CAUSE TOUJOURS TU M’INTÉRESSES

CAUSE TOUJOURS
TU M’INTÉRESSES

Édouard Molinaro, 1979

LE COMMENTAIRE

Au XXe siècle, on pouvait passer des soirées pendu·es au téléphone. Tout simplement parce que le téléphone était filaire et qu’on était contraint·e de tenir le combiné. Cela n’a plus vraiment lieu d’être aujourd’hui puisqu’on est connecté·e en permanence sur les applications de messagerie. On se parle par audios interposés. Au moins, on évite de s’écrire et de faire des fautes.

LE PITCH

Deux célibataires finissent par se rencontrer.

LE RÉSUMÉ

François Perrin (Jean-Pierre Marielle) se sent bien seul.

Je suis journaliste à RTL. J’travaille aux informations. Et je m’emmerde. J’ai quarante cinq ans. Je suis divorcé depuis sept mois. J’sais pas comment je fais pour m’emmerder à ce point là. Mais j’y arrive.

Tellement seul qu’il décide d’appeler un numéro au hasard.

C’est Christine Clément (Annie Girardot) qui décroche. Elle est pharmacienne. Sa vie ne fait pas plus rêver, comme le lui fait gentiment remarquer son collègue Daniel Granier (Jacques François).

C’est quoi ta vie ? Ta mère avec son arthrose pendant quinze ans, ta soeur avec sa dépression nerveuse et puis Françoise avec son bébé affreux… c’est ça ta vie ?

Au téléphone, François Perrin utilise un sac plastique pour que l’on ne reconnaisse pas sa voix. Il se fait passer pour Thibault, un grand écrivain. Perrin est éloquent. Christine n’y voit que du feu. Elle est d’abord surprise puis se prend au jeu. Tous les deux prévoient de se rencontrer.

Suite à un quiproquo, Christine fait la connaissance de René (Pierre Vernier). Elle a l’impression que Thibault lui a posé un lapin. Alors que François Perrin est pourtant bien là, et se présente même à elle.

Christine sympathise avec Perrin, mais reste persuadée qu’elle est amoureuse de Thibault qu’elle commence à détester par ailleurs.

Encouragé par son voisin de pallier monsieur M’Ba (Umbañ U Kset), Perrin insiste. Il va finir par rétablir la vérité.

Je suis pas un grand reporter, pas romancier, je suis sans doute ce qu’on fait de moins brillant dans le journalisme. Mais je suis prêt à faire tous les commissariats de Paris avec vous. (…) Je sais que je vous fais pas rêver mais je suis là moi.

Christine comprend finalement que Perrin est l’homme dont elle rêvait sans se l’avouer. Celui qui se donnerait du mal pour la trouver et la séduire.

L’EXPLICATION

Cause toujours tu m’intéresses, c’est le collège des coeurs brisés.

Quand on a vingt ans, on aime se raconter des histoires (cf L’Amour Ouf). On a la vie devant soi. Elle est pleine de promesses. Il faut en vivre intensément chaque minute. Si tu sautes, je saute (cf Titanic)!

Sur les réseaux sociaux, on ne met en avant que le meilleur de soi-même. Tout comme on ne cherche que le meilleur pour soi. La jeunesse permet de se payer le luxe de perdre son temps à palabrer (cf Dis moi oui dis moi non, Les Choses qu’on dit les Choses qu’on fait).

Quand on atteint la quarantaine, on a envie de continuer à croire que tout est encore possible (cf Un Homme et une Femme).

Si l’on n’a pas eu la chance de faire partie de la minorité mariée avec enfants et encore prétendument heureuse, alors la réalité est toute autre. L’expérience fait qu’on a une vision désenchantée de la vie (cf Hollywoodland, Eyes Wide Shut). On ne la voit plus pour ce que l’on voudrait qu’elle soit, mais pour ce qu’elle est.

Quand on se regarde dans la glace, on voit quelqu’un plus âgé. Des cheveux blancs quand il en reste, trop de rides, une haleine moins fraîche que par le passé, des kilos qui n’existaient pas, des douleurs dans les articulations. Surtout, on a l’impression de voir le reflet de quelqu’un d’inintéressant, aigri, déjà bon pour la casse (cf Monsieur Schmidt).

La solitude était en train de devenir le mal du siècle. Ce mal-être profond conduit ces quadras à vouloir crier leur désespoir sur tous les toits pour être entendu·e (cf MILF).

J’en peux plus moi, j’ai mal! Je souffre!

François et Christine sont tous les deux des coeurs brisés, laissés à l’abandon. Cependant, ils n’ont pas encore complètement renoncé.

J’ai décidé de recommencer à vivre. (…) C’était pas si simple.

François Perrin tente de se remettre de son divorce. À l’époque, il n’y a pas d’application de rencontre (cf Newness). Perrin ne sait pas bien comment s’y prendre, sachant qu’il se sent sur la touche.

On dit qu’elles sont libérées sexuellement, qu’elles font l’amour avec n’importe qui n’importe quand. Elles sont peut être libérées mais pas avec moi. Moi on m’offre pas un dernier verre. On me laisse devant la porte puis je rentre tout seul chez moi.

De son côté, Christine n’attend plus son prince charmant depuis longtemps. Elle manque de confiance en elle, ce qui la conduit à faire des généralités.

Les hommes sont tous des salauds!

François Perrin va au charbon, même si la perspective d’un date le terrifie. C’est tout à son honneur.

Je vais à l’abattoir.

Dans cet état, il est effectivement difficile de faire envie à qui que ce soit.

J’ai l’impression de vous ennuyer un peu…

Les interactions sociales sont souvent maladroites.

Vous devez me prendre pour une folle.

Christine a tendance à se fouetter. Daniel refuse de s’apitoyer sur son sort.

Tu sais ce que je suis ?

Dépressive ?

Non, vieille!

Alors tu prends ta retraite, tu vas à l’hospice et t’arrêtes de nous emmerder. Moi j’ai dix ans de plus que toi et je me sens pas vieux du tout.

Comment draguer à cet âge avancé ? Le pipeau ne fonctionne plus. Cause toujours. Aussi, quand Christine succombent aux belles paroles de François Perrin, alias Thibault, elle s’en veut immédiatement. Elle a l’impression d’avoir été trompée.

Comment j’ai pu croire à des conneries pareilles ?!

Christine et François se trouvent malgré tout (cf Her). Leur histoire d’amour est émouvante. Une histoire de vieux qui n’attendent plus rien l’un·e de l’autre.

Je vous demande rien.

Ensemble, ils vont pouvoir se tenir chaud jusqu’à ce que la troisième guerre mondiale éclate, ou que la planète explose.

Pendant que Christine et François soignent leurs blessures, le discret monsieur M’Ba connaît d’autres problèmes existentiels dont on ne parle pas.

Moi aussi on me laisse dehors…

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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