TOTO LE HÉROS

 TOTO LE HÉROS
Jaco Van Dormael, 1991

LE COMMENTAIRE

On peut lire à droite à gauche que le sexe chez les seniors est quelque chose d’extraordinaire. Il est souvent décrit comme un moment qui s’inscrit moins dans la performance physique et davantage dans la recherche du plaisir et au cours duquel les partenaires peuvent atteindre des niveaux de sensualité rarement égalés. Arrêtons d’essayer de nous rassurer. Ces parties de jambes en l’air, forcément moins haut que par le passé, ne sauraient effacer les relations érotiques de notre enfance, si pleines d’espoir.

LE RÉSUMÉ

Thomas Van Hasebroeck (Michel Bouquet) se refait le match de sa vie, ratée.

L’HISTOIRE

Thomas Van Hasebroeck est un vieil homme au crépuscule de sa vie qui a gardé beaucoup de rancoeur envers Alfred Kant, qu’il accuse ni plus ni moins de lui avoir volé sa vie.

Tu m’as volé la vie. Tu m’as volé l’amour. Moi je n’ai rien vécu. Il ne s’est rien passé. 

Dans ces souvenirs, il se rappelle d’un incendie au cours duquel il aurait été échangé par erreur à la maternité avec Alfred, qui se trouve être son voisin et rival. Alfred (Hugo Harold Harrison) est un petit bourgeois. Il porte une chemise avec un noeud papillon. « Toto » (Thomas Godet), qui vient d’un milieu plus modeste, lui expose sa théorie de l’incendie.

Tes parents c’est pas tes parents, parce que c’est les miens.

Avec les conséquences que cela suppose…

Ta maison, ton auto, c’est aussi les miens!

Alfred lui casse aussitôt la gueule.

Toto « Van Chickensoup » et son frère trisomique Célestin (Karim Moussati) sont moqués par leurs camarades de classe. La vie est plutôt harmonieuse, rythmée par la bonne humeur de papa (Klaus Schindler) et enchantée par sa soeur Alice (Sandrine Blancke).

Son père meurt dans un crash alors qu’il avait accepté une mission dangereuse pour son patron… qui se trouve être le père d’Alfred.

Je ne suis pas responsable de ce qui est arrivé à votre mari.

Vous lui avez demandé de partir pendant un orage!

Votre mari a accepté!

La mélodie se dérègle. La mère (Fabienne Loriaux) se met à voler des steaks au supermarché. Alice flirte avec Alfred puis meurt en mettant le feu à la maison des Kant.

Thomas (Jo De Backer) a grandi. Lui qui rêvait de devenir un agent secret est devenu comptable. À la mort de sa mère, il s’occupe de Célestin (Pascal Duquenne). Thomas est encore traumatisé par la disparition d’Alice et hanté par le succès d’Alfred, bien que celui-ci soit visé par des menaces d’attentat.

Thomas remarque une femme du nom d’Evelyne, qui lui fait penser à Alice. Il commence à la suivre et entame même une liaison avec elle. Il ne sait pas qu’il s’agit de la femme d’Alfred.

Des années plus tard, Thomas désormais en maison de retraite n’a pas abandonné son projet de se débarrasser d’Alfred (Peter Böhlke). Les deux hommes se retrouvent, sans animosité. Thomas qui voulait supprimer Alfred va faire mieux. Il va se fait abattre en se faisant passer pour lui.

Ses cendres peuvent être répandues sur le Plat Pays.

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L’EXPLICATION

Toto le Héros c’est une vie par procuration.

Thomas est un homme qui n’a pas vécu, comme il le concède lui-même:

C’est l’histoire d’un type à qui il n’est jamais rien arrivé.

Toto se fait des films depuis qu’il est tout petit, bien aidé en cela par ses parents qui vivent dans une réalité parallèle. Son père enchaîne les tours de magie et sa mère déforme jusqu’aux chansons pour enfants en substituant un petit bonhomme à la cantinière.

Pin-Pon les pompiers la maison qui brûle. C’est pas moi qui l’est brûlé, c’est le p’tit bonhomme.

Toto se rêve agent secret. Il est amoureux de sa soeur. Il s’imagine tout un tas de choses. Il a d’ailleurs certainement inventé cette histoire d’incendie.

Moi je suis né dans un incendie. Maman dit que c’est pas vrai mais moi je me rappelle bien.

Toto c’est juste un gamin qui vient d’une famille modeste, dont le père est mort pour des confitures d’orange, dont la mère finit par voler des Babybel au Suma et dont le frère est trisomique. Sa vie est complètement quelconque. Alors pour mieux encaisser tout ça, il préfère vivre dans un fantasme. Le problème c’est que dans ce fantasme, il y a aussi un ennemi en la personne d’Alfred. Cet ennemi devient central. Toto pense qu’Alfred lui pourrit la vie et va se mettre en tête de le supprimer. Alfred devient sa Némésis. Thomas ne pourra trouver la paix que lorsque celui-ci aura disparu.

Thomas est la figure de l’ouvrier qui, s’il avait le choix, préférerait être James Bond. Il n’arrive pas à être heureux parce qu’il se croit constamment victime du patronat (comme si le patronat n’avait rien de mieux à faire que de persécuter les pauvres). Thomas maudit le capitalisme et veut faire la révolution.

Je ne fais que reprendre ce qui m’appartient!

Il doit se rendre à l’évidence. Sa colère ne lui apporte rien de bon. C’est d’abord par la faute de son caprice que sa soeur Alice meurt bêtement dans l’incendie. Voler Evelyne à Alfred ne remplace pas Alice dans son coeur. Et tout cela est d’autant plus regrettable qu’Alfred, ce supposé tyran, n’a rien contre Thomas. Ces riches ennemis ne s’amusent pas autant qu’on l’imagine, comme Alfred le confie tardivement de manière troublante à son conscrit:

Je t’ai toujours envié. Ta vie avait l’air tellement plus simple que la mienne.

La morale c’est que les pauvres seraient plus inspirés d’apprécier leur misère plutôt que de s’imaginer n’importe quoi. Ils feraient mieux d’être réalistes. Leur romantisme un peu benêt ne les mène absolument nulle part. Quand la mère de Thomas demande des comptes au père d’Alfred, celui-ci se défend:

Je ne lui ai pas demandé d’être un héros!

Et il a malheureusement raison.

On peut regretter que Thomas ne soit pas sincère lorsqu’il affirme à Alfred qu’il a aimé sa vie. Ça n’est pas vrai. Il a détesté sa vie qu’il a passé à ruminer jusqu’à la maison de retraite. Heureusement pour lui, il part en paix en réalisant son rêve d’agent secret – en se faisant passer pour un autre. Il faut espérer que les cendres qu’il laisse planer sur la Belgique sont celles de la fantaisie plutôt que celles de l’amertume. Parce que la Belgique n’a vraiment pas besoin de ça.

Toto s’imaginait comme un héros. Il n’aura tout simplement pas eu le nez creux.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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