NOSFERATU

NOSFERATU

Robert Eggers, 2024

LE COMMENTAIRE

Les libéraux les plus fous, disciples fanatiques d’Adam Smith, font une confiance aveugle dans le marché. Ils sont convaincus que les marchés sont tout puissants et doivent s’auto-réguler d’eux-mêmes, comme de grands garçons. Un peu comme si une main invisible pouvait s’occuper de tout. Et si cette main invisible n’était pas si bienveillante…?

LE PITCH

Un monstre s’empare d’une jeune Allemande.

LE RÉSUMÉ

La jeune Ellen Hutter (Lily-Rose Depp) se réveille la nuit, comme possédée par le démon. Cela tombe mal car son mari Thomas (Nicholas Hoult) doit l’abandonner quelques jours afin de se rendre dans les Carpates. Il doit y signer un gros contrat immobilier auprès de l’énigmatique Comte Orlok (Bill Skarsgård). Le patron du cabinet, Herr Knock (Simon McBurney), est catégorique : c’est une occasion en or.

It will be a great adventure my boy. Secure this account and you will secure your position in the firm.

Après un long voyage vers l’Est, Thomas finalise la transaction. Orlok devient le propriétaire du Schloss Grünewald.

Now we are neighbors!

Thomas est fait prisonnier du comte qui se révèle être un suceur de sang (cf Nosferatu le Vampire).

Orlok ne voyage pas en Allemagne pour rien, il a des vues sur Ellen. Le comte embarque à bord du Demeter, avec ses caisses de terre décrépite.

Thomas parvient à s’enfuir dans le but de protéger sa femme.

À Wisborg, Ellen s’agite. Le Dr Sievers (Ralph Ineson) ne trouve pas d’autre remède pour soulager la jeune femme que de l’attacher au lit et l’endormir avec de l’ether. Il appelle le Dr Albin Eberhart von Franz (Willem Dafoe) à la rescousse.

Entre temps, le bateau du Comte est arrivé à bon port. Herr Knock est devenu son serviteur.

He’s here!

Orlok informe Ellen qu’il a obtenu de Thomas qu’il signe les papiers de leur divorce contre une bourse d’or. Il lui donne trois jours pour se donner à lui.

I will leave you three nights. Upon the third night you will submit.

Le couple Hutter se déchire suite à cette révélation (cf Marriage Story).

You promised to write to me!!

I left for our future!!

La peste ravage Wisborg.

We’re all going to die!

Les gens tombent comme des mouches. Von Franz comprend qu’il n’y a qu’une solution pour venir à bout de cette malédiction : la pauvre Ellen va devoir donner de sa personne.

Only you have the faculty to redeem us. You are our salvation

Thomas n’est pas d’accord.

This is immoral!

Malgré tout, Ellen invite bien Orlok dans sa chambre la troisième nuit. Il la prend sans relâche jusqu’au petit matin. Nosferatu est brûlé par la lumière de l’aube, son corps contre celui de Ellen vidée de son sang.

Von Franz ne peut que constater les dégâts.

L’EXPLICATION

Nosferatu, c’est le fantasme fabriqué du bad guy.

Le bad guy chanté par Billie Ellish est plutôt le mec dont on se moque gentiment car il roule des mécaniques. Tandis que le vrai bad guy est plutôt celui que l’on cherche vraiment à éviter (cf Irréversible). Même si ce personnage peut attirer, paradoxalement. Sans doute l’effet grand méchant loup. On peut se demander malgré tout pourquoi les récits veulent souvent faire croire que toutes les femmes nourrissent secrètement ce genre de fantasmes.

En cette fin de XIXe siècle, Ellen est une femme qui s’ennuie ferme. C’est un fait. Du côté de Wisborg, les opportunités de se divertir ne sont pas légions. La morale est partout dans les rues. Son mari se barre pendant des semaines pour son travail (cf Mort d’un Commis Voyageur). Le modèle de couple parfait s’apparente plutôt à celui de Friedrich Harding (Aaron Taylor-Johnson) et sa femme Anna (Emma Corrin) : bien propre avec deux petites filles impeccables. On se retrouve le vendredi soir pour une choucroute après avoir envoyé les enfants au lit.

Ellen se sent un peu à l’étroit dans son époque. Avant de se ranger éventuellement, elle aimerait quand même bien s’amuser un peu et profiter des quelques plaisirs que la vie peut offrir.

Elle voit le temps passer, ce qui la panique. Car elle aspire à autre chose. Raison pour laquelle, elle se réveille la nuit en appelant de tous ses voeux un amant mystérieux.

Come to me…

Ellen a envie d’un peu d’interdit (cf Twin Peaks). Ce qui peut se comprendre. Qui n’a pas envie de s’aventurer en dehors des clous ?

Ellen ne peut visiblement pas le faire avec son Thomas, rasé de près et bien poli. Il est la figure du bon élève qui fait consciencieusement ce que son patron lui demande de faire. Il empile les qualités : beau et svelte, droit dans ses bottes, généreux et courageux. Son ambition personnelle ne fait même pas de lui un égoïste pour autant, puisqu’il met toute son énergie au profit du couple. Quand il est contraint de devoir signer les papiers du divorce, c’est vraiment parce que le comte Orlok lui aspire le sang depuis plusieurs nuits et qu’il le trompe. Sinon Thomas tient bien sa ligne.

Franchement, on ne peut reprocher grand chose à Thomas. Si ce n’est de ne plus faire frissonner Ellen. Dans cette histoire, c’est donc le problème.

C’est aussi la raison pour laquelle Ellen veut apparemment se trouver un amant (cf Les Liaisons Dangereuses). Elle cherche quelqu’un qui soit diamétralement opposé à son partenaire : un étranger qu’elle n’a jamais rencontré. Un grand gaillard avec une moustache et une vilaine peau, qui parle avec un accent à couper au couteau. S’il sent un peu l’humidité à force de dormir dans un cercueil, c’est encore mieux! Son haleine pourrait être fétide. Nosferatu est le candidat idéal : il n’est pas seulement violent, il est un tueur. Le vrai mauvais élève. Celui qui se fait renvoyer du lycée.

La société ne peut évidemment pas comprendre pourquoi Ellen éprouve une telle attirance. Elle essaie d’étouffer ses désirs en critiquant son attitude. Tout le monde pense qu’elle a le diable au corps. On la dénonce. Ses amis sont gênés de ce qui lui arrive. Et si les spasmes continuent, alors on l’attache au lit en la droguant d’éther. Il n’est tout simplement pas pensable de permettre ce genre de choses.

À tel point qu’Ellen commence à se convaincre que le problème vient d’elle. On la fait se sentir coupable d’avoir ses pensées. Elle est forcément la cause de ses ennuis.

He is my shame!

Ellen, sous la pression de son environnement, s’isole petit à petit. Alors qu’un mal ravage la ville, c’est elle qui se sent pestiférée.

Keep away from me! I’m unclean.

Après avoir reçu tous ces traitements de choc, Ellen donne l’impression qu’elle veut se calmer. Elle veut redevenir un membre productif de la société (cf The Yards).

Please, I’ll be good.

Mais la perspective de revoir Thomas et se transformer en Emma Harding ne la remplit pas de joie. Donc elle va plutôt entretenir cette relation avec Nosferatu, qui tient un discours décomplexant.

It is not me, it is your nature.

C’est parfait. Ellen n’a pas envie d’être la bonne épouse. Quand le vampire arrive en ville, tout le monde panique sauf Ellen.

We must remain calm in the face of this plague.

Elle attend son prince la troisième nuit, pour s’offrir enfin un peu de piment.

Nosferatu ne déçoit pas. Il est un bad guy dans toute sa splendeur : un animal avec les babines qui dégoulinent. Un gros méchant qui mord. Comme si Ellen ne pouvait désirer que cela.

Ils couchent ensemble toute la nuit, dans des positions qui ne correspondent sûrement pas aux usages de l’époque. Mais qui, d’une manière, devraient quand même interroger un peu le rapport entre le désir et le consentement.

Ellen se laisse mourir pour ne jamais plus avoir à revenir dans sa prison.

Son suicide reste une énigme pour les hommes qui ne comprennent pas ce qui vient de se passer. Ellen affirmait se sacrifier pour sauver la ville. Mais les héros ne meurent pas à la fin normalement – sauf en Chine (cf The Wandering Earth). Ce qui a eu lieu n’est donc pas normal.

Seul von Franz s’interroge sur la condition masculine. Il fait cependant une confusion importante entre le désir d’Ellen et la violence du rapport qu’elle subit. Von Franz semble partir du principe qu’Ellen, au plus profond d’elle-même, devait raffoler des gros dégueulasses. Puis il en fait une généralité. Ce qui vaut pour Ellen doit valoir pout toutes les femmes.

C’est pourquoi il en arrive à cette conclusion grotesque que chaque homme devrait réveiller le porc qui sommeille en lui.

We must discover it within ourselves…

C’est une véritable régression. Car si l’on peut entendre qu’une femme puisse désirer l’interdit, il ne faudrait pas que l’homme revienne des siècles en arrière en se disant que « non » veut dire « oui ».

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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