NIKITA

 NIKITA

Luc Besson, 1990

LE COMMENTAIRE

En plus de devoir se battre pour ses droits, la femme est encore obligée en 2019 de crier pour que l’homme arrête de la tuer en toute impunité. C’est une bataille de chaque instant. Bien que cette lutte soit devenue médiatique, elles sont encore trop nombreuses à ne pas être entendues, de l’autre côté du miroir.

LE PITCH

Une paumée repêchée par l’État va se muer en arme de guerre.

LE RÉSUMÉ

Après un braquage de pharmacie qui vire au carnage, Nikita (Anne Parillaud) se retrouve devant les juges qui lui collent perpette. Bob travaille pour les services secrets français. Il voit en Nikita un futur élément. Elle croit se réveiller au Paradis alors qu’elle ne  pas encore qu’elle se trouve en enfer. Bob (Tchéky Karyo) lui donne une seconde chance empoisonnée. C’est ça ou rien d’autre. Elle va devoir apprendre.

À lire, à parler, à sourire à se battre même.

À se battre surtout, pour servir l’État. Nikita ne va pas devenir une fonctionnaire de plus. Après un baptême du feu réussi, l’agent va devenir ce qu’on appelle un presse-bouton.

À sa sortie du centre, Nikita prend le nom de Marie, une infirmière, ainsi que Joséphine, son nom de code pour les missions. Marie fait la rencontre de Marco (Jean-Hugues Anglade), caissier dans un supermarché et tente de mener une vie aussi normale que possible. Ce qui est rendu difficile par Bob qui envoie Joséphine à droite à gauche faire le sale boulot. Elle essaie de joindre l’utile à l’agréable mais il reste malgré tout compliqué de tuer quelqu’un en plein voyage de noces à Venise.

Élément efficace, Nikita va se voir confier une mission d’envergure qu’elle va malheureusement rater et que même Victor (Jean Reno) n’arrivera pas à complètement nettoyer.

Nikita disparaît en laissant des informations confidentielles à Marco qui a découvert la véritable identité de sa femme. Il tente de la couvrir en négociant des documents confidentiels avec Bob qui ne lui courra pas après (cf Welcome).

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L’EXPLICATION

Nikita, c’est la naissance d’une femme nouvelle.

On vit dans une société patriarcale marquée par la toute puissance d’un État finalement assez sélectif dans sa rancune, sans scrupule, qui donne des secondes chances bancales et qui ne compte que quand ça l’arrange. L’État ne fait pas de cadeau, surtout aux anonymes. Un peu comme quand le fisc ferme les yeux sur certains pour mieux mettre le grappin sur d’autres et ne pas les lâcher, quand on fait une erreur avec l’État, on le paie toute sa vie. L’État applique la loi du talion à la tête du client. Si Nikita échappe de peu à la prison, elle n’aura jamais l’impression d’être libre – à aucun moment. La seule chose qu’elle décide vraiment est sa relation avec Marco que Bob, le jaloux, se fera un malin plaisir de parasiter.

La femme n’est d’abord rien. Nikita ne ressemble pas à grand chose lorsque Bob la récupère. Elle mord, hurle, donne des coups aux instructeurs… elle est quasiment sauvage. Amande (Jeanne Moreau) va lui enseigner les règles de bienséance et l’aider à reprendre forme humaine.

Étape intermédiaire et néanmoins nécessaire avant de devenir l’essentiel de l’homme, une femme.

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Elle va lui apprendre à sourire et l’accompagner dans son émancipation. À force d’efforts, Nikita va apprendre à assumer sa féminité et exploiter les moyens infinis d’en abuser. Elle va faire de cette féminité une arme (cf Les Liaisons Dangereuses). Devenir l’essentiel de l’homme: Si Marco est évidemment accroc à Marie, Bob est aussi follement éperdu de Nikita.

Amande lui apprend à être une femme, qu’elle définit comme être l’essentiel de l’homme. Donc Nikita est toujours coincée, sous la coupe du mâle dominant et pas très épanouie en couple avec le mâle dominé.

Une nouvelle femme va devoir éclore (cf Under the skin). Pour cela, Nikita doit se plonger dans le monde des hommes où le choix n’existe pas. Aux soldats on donne deux semaines pour faire quelques progrès sous peine d’être mis dehors. Aux hommes, on offre des pistolets depuis qu’ils sont tout petits, alors qu’ils préféreraient peut-être un ballon de foot ou des crayons de couleurs. Les hommes se retrouve piégés face à des fenêtres murées, après quoi ils doivent se débrouiller pour rentrer à la caserne sous la pluie. Parfois sans Uber et en talons aiguille.

Elle était murée la fenêtre Bob! Elle était murée!!

… Bien sûr elle était murée. 

Une vie d’homme, c’est une vie de chiens (cf Dogman). Sans vouloir faire passer les chiens pour des victimes bien entendu. Ils reçoivent des appels en pleine nuit pour pointer à une réception d’hôtel le lendemain, sans un bonjour ou un merci. On les envoie en vacances à Venise sans vraiment pouvoir complètement décrocher parce que le boulot les suit tout le temps. Le boulot les force à mentir en permanence à leurs épouses pour mieux les protéger. Et puis si la mission dévie, on arrête les frais immédiatement et ça se finit à l’acide dans une baignoire. Pauvres diables!

Nikita bascule dans ce monde de tristesse et de frustration, où l’on souffre en serrant les dents. Ce qui est très dur pour Nikita c’est aussi de vivre la vie d’un homme avec tout ce que ça comporte comme contraintes et obligations, sans pouvoir profiter des avantages comme par exemple se gratter les testicules ou faire pipi debout par exemple.

Sur ce sol aride, les marguerites ne poussent pas. Nikita ne peut pas s’y épanouir. On lui colle des étiquettes qui ne lui correspondent pas. À peine a-t-elle le temps de savourer le succès de sa première mission qu’on l’envoie faire un autre sale boulot. Avec la sensation d’être un fusible qui ne la quitte pas. Constamment sur la sellette. Ce n’est pas une vie. Alors Nikita finit par prendre la tangente pour trouver sa liberté (cf Les évadés), loin de cette société qui ne la mérite pas. La femme nouvelle n’a pas de place dans cette galère. Elle préfère laisser aux hommes ce monde à la discipline militaire, où l’on se fait aboyer des ordres et dans lequel l’individu n’est pas reconnu à sa juste valeur.

Que les hommes apprennent à composer avec ce monde de suspicion qu’ils se sont construits. Marco, le compagnon mou, n’a pas été assez fort pour retenir Marie. Bob, l’amant macho, ne s’abaissera pas à courir après Joséphine.

Une chose est certaine : ils vont bien la regretter.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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