HOMEBOY
Michael Seresin, 1988
LE COMMENTAIRE
On voit de plus en plus d’adolescent·es se munir de crèmes de visage pour prévenir l’apparition de rides. Autant d’anticipation peut paraitre exagéré. Pourtant, le temps file. Il faut penser à son plan de retraite, surtout au rythme où vont les choses. Un beau jour, les parpaings que l’on reçoit dans la tronche feront vraiment mal. On ne ressemblera pas à Detlef Schrempf toute sa vie.
LE PITCH
Un vagabond hésite entre poser ses valises ou raccrocher ses gants de boxe.
LE RÉSUMÉ
Johnny Walker (Mickey Rourke) débarque dans le New Jersey avec ses bottes de western et son chapeau de cowboy. Son style Texas dénote sur la côte Est. Il se fait tout de suite chambrer par une bande.
Yo man where your horse at man? You rode into town or what?
Il est facile de faire des rencontres dans un bar, surtout quand on s’appelle comme une marque de whisky. Moe (Jon Polito) repère Johnny et le présente à un ami, le promoteur Wesley Pendergrass (Christopher Walken).
Johnny boxe en amateur. Wesley le prend sous son aile.
I love the way you fight.
Wesley devient le mentor de Johnny. Il a toujours des anecdotes approximatives qui font rêver son poulain.
This whole place used to be covered by big fucking dinosaurs that were all over the place. They all disappeared, thousands of them. You know where they went? As time went by, they started to shrink. They got smaller. Smaller, and they started to grow wings. And they flew away, and now nobody knows where they are. That’s a true story.
Johnny fait la rencontre de Ruby (Debra Feuer) qui s’occupe d’un vieux manège qui appartenait à son grand-père sur le bord de mer.
Looks old.
Everything gets old.
Wesley est vieille école. Il met Johnny en garde contre les charmes féminins (cf Knock Knock).
I’ll tell you something about women, I know them, I’ve studied them. You can’t trust any of them. Women, not too many guys know this, are much stronger than guys. That’s why I keep a distance. I keep a perspective, I use them, but I don’t get involved with them.
Il semble pourtant que Johnny soit en train de tomber amoureux…
That Ruby, she’s a good one. She’s so pretty. Man, I’d just like to be able to look at her and just, just, I could just look at her and just hold her. I’d like her to just touch me. Just, you know, just touch me and have her like me, you know?
La police surveille Wesley qui compte faire un gros coup avant de se ranger (cf Sexy Beast).
I want the better things in life. (…) All I need is one big score.
Johnny veut continuer à boxer, même s’il a mal à la tête. Le médecin (Rubén Blades) qui l’ausculte se grille une cigarette et donne son diagnostic dans un anglais approximatif :
I don’t know what’s going on. (…) If he’s your friend, take him away to a hospital and see a neurologist to run some tests. Because in my professional opinion, he has a fracture of the temporal bone. It is either going to unite, or it is going to explode. The next time someone hits this guy in the head, he could drop dead.
Bill (Bill Slayton) accepte d’entraîner Johnny pour ce qui pourrait être son dernier combat (cf The Wrestler). Wesley préférerait plutôt que Johnny l’accompagne dans le braquage d’une bijouterie.
I’m counting on you.
En connaissance des dangers, Johnny préfère jouer sa vie en montant sur le ring en s’en prenant plein la gueule plutôt que de dévaliser une bijouterie. Bonne inspiration : Wesley est abattu par la police.
Tandis que Johnny pose un genou à terre mais tient bon (cf Rocky). Après le match, il s’en va retrouver Ruby sur son manège.

L’EXPLICATION
Homeboy, c’est la résilience des pauvres.
En général, ce sont les classes dominantes dont on parle dans les médias, comme si le reste ne comptait pas. Les problèmes de riches font la une. On s’intéresse à leur linge sale (cf Palais Royal!), leurs histoires d’amour (cf Love Story, Phantom Thread) et leurs drames (cf Le Guépard, Les Grandes Familles) – car la richesse ne fait pas le bonheur (cf Crazy Rich Asians). On célèbre les classes dominantes car c’est grâce elle que les sans-grandes parviennent à survivre (cf Parasite), selon la célèbre théorie du ruissellement.
Il y a objectivement peu de raison de s’intéresser aux autres. Les pauvres n’en valent pas la peine (cf Bienvenue chez les Ch’tis, Les Misérables). Pas une tête ne dépasse de leur médiocrité (cf Les Vitelloni, la Famille Bélier).
Stay out of troubles boys.
Les chances que les pauvres fassent fortune sont minces (cf Les Tuche). Peu d’espoir que leur révolution aboutisse à quoi que ce soit (cf Un Pays qui se tient sage). Les pauvres ne deviendront jamais célèbres – pas même quinze minutes.
Johnny Walker représente cet homme du peuple. Il est naze, sans un rond et doit sentir le chien mouillé. On ne sait pas de quel endroit paumé il vient, ni quand il s’est fait un shampoing pour la dernière fois.
Where do you come from?
Nowhere.
C’est un taiseux.
You’re very quiet.
À l’aéroport, Johnny n’est qu’un énergumène de plus parmi les autres – noyé dans la masse. On l’accueille avec des insultes.
He’s a crazy motherfucker!
Son entourage ne l’incite pas à se dépasser. Les pauvres s’entretiennent entre eux dans leur misère. Leurs réflexions ne volent pas bien haut.
If it wasn’t for your face, you’d be a good looking guy. (…) You’re an old man, you’re terrible, you’re nothing.
Les pauvres veulent néanmoins croire que chacun·e peut avoir sa chance dans la vie.
Couldn’t wait for it to be my turn. I remember one night he was standing there in the rain, watching me go round and round.
Ils se persuadent qu’ils sont simplement passés à côté de la leur. Lorsque Johnny rencontre Bill sur le tard, il se dit qu’il aurait pu faire des merveilles quelques années plus tôt. Si seulement le sort avait été plus clément… Les pauvres sont fatalistes par nature.
I wish I ran into you a long time ago. You could have made me good man. Do you think I could have been good?
Ce qui distingue les pauvres est leur absence de réseau. Johnny navigue en eaux troubles. Les personnes qu’il fréquente ne valent pas beaucoup mieux que lui. Ruby est une foraine. Wesley est un tocard assumé.
I do an act on stage. It sucks, but it’s better than working.
La vie des pauvres est pénible. Leur look est ridicule.

Et pourtant, ils ont une incroyable résilience (cf Les Raisins de la Colère). On n’en parle pas suffisamment.
Bien que leur vie donne envie de se tirer une balle le plus vite possible ou de se pendre, les pauvres s’accrochent au peu qu’ils ont comme des morts de faim. Ils n’ont rien à perdre. Ce sont de véritables survivants au sens propre du terme. Johnny est un nomade qui n’a aucun projet dans la vie. Son état de santé se détériore au fil des rounds. Il voit déjà trouble et risque de ne plus rien se rappeler de sa vie à cause des chocs cérébraux à répétition qu’il a subi. Pourtant, il remonte sur le ring.
Contrairement à ces riches qui font des caprices, les pauvres se lèvent chaque matin.
En pleine nuit, Ruby relance son manège. Elle est la seule à l’utiliser, ce qui du point de vue strictement commercial constitue un manque à gagner. Mais les pauvres s’en foutent pas mal tant qu’ils sont entre eux. Le calvaire continue.
Merci pour cette analyse. Johny et Wesley m’ont semblés tous les deux comme désespérés, chacun cherchant son paradis en s’accrochant, peut-être que l’un comme l’autre auront fini par le trouver. La musique d’Eric Clapton est pour moi une réussite, elle donne une profondeur au récit, c’est presque un personnage a elle seule.
Merci Cedinscri, Homeboy est également l’histoire d’une dérive. Johnny et Wesley se rencontrent. Tous les deux essaient de ne pas couler.
Bon point sur la forme, qui sert de trait d’union entre ces âmes en peine.