvage.

You think tiger is your friend, he is an animal, not a playmate.

Les parents de Pi, désormais adolescent (Suraj Sharma), lui annoncent que la famille doit partir pour le Canada. Un armateur japonais affrète un bateau avec tous les animaux du zoo à son bord. Le bateau coule dans une tempête. Pi se retrouve sur un canot de sauvetage en compagnie d’un zèbre blessé, d’un orang-outang et d’une hyène qui tue les deux autres et menace Pi. C’est alors que Richard Parker surgit de sous la bâche du canot de sauvetage pour dévorer la hyène et essayer de tuer Pi lui-aussi avant de s’en retourner à l’arrière du canot.

Pi fabrique une embarcation de fortune pour flotter en retrait du canot de sauvetage et se protéger des griffes de Richard Parker. Les deux rescapés sont affamés. Pi pêche quelques poissons et Richard Parker se jete à l’eau également, mais manque de se noyer. Pi lui sauve la vie et lui permet de remonter à bord du canot.

Après qu’une baleine ne détruise le radeau de Pi, ce dernier réussit à dompter Richard Parker de manière à ce que les deux finissent par cohabiter sur le canot.

Après avoir repris quelques forces, les deux aventuriers échouent sur les côtes mexicaines. Richard Parker s’enfuit dans la jungle, sans dire au revoir.

I suppose in the end, the whole of life becomes an act of letting go, but what always hurts the most is not taking a moment to say goodbye.

Pi est transporté à l’hôpital où il se fait interroger par des agents d’assurance qui veulent en savoir plus sur le naufrage du bateau. Ils ne croient pas son histoire tordue de tigre sur un canot de sauvetage. Pi propose alors une nouvelle version de son histoire, dans laquelle les animaux sont remplacés par des humains et où il a recourt au cannibalisme pour survivre.

Yann Martel avoue préférer la première histoire, tout comme les assureurs japonais. Et Pi Patel de conclure:

And so it goes with God.

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L’EXPLICATION

L’Odyssée de Pi c’est Bali et Balo sur un bateau.

Bali c’est le scientifique et Balo c’est le religieux. Tous les deux n’arrivent pas à cohabiter. Le père Patel est un rationnel. Il prend soin de mettre ses fils en garde contre les diseuses de bon évangile.

Don’t let the stories and pretty lights fool you, boys. Religion is darkness.

Sauf qu’il y a des moments exceptionnels dans la vie.

Hunger can change everything you thought you knew about yourself.

Dans ces moments là, on se retrouve seul sur un canot de sauvetage au milieu de l’océan. On perd les pédales. Il faut garder la tête froide. Le cerveau peut nous rappeler parfois que boire de l’eau de mer déshydrate. Il faut aussi garder espoir. Et cette fois c’est le cœur qui nous permet de continuer à regarder vers l’horizon plutôt que vers les abysses.

Science is very good at teaching us what is out there… But not what is in here.

Ce n’est donc pas l’un ou l’autre. C’est plutôt l’un et l’autre. Si notre foi n’était pas remise en question, elle ne serait pas aussi forte.

Doubt is useful, it keeps faith a living thing. After all, you cannot know the strength of your faith until it is tested.

Le religieux et le scientifique sont donc comme deux ennemis qui ont mutuellement besoin l’un de l’autre comme Pi et le tigre sur ce canot.

Le doute c’est aussi ce qui nous fait nous demander si l’histoire est vraie ou pas. Est-ce bien là le plus important?

Why should it have to mean anything?

Parce qu’à la fin peu importe. Pi finit donc par trancher dans le vif et recentre les débats. Il s’agit d’une question de foi, qui n’a pas forcément besoin d’être religieuse. Ce qui compte le plus c’est pas tant de savoir si Dieu existe, s’il est blanc ou noir, s’il est une femme ou un homme, s’il préfère le football au rugby. Ce qui compte c’est de croire à de belles histoires parce que le réel est trop indigeste. D’ailleurs personne n’a envie d’écouter la vraie histoire de Pi. Tout le monde se fout de la vérité. Si ça n’était pas le cas, Trump n’aurait même pas pu se présenter aux élections.

Tout n’a pas besoin d’avoir un sens, du moment que ça nous permet d’encaisser la vie. L’Odyssée de Pi traite donc du besoin de romance. C’est pour ça que Richard Parker est bien plus qu’un fauve (ou qu’un ballon de volley), il devient un alter ego. Il est personnifié.

Richard Parker never saw me as his friend. After all we had been through, he didn’t even look back. But I have to believe there was more in his eyes than my own reflection staring back at me.

Le tigre est devenu l’instinct de survie de Pi. Cette romance se transmet et se poursuit, pour devenir mythologie.

So your story does have a happy ending.

Well, that’s up to you. The story’s yours now.

Qu’est ce que retient l’histoire sinon le mythe? Qu’est ce qu’on s’en fout de savoir si Jésus a changé l’eau en Perrier? Chacun voit ce qu’il veut dans le Livre. Certains voient le tigre comme un animal, d’autres voient le tigre comme un baume. Certains croient qu’il y avait un tigre sur ce canot de sauvetage. Ça les regarde. Du moment que ça les aide à continuer à courir. Certains voulaient voir Vesoul et ils ont vu Vesoul. Les Patel voulaient le voir le Canada et ils ont fini au fond de l’eau tandis que leur fils a fini au Mexique.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

9 commentaires

  • Salut,
    Ton explication est pas mal mais étant un de mes films préférés j’ai eu le temps de me faire ma propre opinion et avis sur le sujet mais en le revoyant j’ai voulu lire les théories proposé sur le net. Par conséquent en temps normal je n’aurai pas laissé de commentaire ne voulant que connaitre l’avis d’autre personne mais je voulais faire une « remarque » non pas sur ta théorie ou sur le film mais sur ta manie de vouloir mettre tes opinions politique dedans. Ce n’est pas mal en soit mais qu’est ce qu’on s’en fout ? Quand je lis une théorie sur un film ou un livre je m’en moque pas mal des états d’ame politique de l’auteur. Après bien entendu tu fais bien ce que tu veux simplement je pense que c’est peut etre pas si mal de le dire car si je l’ai pensé je ne suis certainement pas la seule.
    Bonne continuation !

    • Merci pour ton commentaire Marie. Concernant ta remarque: il ne s’agit pas d’une manie de mettre des opinions politiques dans mes explications mais plutôt d’un souci de faire des rapprochements entre la narration et des événements passés ou présents. Tu n’auras pas raté mes nombreux « états d’âme » sportif j’en suis sûr.
      En l’occurrence, la référence à Juppé ou Fillon est surtout un clin d’oeil à un sketch de Pierre Desproges.
      Je serais curieux de connaître ta lecture de Life of Pi qui semble être l’un de tes films préférés. Je t’invite à la partager et en faire profiter les lecteurs.

  • Bonjour ; d’après-moi, les deux histoires sont complémentaires. Une est inavouable ; l’autre relève d’une narration onirique. Vu que le terme a été employé, je pense que la vision onirique du vécu de ce miraculé sur le bateau est un « baume » qui lui permet de vivre après son sauvetage sur les côtés mexicaines. Il a dû se battre pour survivre ; l’allusion à l’île cannibale est peut-être simplement un acte inavouable que son esprit a dû affronter pour survivre. Le fait de parler d’une île c’est justement parce qu’il peut la quitter. D’ailleurs, son instinct de survie retombe lorsqu’il est sauvé par les mexicains ; il peut enfin se laisser aller et pleurer. Le tigre en lui est parti.

    • Merci Sébastien. Ces deux histoires sont effectivement complémentaires et la raison pour laquelle il préfère révéler la version onirique vient probablement du fait que nous ne sommes pas capable de « processer » la réalité. Je vous renvoie également à « Treasures from the wreck of the unbelievable. »

  • Merci Basile. De plus, la version onirique le sauve peut-être de la prison . . .

    • Merci Sébastien. Il s’agirait donc d’une fable onirique et pragmatique finalement. Comme si se raconter des histoires étaient finalement la meilleure manière de survivre mais aussi d’échapper à ce qui nous entoure. On trouve une thématique similaire dans « Le Prestige ».

  • En effet Basile, « Le Prestige » est un excellent film. Outre le fait que l’on y trouve un David Bowie jouant à merveille le rôle de Tesla (le vrai inventeur du courant alternatif persécuté par Edison qui veut lui « voler » la découverte), ce film dégage une énergie de vivre même si la survie doit se faire par le biais d’un frère jumeau afin de préserver l’illusion après l’échafaud et dans les yeux d’une enfant.

    • Et pensons au moment où Borden et Angier vont voir cet illusioniste sur le conseil de Cutter. L’illusion n’est pas sur scène, elle est au quotidien. La seule manière de se défaire de ces murs.

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