CHEZ MOI

CHEZ MOI

David Pastor, Àlex Pastor, 2020

LE COMMENTAIRE

La vie comme une réunion d’alcooliques anonymes. Pas très drôle. Chacun y déballe ses petits problèmes, exposent ses petites faiblesses. On s’y encourage car on s’accroche désespérément à la vie (cf Trainspotting) plutôt que de faire le choix de s’adonner pleinement à son addiction (cf Born to blue). Sans se rendre compte qu’il s’agit d’un jeu de chaises musicales et qu’à la fin il ne reste plus de chaise quand la musique s’arrête. Encore moins drôle.

LE PITCH

Un publicitaire hors-circuit cherche à se remettre en selle.

LE RÉSUMÉ

Javier Muñoz (Javier Gutiérrez) est un créatif aux abois. Ce Don Draper barcelonais s’est pourtant bien fait éjecter de son agence. Ce qui le contraint à chercher un job pour lequel il est évidemment sur-qualifié.

Je ne vaux pas mieux.

On ne lui donne même pas le droit de recommencer en bas de l’échelle. Sèchement recadré par de jeunes créatifs prétentieux (cf 99 francs), comme il fut certainement lui aussi à la grande époque.

Vous dites que vous cherchez une boîte jeune, qui prend des risques… Mais je ne vois aucun risque ici.

Bim.

Plus de job, plus de revenu…

Combien de temps peut-on tenir?

Javier et sa famille doivent quitter leur bel appartement de location pour emménager dans leur ancien appartement de El Carmen, plus modeste, où le robinet fuit. Rétrogradés.

Javier retrouve par hasard les clés de son ancien appartement. Il profite de l’absence des nouveaux locataires pour y retourner et espionner la vie de Tomás (Mario Casas), Lara (Bruna Cusí) et leur petite fille.

Il se rapproche de Tomás, ancien alcoolique, et gagne sa confiance. Javier va petit à petit s’éloigner de sa famille pour mieux éloigner Tomás de la sienne, et finir par prendre sa place. Il est à l’origine de nombreuses disputes qui vont faire exploser le couple puis provoque la mort de Tomás, par accident.

Finalement, il se remarie avec Lara et profite de son beau-père, président de la deuxième entreprise de transport du pays, pour retrouver en agence de publicité. C’est plus facile quand on toque à la porte avec un gros client dans la poche.

Son ex-femme Marga (Ruth Díaz) a tout compris et l’informe de son intention de le dénoncer à la police. Javier la menace alors de lui couper les vivres ainsi qu’à son fils. Sans scrupule.

Tu n’oserais pas.

Tu en es sûre?

Javier revient de loin. Il contemple son oeuvre.

Malgré tout, le robinet fuit également dans sa ville luxueuse.

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L’EXPLICATION

Chez moi, c’est pas de pitié.

Nous vivons dans un système de valeurs imprégné par le capitalisme jusque dans la racine. Même si les alter-mondialistes parlent de décroissance et que les collaposologues jouent de le trompette de l’apocalypse, nous sommes bien installés dans notre confort et pas disposés du tout à le remettre en question. Le monde est proche du chaos (cf Joker) mais le monde n’est pas encore à un niveau de désespoir tel qu’il puisse faire la révolution. Encore trop à perdre. Même quand nous traversons des crises sociétales profondes, la plupart d’entre nous n’attend qu’une chose : que tout rentre dans l’ordre. Que tout redevienne comme avant.

Dans ce système, seuls les loups les plus affamés survivent (cf The wolf of Wall Street). Les plus gentils pointent à l’agence pour l’emploi (cf La loi du marché).

Javier est le soldat de ce système puisqu’il a consacré sa vie à faire la promotion de maisons que la cible de ses publicités ne pouvaient s’offrir (cf Enfermés dehors). Créer du désir. Convaincre l’opinion (cf No). Il sait faire.

L’apocalypse, il l’a vue de très près en perdant son job. Il en a mesuré les conséquences. Et cette nouvelle vie n’a pas plus à son ego. Vivre dans un appartement quelconque avec un fils obèse même pas capable d’arriver en haut de la côte sans vomir? Que Marga sente l’eau de javel parce qu’elle fait la femme de ménage? Non merci. Ce n’est pas exactement la vie de rêve (cf Scarface).

Faire un switch en changeant de carrière n’était pas une option. Il est trop amer.

J’en ai assez de voir les autres jouir de choses qu’ils n’apprécient ni ne méritent pas!

Son approche n’était tout simplement pas la bonne. Un mythe tel que lui ne peut pas prendre un job au rabais. Il va se reprendre en main.

J’ai réalisé que mon vrai problème était l’apathie. On prend ses aises. On arrête de donner le meilleur et un jour on te dit que tu es trop vieux, que tu coutes trop cher et on te met à la porte.

Alors il va faire honneur aux maîtres de la profession en reprenant les fondamentaux du publicitaire. Animé par l’envie de retrouver son bel appartement, il va utiliser toutes les ficelles du métier pour parvenir à ses fins. D’abord, il se renseigne sur son audience, de manière pas toujours légale. En l’occurrence, il fouille sur l’ordinateur de Tomás, au mépris du règlement général sur la protection des données. Cambridge Analytica (cf The Great Hack) l’a bien fait après tout, aidé en cela par Facebook (cf The social network) – le propriétaire d’Instagram où nous postons toutes nos photos et de Whatsapp via lequel nous parlons à tous nos amis.

L’objectif est clair : prendre la place de Tomás. Une fois que Javier a trouvé une stratégie, il peut se mettre au travail.

L’astuce c’est de savoir savoir quelles situations te tentent, ce qui te fait basculer.

En bon créatif, il est très ingénieux lorsque le budget est limité.

À travers sa communication, il sème le doute dans l’esprit de Lara qui ne demande qu’à le croire (cf Inception). Il plante une idée dans sa tête : Tomás n’est pas fiable. Il a craqué, il craquera de nouveau. Forcément. Et ça marche.

Javier procède à une redéfinition. Tomás a beau essayer de s’expliquer, le publicitaire a toujours une réponse qui semble plus convaincante. C’est son métier : retournes la tête de tout le monde. Le Nutella ne fait pas grossir, il apporte de l’énergie pour penser et se dépenser. Si ceux qui en mangent ne font pas d’exercice, c’est leur problème…

Javier trouve les mots juste pour mieux séduire Lara.

J’admire ta force et j’envie sa chance.

Joli.

Enfin, il pousse Tomás à la faute grâce à quelques visuels efficaces. À l’agonie, sa victime lui pose une question dont la réponse semble pourtant évidente.

Pourquoi tu mens??

Encore une fois : parce que c’est son métier! Sans état d’âme. Manger ou être mangé (cf The Platform).

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Bravo.

Javier survit tel un nécrophage sur un système qui consomme tout ce qu’il touche, plus qu’il n’épanouit. Une fois la carcasse achevée, on en trouve une nouvelle. Un jour il ne restera peut-être plus rien et c’est Javier qui se retrouvera à la place du con pour de bon. Le robinet ne s’arrête de couler nulle part.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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