THE FALL

THE FALL

Tarsem Singh, 2006

LE COMMENTAIRE

Les enfants font régulièrement ce que les adultes ont appris à oublier avec le temps: ils s’amusent. Ils aiment raconter n’importe quoi ou regarder le monde sous un autre angle, sans qu’un professeur de littérature n’ait à leur enseigner (cf Le Cercle des Poètes Disparus). Les enfants savent trop bien ce que les adultes ont décidé d’ignorer. À savoir qu’on ne voit pas la vie de la même manière de l’oeil droit que de l’oeil gauche.

LE PITCH

Une petite fille vient en aide à un homme au corps brisé.

LE RÉSUMÉ

À la suite d’une cascade ratée, Roy Walker (Lee Pace) prend son mal en patience sur son lit d’hôpital de Los Angeles, craignant peut-être de finir paralysé. Il sympathise avec Alexandria (Catinca Untaru), une jeune Roumaine au bras dans le plâtre.

Pour captiver l’attention de la jeune fille, Roy lui raconte une fable (cf L’odyssée de Pi). Six hommes cherchant à se venger du vilain Gouverneur Odious (Daniel Caltagirone). En vérité, Roy cherche simplement à ce qu’Alexandria lui fournisse suffisamment de morphine de façon à pouvoir mettre fin à ses jours. En effet, Roy souffre que la femme de sa vie l’ait quitté pour l’acteur dont il était la doublure.

Alexandria se mêle à la fable, devenant la fille de l’un des six personnages : le bandit masqué – qui se trouve être Roy. Tout va mal. Les personnages meurent un à un…

Why are you making everybody die??

En cherchant à dérober des cachets de morphine, Alexandria tombe à la renverse, se blessant grièvement à la tête. Roy se porte à son chevet. La petite fille insiste alors pour connaître la fin de l’histoire, si possible une fin heureuse.

Let him live. Don’t kill him!

Insatisfaite par la conclusion (cf Misery), elle pousse Roy à reprendre du poil de la bête et faire en sorte que son personnage triomphe du Gouverneur, puis rejette définitivement son ex-compagne (Justine Waddell).

Tous les patients de l’hôpital se retrouvent pour assister à la projection du fameux film dans lequel figurait Roy, qui s’aperçoit que sa cascade a été coupée au montage. Tout ça pour ça!

Alexandria quitte l’hôpital pour retrouver sa famille. Elle pense régulièrement à son ami qui a retrouvé l’usage de ses jambes et s’est remis au travail. Chaque film d’action donne l’impression à la petite fille de retrouver Roy.

L’EXPLICATION

The Fall, c’est l’importance de remonter en selle.

Roy et Alexandria ne se rencontrent pas tout à fait par hasard dans cet hôpital. Ils se trouvent. Tous les deux ne font peut-être qu’un.

We’re a strange pair, aren’t we?

Il se trouve que Roy est tombé de cheval. Son coeur est en miettes à cause d’une femme. Coincé sur son lit, paralysé par sa situation, incapable de bouger (cf Eternal Sunshine of the Spotless Mind). Il n’a plus l’envie si chère à Johnny Hallyday. Quel dommage!

Heureusement, son âme d’enfant va venir à son secours, masquée comme Zorro.

Are you trying to save my soul?

Alexandria fait irruption dans la vie de Roy comme une infirmière. Elle s’adresse à ce blessé que la vie n’a pas encore complètement abîmé. L’innocence de la petite va aider le souffrant à remonter la pente. Fini le bureau des plaintes. Elle l’invite à lui raconter… une histoire. Se raconter une histoire à nouveau.

Évidemment, vu l’état dans lequel se trouve Roy, l’histoire ne risque pas d’être drôle. Roy est d’humeur plutôt maussade. Il mange du Thanatos au petit déjeuner. Sa vision est très sombre. Chacun des personnages qui représentent une facette de sa personnalité finit par mourir.

It was the natural order of things… all things must die. (…) There’s no happy ending with me.

L’ambiance n’est pas vraiment à la fête (cf Le sens de la fête). Au point que Roy songe sérieusement à en finir lui-même, incapable de surmonter sa douleur et ce malgré les efforts répétés du médecin pour l’en dissuader.

Suicide is not the answer.

Rien n’y fait.

Roy a besoin de quelqu’un qui est tout le contraire de lui. Une bulle de savon. Quelqu’un qui ne se laisse pas abattre facilement comme Alexandria, qui se parfume à l’Eros, tombe sur la tête sans jamais perdre le moral. Un réveil (cf Donnie Darko).

It’s not a time to sleep. Wake up!

Son brin de folie ravive les braises de Roy.

Le dormeur doit se réveiller! Tout n’est pas fini, bien au contraire. Plus que de redonner le sourire au cascadeur, Alexandria lui propose une perspective nouvelle. Roy s’est transformé en adulte tout sérieux qui ne raconte des histoires tristes que pour exploiter les autres.

That story was just a trick to get you to do something for me.

Cet égoïste, trop obsédé par sa douleur du moment, a fini par perdre le fil de son histoire. Il nie la possibilité d’un monde un peu plus léger dans lequel les événements pourraient prendre une autre tournure pour peu qu’il le veuille. Plutôt que de vouloir en finir, Roy se prend désormais au jeu. Il se surprend.

What a mystery this world!

Grâce à Alexandria, il se rappelle que tout n’est que fantaisie. On n’écrit rien d’autre que l’histoire que l’on souhaite pour soi. En l’occurrence, rien ne force Roy à raconter une histoire macabre. Il peut se laisser mourir noyé par le Gouverneur Odious ou au contraire, se relever pour lui mettre un bon direct dans la figure (cf Retour vers le Futur). C’est à lui de voir : S’apitoyer sur son sort indéfiniment ou se reprendre en main.

Marqué par l’accident dont Alexandria est victime et revigoré par les encouragements répétés de la fillette, Roy réussit à relèver la tête (cf La légende de Bagger Vance). Il ne se laisse plus faire par personne. Lorsque son ex revient à la charge, il décline poliment l’invitation car il ne fera pas deux fois la même erreur. On ne l’y reprendra plus.

Quelle bonne idée puisque Roy réalisera plus tard devant son film que sa cascade ratée a été effacé. Tout cela n’a même pas existé. Plus aucune trace de son drame. Il a failli se tuer pour rien.

Roy reprend du service, à l’image de tous les cascadeurs que nous sommes. Frôlant la mort chaque jour mais retombant immanquablement sur nos pieds.

Ne trahissons jamais la petite voix qui est en nous (cf Rocky). Inspirons nous de cet enfant qui tombe, qui se relève et qui rigole. Voyons la vie comme un film d’action rempli de galipettes plutôt qu’un film d’auteur rempli de prises de tête. Ce n’est pas si compliqué.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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