DREAMS

DREAMS

Michel Franco, 2025

LE COMMENTAIRE

Je t’aime moi non plus, c’est un jeu hasardeux dans une relation de couple classique. On s’éloigne et on revient, puis tu t’élances et je te tiens. Je te retiens du bout des doigts pour te ramener contre moi. Encore faut-il savoir danser. Quand on ajoute un peu de complexité avec des nationalités différentes et des problèmes de visa, le jeu devient carrément dangereux.

LE PITCH

Les histoires d’amour internationales ont encore plus de chance de mal se finir.

LE RÉSUMÉ

Fernando (Isaac Hernández) passe la frontière américaine illégalement, quelque part au Texas. De San Antonio, il rejoint San Francisco pour retrouver Jennifer McCarthy (Jessica Chastain). Tous les deux se sont rencontrés à Mexico où la fondation McCarthy finance une académie de danse.

Jennifer est tombée sous le charme des arabesques de Fernando.

Elle se réjouit de le revoir.

I’m glad you’re here. 

Cependant, elle n’a pas encore officialisé leur relation pour plein de raisons. Elle est plus vieille que lui (cf MILF, Perfect Mothers). Par ailleurs, elle est beaucoup plus fortunée que lui. Il n’a pas de papiers.

You’re ashamed to be seen with me?

Fernando se vexe et quitte Jennifer, tout en étant bien décidé à rester aux États-Unis. C’est légitime.

I came here to be with you, I just don’t want to be hiding all the time.

Il dort dans une cave et vit de petits boulots, jusqu’à ce que sont talent soit remarqué dans la rue par Matthew (Wes Chapman), un ami des McCarthy qui dirige le San Francisco ballet.

La chance semble réussir à Fernando.

Jake (Rupert Friend), le frère de Jennifer, fait sa rencontre de manière inopinée.

I would have invited you, but I only have one extra ticket. And it looks like im interrupting you…

L’information remonte vite jusqu’au patriarche (Marshall Bell) qui fait passer un message très clair à sa fille.

Is he living with you?

Dad, it’s nothing.

I’m happy you help immigrants. But there are limits. You know what im trying to say.

La question ne se posera pas longtemps. Fernando est arrêté par la police de l’immigration qui le reconduit à la frontière (cf Men in Black).

Jennifer rejoint Fernando à Mexico. Avant de repartir à New York, elle lui fait une terrible révélation.

I had you deported… You need to understand why I did it. (…) It will be so much better this time. (…) I’ll never abandon you!!

Choqué, Fernando confisque l’ordinateur et le smartphone de Jennifer. Il la séquestre puis la viole.

Sans nouvelle de sa soeur, Jake débarque avec ses hommes de mains. Il ordonne à l’un d’entre eux d’écraser le pied de Fernando. Le jeune danseur a beau crier, les McCarthy ne devraient plus beaucoup l’entendre.

C’est fini. Jennifer grimpe dans le SUV. Direction l’aéroport.

L’EXPLICATION

Dreams, c’est le conte de fées qui s’arrête.

Il y a plusieurs manières de comprendre que l’on ne dort plus. On peut utiliser son totem pour vérifier s’il fonctionne (cf Inception). Ou alors, on peut prendre la pilule rouge. Mais attention à la lumière aveuglante quand on ouvre les yeux (cf Matrix).

La meilleure des manières de savoir que l’on ne dort plus, c’est quand le rêve se termine. On en sait quelque chose aujourd’hui avec le retour des empires. Les réactionnaires sonnent la fin de la récréation. Tout n’était pourtant pas parfait (cf Blackkklansman, Harvey Weinstein, Promotion Canapé, Spotlight, LA 92, Deepwater, Inside Job, Les Chatouilles, Un Pays qui se tient sage, Contagion) mais on avait l’impression d’aller plutôt dans la bonne direction (cf Les Figures de l’Ombre, Working Girl, Priscilla Folle du Désert, Une Bataille après l’Autre). Le monde avait l’air un peu moins con qu’avant.

Et bien non. Il faut croire qu’on n’était pas prêt. Ce sont d’ailleurs les réactionnaires qui ont l’impression de sortir de leur cauchemar woke.

En matière de couples mixtes, c’est comme si l’on se rendait désormais compte qu’il s’agissait juste d’un doux rêve (cf Les Olympiades, Médée).

La belle histoire entre Jennifer et Fernando était purement hypothétique. On avait vraiment voulu croire à quelque chose de romantique entre la princesse californienne blanche et son jeune et charmant danseur mexicain (cf Coup de Foudre à Notting Hill). Il eut été tellement beau que cette histoire soit possible.

Et puis, la belle histoire prend fin brutalement. On finit par se rendre à l’évidence : il était temps que cela s’arrête. Mieux : rien n’aurait jamais du commencer.

Il y avait depuis le début une mésentente à propos du contrat liant Jennifer à Fernando. Pour elle, il était la promesse d’ébats fougueux entre deux vols pour New York. Cette relation lui convenait, à petites doses. Alors que pour lui, cette aventure aurait pu le conduire à devenir un danseur célèbre aux États-Unis d’Amérique. C’était plus qu’une histoire d’amour, c’était la gloire!

Jennifer se serait bien accommodée de voir Fernando de temps en temps à Mexico City. Facile quand on a un jet privé et qu’on se tamponne de son empreinte carbone. Ce n’était pas assez pour Fernando qui se voyait en haut de l’affiche.

We were not happy there!

I was happy!

Il voulait plus. Visiblement trop.

Jennifer lui avait déjà fait comprendre que tout n’était que temporaire entre eux. Il aurait du comprendre si sa maitrise de l’anglais avait été meilleure.

Please pack…

En analysant de plus près leur relation, on se rend mieux compte qu’elle était impossible (cf Les Amants diaboliques). Fernando n’avait aucune chance de participer aux barbecues de Jake. Le père de Jennifer ne lui aurait pas adressé la parole en dehors d’une visite de courtoisie à la fondation. Jennifer, qui n’a pas fait l’effort de parler un mot d’espagnol, a compris que Fernando vivait sur un petit nuage.

You don’t know me at all.

La réalité est que Jennifer s’est davantage servie de Fernando, plutôt que l’inverse. Au moins, lui a eu le courage de la quitter pour essayer de se débrouiller seul – quitte à dormir avec des punaises de lits.

La réalité est que les riches se servent des pauvres tant qu’ils ont besoin d’eux, avant de les jeter dans les toilettes (cf Parasite).

Fucking gringos! We cross the border, wipe their asses and there’s no problem. But the moment you take one guy’s job, look how fast they tell you to fuck off…

Fernando n’avait aucune chance dès le départ.

They would never have made you an official member of the company.

La fin de leur relation est tragique. Fernando se venge et se rend coupable d’un crime. Il donne raison aux racistes qui réduisent son peuple à des voleurs ou des violeurs. Les Américains interviennent pour exfiltrer Jennifer et lui marchent dessus. Fernando ne pourra plus jamais briller.

L’amour entre les peuples a fait rêver beaucoup de monde. C’était sympa. Le conte de fées est bien fini. La discrimination sociale et le racisme ont encore de beaux jours devant eux. Que chacun·e rentre chez soi (cf Get Out), barricadé·es! On peut commencer à préparer les munitions car dans quelques années, on se tirera à nouveau dessus…

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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