ALPHAVILLE

ALPHAVILLE

Jean-Luc Godard, 1965

LE COMMENTAIRE

Les petits poucets que nous sommes commencent à peine à mesurer la valeur des informations personnelles qu’ils disséminent un peu partout comme des petits cailloux. Par le passé, ils servaient à retrouver son chemin. Aujourd’hui, ils servent à retrouver sa trace. Car nos paroles et nos actes engagent notre responsabilité. Le temps où nous pouvions voler discrètement des photos d’autrui est révolu. Désormais tout se remarque. L’étau se resserre doucement…

LE PITCH

Un agent secret part en mission dans une cité Orwelienne.

LE RÉSUMÉ

Lemmy Caution (Eddie Constantine) arrive à Alphaville, une mégalopole sans la moindre saveur. Les bâtiments sont ternes. Son hôtel est truffé de femmes objets, avec un code barre tatoué dans le cou. Alphaville ne respire pas la joie de vivre. Caution y est envoyé par les pays extérieurs pour retrouver le professeur von Braun (Howard Vernon) afin de le neutraliser.

Détruire Alpha 60. Sauver ceux qui pleurent.

Alpha 60 est l’intelligence artificielle développée par von Braun. Elle repère et supprime chaque personne faisant preuve d’émotion. Les citoyens un peu rebelles sont emmenés dans les piscines municipales puis abattus après avoir eu l’occasion de prononcer quelques derniers mots.

Nous voyons la vérité que vous ne pouvez plus voir! Il n’y a rien dans l’homme que l’amour et la foi, le courage et la tendresse, la générosité et le sacrifice! Tout le reste n’est que l’obstacle dressé par le progrès de votre ignorance aveugle!

Alphaville est un monde autoritaire, où tout est déshumanisé, prévu, calculé, exécuté…

Quels sont vos problèmes?

Le départ des trains et des avions, circulation des hommes et des marchandises, la distribution d’électricité, la répression du banditisme, les opérations de guerre.

Lemmy Caution s’y sent très mal à l’aise.

Décidément quelque chose ne tournait pas rond dans la capitale de cette galaxie. (…) On n’arrive pas à s’adapter ici.

Natacha von Braun (Anna Karina), la fille du professeur, se rapproche de Caution afin de l’étudier. Tous leurs échanges sont observés. Caution doit même passer un interrogatoire qui rend la machine plutôt perplexe. Quelques unes de ses réponses paraissent nébuleuses.

Le professeur fait la lumière sur les ambitions impérialistes d’Alphaville : tout d’abord réduire tous les citoyens au strict minimum.

Il faut donc les détruire, c’est à dire les transformer.

In fine, cette galaxie sera tellement différente de celle des pays extérieurs qu’un conflit parait inévitable. Alphaville se prépare à envahir l’ennemi. Von Braun propose à Caution de le rejoindre dans sa bataille. Ce dernier refuse, abat le père pour mieux prendre la poudre d’escampette avec la fille qui avait montré quelques signes d’émotions un peu plus tôt. Et pour cause, la jeune femme est née à Nueva York. Il semble qu’elle ait tout oublié depuis.

Sur la route qui les conduit vers les pays extérieurs, Natacha se réveille…

J’ai dormi longtemps?

L’EXPLICATION

Alphaville, c’est l’exode urbain.

Alphaville pourrait s’apparenter à n’importe quelle agglomération suffisamment grande pour annuler la notion d’individu. On s’y active. Tête baissée. Dans tous les sens. Cela grouille à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Alphaville c’est une société technique, comme celle des fourmis ou des termites.

Une société du nouveau monde, piloté par des ambitieux avides de pouvoir.

Nous sommes en train de nous rendre Maîtres d’une science tellement fantastique que par comparaison le contrôle de la force atomique par les sociétés Américaines et Soviétiques il y a trente ans semblera ridicule.

Une société dont le moteur est une machine qui ne comprend que la raison. Une machine qui parle une langue chiffrée, qui analyse des équations complexes et qui finit par réduire les fractions à leur plus petit dénominateur commun. Le règne du scientifique (cf Bienvenue à Gattaca), sans beaucoup de marge pour l’erreur ou l’émotion.

Amoureux? Qu’est-ce que c’est?

Une société de soldats aux ordres, qui ne contestent pas les décisions sinon ils en paient les conséquences. Bien obéissants, ils ne se plaignent pas. On pourrait presque parler de robots. Une existence en marche, sans réfléchir.

Il suffit d’avancer pour vivre, d’aller droit devant soi.

On ne réfléchit tellement pas qu’on n’a plus le droit de se poser de questions. Que des affirmations, plus d’interrogations. Une ville de mâles alpha.

Il ne faut jamais dire ‘pourquoi’, mais ‘parce que’.

Une société qu’on pourrait pratiquement dénoncer comme Chinoise en ce qu’elle a de pire pour les libertés individuelles. À y regarder de plus près, une société qui n’est finalement pas si éloignée que cela de la nôtre.

En effet, Paris n’est certainement pas Shanghai et néanmoins c’est le nombril du monde. Prêt à faire la guerre contre les autres si nécessaire. Avec sa dictature des tendances imposées par les influenceurs : on s’habille tous de la même manière, lit les mêmes revues, écoutent les mêmes musiques. Ultra conformistes. Les caméras de sécurité sont à chaque coin de rue. D’un point de vue affectif, les algorithmes des applications ont enlevé toute leur saveur aux rencontres. Le metro boulot dodo rythme les semaines – hors période de confinement ou de couvre feu.  Les Parisiens ressemblent à des pigeons faits prisonniers de l’enfer des villes (cf C’est arrivé près de chez vous).

Comment ne pas avoir envie de partir? Lemmy Caution étouffe à Alphaville.

Je deviens fou dans cette saloperie de ville. (…) Allez vous faire foutre avec votre logique!

L’idée que les femmes soient des matricules ne lui plait pas. Par ailleurs, il ne veut pas devenir quelqu’un de décérébré (cf Vol au dessus d’un nid de coucou).

Je refuse de devenir ce que vous appelez ‘normal’.

Il ne veut pas d’un train train machinal avant de mourir (cf Vivarium).

D’ailleurs c’est toujours comme ça, on ne comprend jamais rien et un soir on finit par en mourir.

Au contraire, Caution veut s’épanouir au grand air. Il a besoin de débordement d’émotions, d’éclats de voix, de claques dans la tronche. Alors il quitte Paris pour la Province.

Nous sommes le bonheur et nous partons vers lui.

La Province n’a pas une mentalité d’assistés. Elle requiert qu’on se prenne en main soi-même.

Aidez moi.

Impossible princesse, il faut y arriver toute seule.

Cette Province si décriée est peut être un endroit reculé du monde, mais on y sait encore ressentir des sentiments pour l’autre et les exprimer – d’une manière simple.

Je vous aime.

Voilà pourquoi les Parisiens quittent Paris.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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