LES PARAPLUIES DE CHERBOURG

LES PARAPLUIES DE CHERBOURG

Jacques Demy, 1964

LE COMMENTAIRE

Depuis leur plus jeune âge, les filles sont habituées à se faire dorloter comme des princesses. Elles ont droit à tous les égards. Partout on leur déroule le tapis rouge. Les marques de beauté les mettent sur un piédestal. Quand le bateau coule, ce sont elles qu’on cherche à sauver en priorité (cf Titanic). Fortes de ce statut, elles se croient permises d’être insupportables, faisant tourner les garçons en bourriques (cf Le Chateau de ma Mère). Jusqu’au jour où, la couronne sur la tête, celles qui sont devenues des femmes se rendent compte qu’elles ont passé le plus clair de leur vie à se comporter comme les reines des imbéciles.

LE PITCH

Un couple de Bretons est éloigné par la guerre d’Algérie.

LE RÉSUMÉ

Novembre 1957. Geneviève (Catherine Deneuve) file le grand amour avec Guy (Nino Castelnuovo). Malgré ses dix sept ans, elle se verrait bien mener la vie de rêve avec ce jeune mécano.

Nous aurons des enfants. (…) Nous vendrons des parapluies. (…) Nous serons très heureux et resterons amoureux.

Madame Emery (Anne Vernon), la mère de Geneviève, est veuve et endettée jusqu’au cou. Autant dire qu’elle ne voit pas cette relation d’un bon oeil. Nul doute qu’elle préférerait que sa fille se marie à un riche héritier. Elle ne ménage pas ses efforts pour dissuader sa fille.

Ma petite fille tu es folle, est-ce qu’on pense au mariage à ton âge? (…) Tu as le temps. (…) Tu crois aimer, mais l’amour c’est autre chose. (…) On ne tombe pas amoureux d’un visage qu’on a croisé dans la rue. (…) Il n’a pas fait son régiment.

Rien n’y fait. Les deux amoureux semblent inséparables.

Les événements se précipitent. Guy est appelé pour faire son service militaire (cf Une vie cachée). Deux ans. Adieu veaux, vaches et pieds de cochon.

Alors le mariage, on en reparlera plus tard avec ce qui se passe en Algérie pour le moment.

Geneviève est pourtant bien enceinte jusqu’aux dents. Impossible de s’imaginer sans son Guy.

Jamais je ne l’oublierai…

De son côté, Madame Emery entreprend un travail de sape.

Il faut te calmer et ne plus penser à cette histoire. (…) Il ne pense plus à toi ou bien il t’écrirait.

Le diamantaire Roland Cassard (Marc Michel) s’éprend de la jeune fille et accepte de reconnaître l’enfant qui va naître comme le sien. L’aubaine est trop belle. Persuadée que Guy ne reviendra pas, Geneviève accepte.

Je n’ai pas le choix. Vous êtes mon roi.

Le couple quitte Cherbourg pour Paris.

Quand Guy revient en mars 1959, blessé de guerre (cf Au revoir là-haut), le monde a bien changé.

Depuis que je suis revenu je ne comprends plus ce qui se passe.

Guy se marie avec Madeleine (Ellen Farner). Tous les deux ont un petit garçon. Grâce à l’argent de l’héritage de sa tante, Guy rachète une station service.

En 1963, il y croise Geneviève de passage à Cherbourg, avec son gros manteau de fourrure. Tous les deux échangent quelques mots, sans émotion ni rancoeur (cf La La Land). Guy refuse de voir sa fille. Alors Geneviève remonte aussi sec dans son véhicule.

Définitivement libéré de Madeleine, Guy peut préparer Noël sereinement.

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L’EXPLICATION

Les Parapluies de Cherbourg, c’est chacun sa route.

Quand on est jeune, on est naïf. Geneviève et Guy pense que l’amour, c’est pour toujours. Une autoroute vers le bonheur, sans péage, sur laquelle ils roulent tous les deux cheveux au vent. Par delà le temps, par delà les frontières. Se moquant des conventions et autres systèmes de castes sociales. Cherbourg est loin de la Capitale. Tout y est possible. Tous les deux s’aiment et c’est bien là le plus important. Rien ne peut les séparer. Ils feront la route ensemble.

Ils n’ont clairement pas l’âge de s’intéresser à la géopolitique. C’est dommage car la géopolitique va les rattraper. Ils ne sont que deux pions sur l’échiquier international. Le conflit entre la France et l’Algérie s’impose à leur amour. Tragique. Les routes se séparent.

Ils ne paient pas non plus les factures à la fin du mois contrairement à Madame Emery, que la vie s’est bien chargée de ramener à la réalité. Cette femme a le sens pratique par la force des choses. Quand la fille papillonne avec un futur garagiste, la mère fait son devoir de maman en rappelant le sens des priorités.

80,000 francs à payer avant le 15 tu trouves ça drôle?? (…) Ce n’est pas lui qui paiera mes impôts.

Les routes s’inversent soudainement.

Madame Emery sait trop bien ce que Geneviève refuse d’admettre.

Nous ne pouvons rien.

À sa décharge, Geneviève n’a jamais menti à Guy. Elle a clairement montré des signes de faiblesses avant même le départ de son soldat.

Je ne pourrai jamais vivre sans toi. (…) Deux ans non je ne pourrai pas.

Sa mère n’aura pas à insister beaucoup pour convaincre sa fille.

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Quelques punchlines…

On ne meurt d’amour qu’au cinéma.

Quelques réflexions socratiques pour secouer les certitudes de la jeunesse.

Tu parles de l’amour mais que sais tu de l’amour?

Ponctués par quelques mots rassurants.

Le temps arrangent bien les choses…

Roland Cassar et ses diamants n’a plus qu’à finir le travail. Le porc est dans la porcherie. Geneviève a bien vite oublié son Guy et ses belles promesses.

Maintenant je ris parce que je me rends compte combien je suis bête quand je suis toute seule.

Dans les années 50, on ne savait déjà plus attendre (cf Newness). C’était le début de la fin. Chacun va tracer sa route de son côté. Geneviève l’a choisi. Persuadée que son Ulysse ne rentrerait jamais, elle a préféré prendre le TGV pour Paris quand celui-ci s’est arrêté en gare. Pas de temps à perdre. Malgré ses larmes, elle n’aura pas été très patiente.

C’est drôle l’absence.

Hilarant en effet.

Guy de son côté est le dindon de la farce. Pendant que Geneviève s’ennuyait ferme du coté de Cherbourg, Guy risquait sa vie (cf Armadillo). Il a du servir sa patrie dignement, subir l’éloignement, plonger dans l’anonymat, souffrir des errances de la Poste (cf Manon des Sources) pour finalement rentrer au port, torpillé (cf Das Boot).

Guy a été contraint par Geneviève de devoir choisir sa propre route, avec Madeleine qui va tout de même lui donner un joli petit garçon. Tous les deux vont pouvoir vivre dans des odeurs d’éthanol (cf Tchao Pantin). Modestement, mais heureux.

Geneviève roule peut être sur l’or mais elle ne parviendra jamais à toucher le bonheur du bout de ses faux ongles.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Basile St Verraut

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