PEE-WEE’S BIG ADVENTURE

PEE-WEE’S BIG ADVENTURE
Tim Burton, 1985

LE COMMENTAIRE

En France, on ne rigole pas avec la bicyclette. Si son inventeur est Allemand, c’est bien Pierre Michaux qui reste le papa du vélocipède à pédales. Maurice Goudard ira même plus loin encore en imaginant le (Vélo)SoleX. La bicyclette est ce qui nous fait partir de bon matin, sur les chemins, avec les copains (et la copine). C’est le drame d’Augustin Bouvet à qui Stanislas Lefort emprunte son vélo (cf La Grande Vadrouille). Et puis il y a « le Tour ». C’est sérieux. Les Américains ne l’ont pas compris. Ils ont fait de cette passion française une farce. Harley et Davidson ont transformé la bicyclette en quelque chose qu’elle n’est pas pour mieux plaire aux beaufs. Et Lance Armstrong a écrit ses lettres de noblesse avec des fautes d’orthographe.

LE PITCH

Pee-Wee (Paul Reubens) part à la recherche de son vélo perdu.

L’HISTOIRE

Pee-Wee Herman a suréquipé son vélo, ce qui attise la convoitise de son voisin Francis Buxton (Mark Holton). Tandis qu’il fait ses courses au supermarché, son vélo lui est dérobé. La police a visiblement autre chose à faire. Pee-Wee doit faire cavalier seul. ll refuse fièrement l’aide de Dottie.

I’m a loner, Dottie. A rebel.

Pee-Wee a l’idée de proposer une prime de 10,000$ pour retrouver le voleur.

Pee-wee, how are you ever going to pay a reward like that?

It’s simple. Whoever returns the bike is obviously the person who stole it. So they don’t deserve any reward!

Une extralucide l’envoie jusqu’au Texas. En chemin, il fait la rencontre de Simone (Diane Salinger) une serveuse qui rêve de visiter Paris pour s’éloigner de la jalousie maladive de son mari (Jon Harris). Pee-Wee l’encourage à poursuivre ses rêves.

Lorsqu’il arrive à Alamo, pas de trace du vélo. Pee-Wee, déprimé, croise de nouveau Simone en partance pour Paris. Il retrouve un second souffle. Il rappelle Dottie et accepte son aide.

Après s’être improvisé cow-boy de rodéo puis biker, Pee-Wee finit à l’hôpital où il voit son vélo dans une émission de télévision. Il se rend à la Warner et créée un cirque monumental pour le récupérer, mettant les studios sans dessus-dessous.

Terry Hawthorne (Tony Bill) sera inspiré par cette histoire rocambolesque et décidera d’en faire un film. Pee-Wee est désormais une star, avec Dottie à ses côtés.

L’EXPLICATION

Pee-Wee’s Big Adventure, c’est une leçon d’anormalité.

Tout part d’un constat terrible :

Life can be so unfair.

C’est un fait : tout peut s’arrêter, sans raison. L’objet que l’on chérit le plus au monde peut disparaitre du jour au lendemain. Que faire, à part devenir bouddhiste? D’abord se serrer les coudes en allant aux Restos du Coeur, en chantant pour les Enfoirés ou faisant la grève. On a l’impression de faire partie d’un ensemble et d’être moins vulnérable face à l’injustice. On n’est pas seul. On peut se retourner, voire retourner la situation. Comme le recommandait Quint dans les Dents de la Mer, il faut former des groupes compacts. On gueule, on se débat, des fois ça suffit le requin il fout le camp. Des fois ça marche pas, il reste là…

Alors beaucoup décident de se réfugier dans la marge. Paradoxalement ils essaient de se cacher dans la tendance. Parce que les injustices frappent les faibles et donc le plus souvent les gens dit normaux, c’est bien connu. Les cancers, c’est pour les gens qui fument trop de cigarettes. Les cirrhoses, c’est pour ceux qui abusent du Pastis à l’apéro. Le gros bide, c’est pour les spectateurs de Scènes de Ménage qui aiment un peu trop le houblon. C’est pour cette raison que nous cherchons à fuir la norme ou à sortir du cadre, ce qu’a très bien compris l’industrie marketing qui nous y encourage sans cesse. Il ne faut pas être comme tout le monde, sinon on subit la vie de plein fouet. Il faut manger des graines et boire de l’eau volcanique. Pourtant les pseudo-hipsters sont tout autant exposés. Ils sont terriblement normaux sous leur casquette ou dans leur Stan Smith.

Ne pas être dans la norme pour se protéger de la contingence nécessite d’être véritablement marginal, comme Pee-Wee. Quelqu’un qui ne s’habille pas comme les autres. Quelqu’un qui rigole sans raison. Quelqu’un qu’on ne comprend pas.

There’s a lotta things about me you don’t know anything about, Dottie. Things you wouldn’t understand. Things you couldn’t understand. Things you shouldn’t understand.

I don’t understand.

Il est différent. On le classe parmi les barjos.

The mind plays tricks on you. You play tricks back! It’s like you’re unraveling a big cable-knit sweater that someone keeps knitting and knitting and knitting and knitting and knitting and knitting and knitting…

Alors qu’il a tout compris. Pee-Wee n’est pas quelqu’un qui essaie d’être à la pointe en suivant une poignée d’influenceurs. Il aime le vélo pas à cause de Strava ou Rapha. Son secret est double. Il a une passion sincère, ce qui fait de lui quelqu’un d’authentique. Et ensuite… il se moque tout simplement du monde. Il fait ce qui lui plait sans se soucier du reste. Tout ce qui compte c’est son vélo. Pee-Wee entretient effectivement une relation extrême avec son deux-roues.

I wouldn’t sell my bike for all the money in the world. Not for a hundred million, trillion, billion dollars!

C’est peut-être stupide mais c’est comme ça. Son obsession fait de lui quelqu’un de ridicule. C’est à dire quelqu’un dont on peut se moquer pour son caractère excessif. Quelqu’un qui pourrait témoigner dans C’est Mon Choix. Quelqu’un qu’on pourrait inviter à un diner de cons.

Ça fait de lui quelqu’un d’intense et donc de singulier, prêt à tout pour ce vélo. Il met de l’importance dans ce qui n’en a pas. Ça lui donne une raison d’être. Ça lui donne également la chance de voir du pays et faire des rencontres incroyables, sans jugement. Il redonne confiance à une femme battue. Il impressionne des cow-boys. Il sympathise avec des Hells Angels. Il sauve des animaux des flammes. Sa vie mérite largement un film.

Don’t you wanna see the rest of the movie?

I don’t have to see it, Dottie. I lived it.

Encore une fois, Pee-Wee s’en moque pas mal. Il ne fait pas ça pour ça. Il vit sa vie.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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