BLOODY SUNDAY

BLOODY SUNDAY
Paul Greengrass, 2002

LE COMMENTAIRE

Les dimanches à Bamako c’est jour de mariage. Les dimanche à Derry, ça saigne. On prend ses pancartes et on marche derrière le cortège pour protester, en espérant que les choses changent. On s’égosille. On jette des cailloux. On réclame le Club Med. On y croit tous ensemble. Et puis à la fin de la journée, on rentre chez soi la chemise tâchée de sang. Le ciel est gris, comme hier et certainement comme demain. C’est toujours l’Irlande (du Nord). L’équipe de foot locale continue de perdre. Rien n’a changé ou presque. Le Club Med semble si loin.

LE PITCH

Ivan Cooper (James Nesbitt) et ses troupes sont en marche.

LE RÉSUMÉ

Ivan Cooper, membre du Parlement d’Irlande du Nord, s’apprête à marcher (pacifiquement) dans les rues de (London)Derry pour de défendre les droits des Catholiques face aux Protestants. La veille, l’armée britannique avait annoncé la couleur:

All parades, processions and marches will be banned until further notice.

En ce matin du dimanche 30 janvier 1972, tout le monde s’active. Les jeunes se chauffent sur les barricades en provoquant les militaires.

Go back home!!

De leur côté, les bérets rouges qui en ont marre de se faire marcher dessus par des petits cons, prennent position et préparent leur plan pour contrer les manifestants. Ils prévoient déjà beaucoup d’arrestations.

Our job is to catch those hooligans!

Ivan implore les membres de l’IRA de se tenir à carreau, puis continue de distribuer ses tracts tout en se voulant rassurant.

Nothing to worry about.

La marche commence dans le calme. Les jeunes s’excitent à la vue des militaires postés sur les toits, prêts à ouvrir le feu. Ivan essaie de garder le contrôle de l’itinéraire. Les manifestants se font d’abord asperger. Puis les militaires font des tirs de sommation qui sèment la panique. Les manifestants sont chauds et commencent à jeter des pierres pour répondre aux gaz lacrymogènes.

La marche continue calmement mais en queue de peloton, aux abords de Bogside, des jeunes sont prêts à en découdre avec les forces de l’ordre. Au QG, le brigadier Patrick Maclellan (Nicholas Farrell) essaie de garder le contrôle de la situation.

I’m trying to use minimum force.

Le Major Ford (Tim Pigott-Smith) n’est pas de cet avis. Les ripostes font des blessés. Puis c’est l’escalade. Depuis son estrade, Ivan aperçoit les émeutes à l’arrière. Il ne peut pas se douter de ce qui se trame.

With one single united march, we shall overcome!

Ordre est donné d’intervenir. La foule se disperse. Les troupes d’assaut qui doivent procéder à des arrestations ciblées finissent par tirer dans le tas, cédant à la panique. Treize personnes trouveront la mort ce jour là.

À la fin de la journée, Ivan ne peut que constater les dégâts, impuissant face à la détresse des familles. Les militaires embarrassés essaient d’accorder leurs violons bien qu’aucune arme n’ait été retrouvée sur les barricades. Le major félicite ses hommes.

I have seen nothing today that reflects in any way with discredit on our forces who have behaved with restraint and I believe great professionalism.

Pendant que les Irlandais pleurent leurs victimes, l’enquête conclut que l’intervention était justifiée. L’armée britannique est disculpée. Les soldats ayant ouvert le feu ne passeront pas devant le Conseil disciplinaire. Les officiers ayant donné l’ordre seront même décorés plus tard par la Reine en personne.

Un peu plus tard dans la nuit, les jeunes font la queue pour rejoindre l’IRA.

Ivan n’arrive plus à trouver les mots. U2 s’en chargera quelques années plus tard.

bloodysunday

L’EXPLICATION

Bloody Sunday, c’est qui sème le vent.

Derry s’est transformé en un foyer de tensions en Irlande, opposant les Catholiques aux Protestants et plus globalement le petit David Irlandais au Goliath Britannique. Cette petite ville est devenue un symbole. C’est un jour important dans les deux camps.

Ivan espère bien se faire entendre. Il est conscient du danger. Il n’a pas le choix.

We’ve got to march.

De l’autre côté l’armée vit constamment dans le danger. Elle compte bien se faire respecter. Elle n’a pas le choix non plus.

Let’s teach them a good lesson.

La violence ne résout aucun conflit. Elle ne fait que s’auto alimenter, s’abritant derrière le paradoxe de l’oeuf et de la poule pour rejeter la faute sur l’adversaire du moment. Les militaires n’auraient peut-être pas tiré s’ils ne s’étaient pas pris des cailloux. Ils ne se seraient pas pris des cailloux s’ils n’avaient pas été là. Ils n’auraient pas eu besoin d’être là si les Irlandais n’avais pas marché ce jour là. Et les Irlandais n’auraient pas eu besoin de marcher si le Royaume-Uni ne leur imposait pas leur loi. En attendant, ça fait une quinzaine de morts, sans compter les blessés.

Réprimer une révolte dans le sang, c’est s’attirer d’autres emmerdes dans le futur comme le fait remarquer Ivan.

I just want to say this to the British Government… You know what you’ve just done, don’t you? You’ve destroyed the civil rights movement, and you’ve given the IRA the biggest victory it will ever have. All over this city tonight, young men… boys will be joining the IRA, and you will reap a whirlwind.

Quand on essaie de venir à bout du terrorisme en bombardant Raqqa plutôt qu’en augmentant le budget de l’Éducation Nationale qu’est-ce qu’on fait? On fait tourner l’industrie militaire. On résout partiellement le problème de la surpopulation mondiale. Dans le fond, ça ne fait pas beaucoup avancer les choses. Le terrorisme renaît toujours de ses cendres. Ça ne sert à rien de s’acharner face à l’Hydre de Lerne. Couper la tête de Ben Laden n’a pas empêché les attentats à Paris et ceux à venir.

Pour autant, la non-violence ne semble pas fonctionner davantage. Ivan est celui qui essaie d’empêcher les violents mais il échoue dans son entreprise. Comme le lui fait remarquer un membre de l’IRA:

Marching is not gonna solve anything.

Depuis Londres, la marche pacifique de Derry, bien que symbolique, n’est pas assez lourde pour peser dans le conflit qui voit s’affronter Catholiques et Protestants.  Les manifestations aboutissent de temps en temps, rarement. On pense aux rassemblements contre la loi El Khomri, la manif pour tous ou les manifestations anti-G7. Les Bonnets Rouges font partie de ces quelques exceptions qui confirment une règle selon laquelle les marcheurs marchent souvent dans le vent avant de se prendre des coups de bâton. Ivan avait-il oublié un autre Bloody Sunday, celui de Mars 1965 à Selma?

Alors la question, c’est qu’est-ce qu’on fait?

We will not rest until justice is done.

On essaie de rester intelligent. On ne quitte pas la table des négociations. On calme le jeu. On s’arme, de patience. On discute, dans le calme ou autour d’une bière. Et on gesticule comme des imbéciles en club sans avoir une idée de ce sur quoi on danse. Pourquoi pas? Au moins ça ne fait de mal à personne.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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