UNE VIE CACHÉE

UNE VIE CACHÉE

Terrence Malick, 2019

LE COMMENTAIRE

Quand on se bande les yeux, on cache délibérément la vie autour de nous. Que rate-t-on? Les magnifiques paysages pré-alpins. Qu’y gagne-t-on? Être davantage en contact avec soi et donc avec son environnement. En respirant l’odeur de l’herbe ou en étant plus à l’écoute du rire des enfants. Mieux se situer dans le monde. Paradoxalement, peut-être se sentir plus en vie.

LE PITCH

Un fermier Autrichien de Sankt Radegund refuse de prêter serment pour le Führer.

LE RÉSUMÉ

Franz Jägerstätter (August Diehl) et sa femme Franziska (Valerie Pachner) coulent des jours heureux dans les collines autrichiennes, à cultiver la terre en compagnie de leurs trois filles – sous la protection de Dieu. Car Franz et Franziska sont de fervents croyants.

Cette Autriche là est tellement paisible qu’on dirait presque la Suisse.

La paix va être brisée par le début de la Seconde Guerre Mondiale. Franz est appelé quelques mois pour y recevoir sa formation (cf Full Metal Jacket) puis il rentre auprès des siens. Fondamentalement, il n’est pas très à l’aise avec Hitler et son timbre de voix. Tant et si bien qu’il refuse les allocations familiales distribuées généreusement par le parti et qu’il refuse également de contribuer à l’effort de guerre. Tout cela n’est pas très bien vu par le maire. Dans l’hypothèse où Franz serait rappelé, il songe même à déserter. Les conséquences seraient terribles.

Elles le sont déjà en vérité. Dans son petit village déjà soucieux des problématiques d’immigration, les nouvelles vont vite. Franz est rapidement considéré comme un traître. Sa femme et ses filles deviennent des parias.

Comme il le redoutait, Franz est appelé à nouveau en 1943. Il part et refuse de se soumettre. Allez directement en prison. Direction Berlin où il est régulièrement passé à tabac. Sa femme subit quasiment le même traitement à Radegund.

Son avocat lui suggère un compromis. Franz pourrait travailler dans un hôpital, pas au front. Pour cela, il lui faut juste une signature et prêter serment.

Vous partirez de cette cellule libre.

Je suis libre.

Il refuse. Son avocat est médusé.

Condamné à mort par le juge Lueben (Bruno Ganz), sa femme lui rend une dernière visite. Son mari aura garde sa dignité jusqu’au bout bien que pas assez longtemps, dans un monde apparemment abandonné de Dieu. Il espère néanmoins retrouver ceux qu’il aime dans l’au-delà. Après tout, c’est pas parce que Dieu a disparu qu’il faut jeter le Paradis à la poubelle.

Sur le chemin qui l’a conduit à la guillotine, Franz a croisé tant d’hommes, parmi lesquels le Capitaine Herder (Matthias Schoenaerts), qui lui ont dit que son combat ne servait à rien. Qu’il tomberait dans l’oubli. Ils avaient tort.

The growing good of the world is partly dependent on unhistoric acts; and that things are not so ill with you and me as they might have been, is half owing to the number who lived faithfully a hidden life, and rest in unvisited tombs.

a_hidden_life_interview

L’EXPLICATION

Une vie cachée, ce n’est pas une vie.

Selon le proverbe de Florian, il faudrait vivre caché pour vivre heureux : Celles et ceux qui n’éprouvent pas le besoin d’être sur le devant de la scène ne connaissent peut-être pas le prestige mais s’épargnent également bien des déboires. Le bonheur se vit loin de l’agitation des villes, de la popularité et des sollicitations. Quelque part dans les montagnes autrichiennes, là où l’intimité de chacun serait encore préservée. L’ego y a encore une taille raisonnable. En résumé, une vie simple perdue au milieu des champs, avec les vaches et les poules. C’était vrai à l’époque et ça le semble encore plus aujourd’hui. Pas de wifi ni de réseaux sociaux. Le paradis.

Se cacher peut aussi s’entendre au sens de se planquer. Ne pas se montrer. Passer entre les gouttes, avec un peu de chance personne ne nous verra. Et on sera tranquille. On pourra se soustraire de ses obligations. Les enfants jouent à cache-cache. Les adultes au contraire doivent prendre leurs responsabilités. Peut-on être heureux caché?

Franz aimerait le croire mais en son for intérieur, il est convaincu du contraire. Pourtant il rêve que personne ne va venir le chercher dans sa montagne. Si seulement Franziska pouvait avoir raison quand elle lui dit que l’armée ne va pas l’appeler car elle a besoin de fermier… Le cauchemar de Franz devient réalité lorsque le facteur lui dépose finalement sa convocation. Pendant quelques minutes, Franz songe à fuir (cf Le Pianiste). Il aimerait que son père le conduise vers l’Ouest (cf La 25e heure). Quelques minutes seulement car après il reprend ses esprits. Il ne peut pas servir l’armée nazie. Malgré tout, il ne peut pas ne pas répondre à l’appel. Car il est un homme de foi, droit dans ses sabots (cf Des hommes d’honneur), pas dans ses bottes.

Se cacher serait opter pour la facilité. C’est d’ailleurs le choix qu’on fait beaucoup de ses compatriotes dans le village. Arrêter de réfléchir pour se ranger derrière le Führer, le bras levé. Ou ne pas broncher comme les responsables du clergé, terrifiés par la menace des représailles Nazies. Quand les chiens sont lâchés, plus personne ne bouge.

Sauf Franz pour lequel se cacher n’a rien de facile. Il n’imagine pas vivre en désaccord avec lui-même, pas pour jouer les héros ou pour impressionner ses filles. Simplement pour être en règle – avec Dieu. Alors il va au devant de son destin, fidèle à ses convictions. Refuse de faire allégeance. Regarde ses geôliers droit dans les yeux (cf Spartacus). Confiant dans le fait qu’il sera sauvé, un jour. Peut-être pas sur cette terre.

Cette décision lui permet de ne pas avoir peur de ce qui va suivre. Comme il l’écrit à sa femme depuis sa cellule, il a désormais tout le temps. Mieux conscient de ses propres faiblesses, son pouvoir de pardonner est plus fort. Personne ne peut le corrompre et pour cette raison il est libre dans sa tête, tel Diego. Comme Mandela, aucune autorité ne peut l’enfermer (cf Invictus). Et personne ne peut comprendre son attitude, en dehors de sa femme.

hiddenlif

Il n’est pas un exemple puisque tout le monde se moque de sa disparition. Au moins, sa mémoire est honorée désormais.

Franz est immortalisé comme le mouton qu’on abat car il a décidé de ne pas suivre les autres vers le ravin. Tant pis. Il s’avance vers la guillotine sans trembler. Son esprit voyage ailleurs, sur cette moto que Franziska avait remarquée lors de leur première rencontre, sur ces collines magnifiques. Il part sereinement vers un endroit où il attendra patiemment que sa famille le rejoigne. Conformément à la volonté du Seigneur.

Reste à espérer pour Franz que Dieu existe (cf Amen).

Sinon ce serait une vie un peu gâchée quand même.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Un commentaire

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.