LE TRIPORTEUR
Jacques Pinoteau, 1957
LE COMMENTAIRE
Aujourd’hui, on se fait opérer au laser pour corriger sa myopie. En été, on préfère la montagne à la plage. On met de la crème solaire pour éviter les effets néfastes des rayons UV et l’on porte des caleçons plutôt que des slips. Fut un temps, c’était tout l’inverse. Et les hommes avaient encore la côte auprès des femmes.
LE PITCH
Un homme fait cap vers Nice.
LE RÉSUMÉ
Antoine Peyralout (Darry Cowl) fait le livreur pour Mouillefarine (Grégoire Aslan), le boulanger local. Il doit porter un gâteau de mariage à une réception grâce à son triporteur.
C’est jour de match. Peyralout n’a pas la tête au travail.
On va se qualifier pour la finale et il faut bouffer des gâteaux. C’est incroyable la conscience des gens.
Grâce à Dabek (Mario David), son remarquable gardien de but, l’équipe de Vauxbrelles décroche son ticket pour la finale de la coupe. C’est la fête au village! Presque personne à la réception ne se rend compte que Peyralout a défoncé le gâteau.
Sur le chemin du retour, il est victime d’un problème de freinage et fait des dégâts considérables dans la boulangerie. Mouillefarine le congédie.
Fous moi le camp! Que je ne te vois plus jamais!
Vous avez tort de le prendre comme ça…
Coqueluche des enfants, il hérite d’une somme d’argent.
Tiens prends ça, nous avons vidé nos tirelires. C’est pas lourd mais ça pourra toujours servir…
Vous êtes très chouettes vous savez!
Non c’est toi qui est chouette!
Désormais au chômage, Peyralout se donne un objectif (cf Monty Python : Sacré Graal!) : faire route pour Nice où il veut soutenir son club de coeur. C’est ce qu’il explique au motard (Pierre Mondy) qui l’arrête en chemin.
Je suis pas nomade, je me présente je m’appelle Antoine Peyralout supporter du football club de Vauxbrelles. L’objectif de mon voyage : ramener la coupe.
Peyralout vient au secours de Popeline (Béatrice Altariba) qu’il croit être en train de se noyer. Le coup de foudre n’est cependant pas réciproque.
Je préfère faire la route à pieds!
Qu’à cela ne tienne, Peyralout l’escorte et l’empêche de monter à bord de la voiture d’inconnus. Il va même faire tout son possible pour empêcher Jean-Claude (Jean-Claude Brialy) de séduire la belle.
Après de multiples péripéties, Peyralout arrive à Nice en compagnie de Popeline qui commence à s’attacher à cet homme un peu maladroit.
Malheureusement pour Vauxbrelles, Dabek vient de se faire planter par sa femme. C’est le drame.
Ai rencontré l’homme de ma vie. Désolée de te faire cocu. Une bonne bise tout de même.
Le gardien n’est pas dans le match. En face, Boulet-de-canon (Bob Ingarao) se fait plaisir. L’équipe de Vauxbrelles prend l’eau. Jusqu’à ce que Peyralout rentre sur le terrain chargé à bloc. Il multiplie les arrêts et galvanise ses coéquipiers qui renversent le cours de la partie.
Les superlatifs me manquent!
Vauxbrelles remporte la coupe. Le héros du jour gagne définitivement les faveurs de Popeline (cf Rocky).

L’EXPLICATION
Le Triporteur, c’est le mythe du benêt.
Après deux Guerres Mondiales meurtrières, la France panse ses plaies et se cherche une identité. Pour écrire le prochain chapitre de son histoire, elle fouille dans ses décombres pour faire le tri entre les personnes qui ont fait partie de la résistance (cf L’Armée des Ombres) et celles qui ont collaboré avec l’ennemi (cf Uranus). Il y a donc des braves d’un côté et des traitres de l’autre.
Quelque part entre les deux, au sud plus précisément, se trouve Antoine Peyralout. Il est ce qu’on pourrait appeler un imbécile heureux (cf Dumb & Dumber).
Je comprends pas…
Dans le paysage hexagonal, Antoine Peyralout fait figure d’OVNI. Sans être un mauvais bougre, il n’est pas non plus ce que l’on pourrait appeler un bourreau de travail. Il fait le job.
J’y vais contraint, mais j’y vais.
Peyralout est un homme qui parcourt les routes du soleil avec son triporteur, en chantant à tue-tête (cf Pee-Wee’s Big Adventure). Poète d’un nouveau genre.
Je suis le plus gentil des triporteurs, je ris… de tout mon coeur! Les gens me sourient quand ils entendent le son de mon petit klaxon.
C’est le début des Trente Glorieuses. Il va falloir profiter de la vie. Plus rien n’est grave. Peyralout fait souffler un petit vent de fraîcheur sur la Côte d’Azur car il prend la vie avec légèreté – sans se prendre au sérieux comme Mouillefarine.
Je vais finir par renoncer à vous faire rire vous! (…) C’est pas un brave homme dans le fond. Il est orgueilleux.
Grâce à son positivisme, il réussit à faire basculer toutes les situations en sa faveur.
J’apporte toute la bonne humeur, la joie avec mon triporteur à moi.
Plutôt que de s’apitoyer sur son licenciement (cf Chute Libre), il se lance dans un nouveau projet : gagner la coupe avec Vauxbrelles.

Peyralout parait ridicule mais se moque du regard des autres. Il ne tombe dans aucun piège : ne tombant pas dans la vulgarité des paysans du coin, et ne perdant pas l’équilibre face à la fourberie de Jean-Claude tout frais sorti de son école de commerce.
Ce genre d’individus est immunisé contre les coups du sort. Il passe entre les balles de la gendarmerie. Avec lui, le hasard fait toujours bien les choses. Bizarrement. Est-ce d’ailleurs vraiment un hasard s’il croise Popeline ?
C’est pas banal comme rencontre!
Peyralout est un benêt qui ne s’ignore pas.
Quitte à vous paraître démodé, sachez que je suis un gentleman.
Il croit simplement en sa bonne étoile.
C’était fatal qu’on se retrouve. On n’échappe pas à son destin.
Lorsqu’il est victime d’un accident, il répare son triporteur pour le faire renaître de ses cendres.
C’est une résurrection, c’est incroyable!
Peyralout ne se laisse jamais abattre, sous aucun prétexte.
Quand Dabek est terrassé par une énergie négative suite au message de sa femme, Peyralout est là pour prendre la relève. Il ne cède pas à la panique.
Le premier qui m’emmerde, je lui fous mon poing sur la gueule.
On n’obtient rien par la violence.
Peyralout a une détermination à toute épreuve.
J’ai fait des kilomètres pour assister à un triomphe et pas à une crise de désespoir. Alors j’ai quand même le droit de savoir ce qui se passe!
C’est la raison pour laquelle il réussit dans son entreprise. Il ne calcule tellement rien qu’il parvient à se transcender lorsqu’il le faut.
On est sublime qu’une fois.
Peyralout a ouvert la voie à un nouveau modèle français qui ne peut définitivement plus être le champion d’autrefois (cf Napoléon, D’Artagnan). Au lieu de jouer les gros bras, il s’affirme comme un anti-héros charmeur (cf Les Sous-Doués, OSS 117). Son triporteur prouve que sur un malentendu, ça peut effectivement marcher (cf Les Bronzés).