TROIS COULEURS : BLEU

TROIS COULEURS : BLEU

Krzysztof Kieślowski, 1993

LE COMMENTAIRE

Rien de tel que d’aller nager le matin histoire de bien commencer la journée. Enchainer les longueurs vaut certainement mieux que d’enchaîner les cafés cigarette. La sensation de glisser sur les problèmes… Faire le vide autour de soi… Et puis surtout, finir par sortir la tête de l’eau.

LE PITCH

La vie d’une femme bascule après un accident de voiture.

LE RÉSUMÉ

La voiture de Patrice de Courcy (Hugues Quester) perd de l’huile. Elle finit sa route encastrée contre un arbre. Seule Julie (Juliette Binoche) s’en sort miraculeusement. À l’hôpital, les médecins lui apprennent la mauvaise nouvelle : sa fille et son mari sont morts. Ne reste plus qu’à suivre les obsèques à la télévision. Alain Decaux rend un vibrant hommage à celui qui était considéré comme l’un des plus grands compositeurs au monde. Ses mélodies continuent d’ailleurs de hanter Julie.

Après une tentative de suicide, elle se sépare de tout ce qui la lie à son défunt mari. D’abord en reprenant son nom de jeune fille. Puis en envoyant paître les journalistes. Julie s’offre ensuite une aventure avec Olivier (Benoît Régent), un ami proche de Patrice qui lui avoue être amoureux d’elle depuis toujours. Julie n’a cependant plus de place pour les sentiments.

N’oubliez pas de claquer la porte en sortant. 

Olivier tente de finir le Concerto pour l’unification de l’Europe sur lequel travaillait Patrice. Pendant ce temps, Julie procède à un solde de tout compte.

Ils ont tout pris. Il reste plus que le matelas.

Elle cède la maison pour emménager rue Mouffetard dans un appartement truffé de souris, ne gardant qu’un lustre en souvenir de sa fille. Tout le reste est vendu ou brûlé.

Julie échange avec sa mère (Emmanuelle Riva), désormais en maison de retraite, qui la croyait morte et qui la confond avec sa soeur.

Rue Mouffetard, elle sympathise avec sa voisine Lucille (Charlotte Véry), une prostituée strip-teaseuse de Pigalle.

Finalement, Julie accepte d’aider Olivier à finir le Concerto. Elle rencontre même Sandrine (Florence Pernel), la maîtresse de feu-Patrice enceinte jusqu’aux dents et à laquelle elle permet finalement de garder la maison de son ex-mari.

Vous êtes bonne, vous êtes bonne et généreuse. C’est ce que vous voulez être. On peut toujours compter sur vous. Même moi je peux.

Julie retrouve Olivier et semble apaisée. Prête à redémarrer.

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L’EXPLICATION

Trois Couleurs : Bleu, c’est dépasser sa tristesse.

Qu’est-ce que la vie sinon une succession de crises, ou d’accidents? La naissance elle-même, est en quelque sorte une forme d’accident (cf The Meaning of Life). Entre ces perturbations répétées, nous vivons des périodes d’accalmie au cours desquelles nous nous berçons de l’illusion que tout va bien dans le meilleur des mondes. La petite fille. Le crédit. Les vacances à St Malo, si chères à Laurent Voulzy. Et puis un jour le Scenic percute un arbre de plein fouet. C’est le drame.

Quand tout s’arrête, Julie pénètre l’envers du décor de la vie. Elle passe de l’autre côté du miroir. Changement de couleur. Elle vire au bleu triste. À défaut d’être mauve, ce qui ferait d’elle quelqu’un en colère. Une colère qu’elle pourrait nourrir d’ailleurs. L’histoire serait toute autre.

C’est pas juste.

Un point plutôt qu’un point d’exclamation car l’injustice n’est pas assez grande pour Julie, visiblement pas assez énervée pour se transformer en Hulk. Non, elle est simplement triste. Elle a le blues. Ce que le think tank italien Eiffel 65 avait qualifié de blue Da Ba Dee : une forme de tristesse liée à la solitude. La tête sous l’eau. Quand personne ne vous écoute. En effet, Olivier veut la posséder sexuellement. La journaliste (Hélène Vincent) est plus à la recherche de punchlines qu’autre chose. Quant à sa mère, elle ne l’écoute pas vraiment non plus dans la mesure où elle a perdu la boule. Comfortably numb dans sa maison de retraite.

Moi ça va très bien, je ne manque de rien ici : j’ai la télé.

À la mort de ses proches, Julie regarde derrière elle avec nostalgie.

Avant j’étais heureuse. Je les aimais et ils m’aimaient aussi.

Plus rien ne semble avoir d’importance. L’impression d’avoir tout perdu lui donne envie de véritablement tout perdre. Fataliste, elle veut aller jusqu’au bout de l’expérience.

Maintenant j’ai compris, ne ferai plus qu’une chose : rien. J’ai plus de possession. Plus de souvenirs. D’amis, d’amour ou d’attaches. Tout ça sont des pièges.

Sa mère a peut-être perdu les pédales mais pas le sens pratique.

Tu as de l’argent, de quoi vivre?

J’ai ce qu’il faut maman.

C’est important. On ne peut pas renoncer à tout.

La rencontre avec la prostituka, va permettre à Julie de comprendre qu’elle ne peut pas se laisser aller. On ne renonce effectivement pas à tout. Mêmes ceux qui lâchent la rampe pour arrêter de souffrir se font rattraper par la patrouille d’une manière ou d’une autre. Lucille peut se dénuder sur scène tous les soirs, elle ne peut éviter la visite de son père installé confortablement lui aussi au premier rang. Prêt à savourer le spectacle. Déplaisant.

Julie ne veut pas couler. Au contraire, elle veut retrouver le sourire.

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Pour cela, il lui faut exorciser sa tristesse à la piscine municipale.

Accepter que les mélodies de Patrice sont imprimées dans son cerveau et qu’elles peuvent ressurgir à n’importe quel moment sans prévenir. Reconnaître qu’il avait une maîtresse et que tout était loin d’être parfait. Ne pas lutter contre les choses de la vie.

Repartir de zéro avec un nouveau nom peut-être, mais en tout cas ne pas laisser la tristesse changer qui elle est profondément. Une personne optimiste, généreuse et créative. C’est pour cela qu’elle s’attelle à finir la mélodie – avec l’aide d’Olivier. Comme une façon d’investir ses dernières forces dans la bataille pour sauver l’Europe. Une jolie manière de tourner la page.

C’est pour ça également qu’elle rencontre Sandrine. Il était important de parler à sa rivale les yeux dans les yeux. L’installer dans la maison familiale où elle ne dérangera personne. L’enfermer elle avec le fantôme de Patrice – et son enfant, plutôt que de se retrouver enfermée soi-même.

Julie a traversé la tempête. La voilà prête à voguer de nouveau, capable de slalomer entre les icebergs (cf Titanic) que la vie pourrait placer sur son voyage.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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