HUIT FEMMES

HUIT FEMMES

François Ozon, 2002

LE COMMENTAIRE

Depuis Eve, les hommes n’ont eu de cesse de tyranniser ce qu’ils ont appelé le sexe faible. Ils ont d’abord qualifié les femmes libres de sorcières (cf The Witch), ils les ont exploitées (cf Nikita), ont volé leurs idées (cf Big eyes), ils ont copieusement abusé d’elles (cf Harvey Weinstein) puis les ont tuées (cf Fenêtre sur cour). Le vent finit toujours par tourner. Il était prévisible qu’un jour, les femmes finissent par se venger.

LE PITCH

Huit femmes tentent de trouver qui se cache derrière le meurtre de Marcel.

LE RÉSUMÉ

Suzon (Virginie Ledoyen) rentre d’Angleterre au petit matin pour fêter Noël en famille avec sa grand-mère Mamy (Danièle Darrieux), sa mère Gaby (Catherine Deneuve), sa tante Augustine (Isabelle Huppert) et sa soeur Catherine (Ludivine Sagnier). Son père Marcel dort du sommeil du juste.

Croit-on.

Car Louise (Emmanuelle Béart), la femme de chambre, le trouve en réalité assassiné dans son lit d’un poignard dans le dos. C’est la consternation.

Impossible d’appeler la police car la ligne téléphonique est coupée. Les chiens n’ont pas aboyé, ce qui semble indiquer que le coupable est en fait une coupable – puisqu’il n’y a que des femmes dans la maison.

Un homme? Pourquoi un homme? Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre?

… Une femme!

Au cours de l’enquête interne, certaines vérités nauséabondes vont refaire surface ainsi que les rancunes et les rancoeurs des unes envers les autres – entre affaires de fric et histoires de cul.

Sur la liste des suspectes se rajoutent Pierrette (Fanny Ardant), la soeur du défunt, et Madame Chanel (Firmine Richard) la gouvernante.

Afin d’élucider le mystère et puisqu’aucune d’entre elle n’est vraiment nette, il leur est nécessaire d’exposer les faits.

Il va falloir que chacune d’entre nous dise sa vérité.

Contre toute attente, Catherine, dont le mobile semblait être le moins évident, révèle toute l’histoire. Il s’agissait d’un coup monté à son initiative. De cette manière, la cadette pouvait écarter toutes ses rivales et garder Marcel pour elle seule.

Papa, libéré de vous toutes, attend que sa petite fille Catherine l’appelle pour que nous partions loin, très loin, tous les deux, parce que je suis la seule qu’il aime vraiment et qui veut son bonheur!

Cette mise en scène fait éclater au grand jour la vénalité des unes et la jalousie des autres. Marcel, dégoûté, préfère quitter ce monde d’une balle dans la tête.

Les huit coupables se retrouvent ensemble dans le recueillement.

Il n’y a pas d’amour heureux.

L’EXPLICATION

Huit Femmes, c’est une ère post-patriarcale qui ne fait pas rêver.

Si le monde va si mal aujourd’hui, c’est la faute des hommes. Indubitablement. Les hommes sont responsables de tous les maux de la société puisqu’ils se sont auto-investis de tous les pouvoirs. À l’heure de faire le constat, les hommes doivent prendre leurs responsabilités : Le patriarcat est à bout de souffle après avoir accouché d’une société corrompue, fondamentalement inégalitaire et polluée dans laquelle les femmes sont réduites à l’état d’objet.

L’homme fait figure de despote incompétent qui mérite qu’on lui coupe la tête.

Le Roi est mort, vive le Roi! À qui profite le crime?

À ces femmes qui piaffent d’impatience de prendre la relève. Que nous réserve leur société? Un monde finalement pas aussi enviable qu’il n’y parait.

Où les injonctions masculines laissent la place aux petites piques assassines. L’art du passif-agressif est manié de main de maîtresse, entre réflexions sur le poids :

T’as un peu grossi…

Et considérations esthétiques liées à l’âge :

C’est terrible en un an comment les visages changent…

Tu trouves que j’ai vieilli??

Un monde effectivement impitoyable avec les anciens (cf No country for old men).

Tu n’es qu’une menteuse et une hypocrite, dévorée par son avarice. J’aurais du te laisser croupir dans ta province.

Un monde fait de reproches.

Ta tante est dévorée de haine et jalousie à mon égard. Je suis belle et riche alors qu’elle est laide et pauvre!

Miné par trop de secrets nourrissant les suspicions les plus ridicules.

Je crois que tu nous caches des choses…

Un monde en réalité toujours aussi conservateur.

Avant on respectait les jeunes filles parce que les jeunes filles se respectaient!

Très loin de la libération sexuelle attendue.

Vous aimez les femmes?

Et alors, c’est interdit?

Il faut vous soigner, vous êtes malade!

Un monde avec une conception toute particulière de l’honnêteté. Où chacun serait prêt à balancer son prochain aux autorités toutes puissantes.

Quand la police viendra, je ne vous épargnerai pas!

Un monde très égoïste, toujours centré sur l’argent.

Qui hérite des biens de papa?

Moi!… Je veux dire ‘nous’.

Un monde qui méprise les idées, dans lequel on parle plus vite qu’on ne pense.

Je vous demande de réfléchir à ce que vous dites.

Un monde aux prises de tête infinies.

Te voir près de moi c’est à la fois une joie et une souffrance.

Un monde de divas insupportables, menaçant de s’évanouir à la moindre contrariété.

Je ne me remettrai jamais de toutes ces horreurs…

En résumé, un monde de victimes.

Est-ce que tu imagines ce que c’est que de passer sa vie avec un homme que tu n’aimes pas et auquel tu n’as rien à reprocher?

Où l’on se permet les pires insultes sous prétexte de dire ses quatre vérités à l’autre. La fin justifie les coups les plus tordus. En vérité, la finesse des talons aiguilles ne saurait cacher la violence du revolver.

Ce monde n’a rien à envier à l’ancien sur le plan de l’hypocrisie et de la lâcheté. Il est tout aussi réducteur.

Le désir chez un homme est bien souvent qu’un vice qu’on cultive.

Surtout, il s’agit d’un monde à l’humour douteux.

Papa, c’était pour rire.

Ces femmes triomphent de ce papa à qui elle reprochait de ne plus être dans le coup mais au sujet duquel elles continuent pourtant à se disputer. Après la disparition de Marcel, elle ne semblent même pas être heureuses. Désormais, elles se retrouvent enfermées ensemble dans cette grande maison vide, dans laquelle il serait bon d’ouvrir quelques fenêtres.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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