BAGDAD CAFÉ
Percy Adlon, 1987
LE COMMENTAIRE
La pandémie a instauré de nouvelles mesures de précaution sanitaires. En plus de se laver régulièrement les mains, comme chacun·e est tenu·e de faire, il fallait absolument limiter les contacts physiques. Dans ce moment pénible, on s’est ainsi mutuellement privé de la valeur d’une accolade entre deux personnes.
LE PITCH
Une touriste allemande apporte sa magie dans le désert californien.
LE RÉSUMÉ
Jasmine Münchgstettner (Marianne Sägebrecht) et son mari (Hans Stadlbauer) se disputent sur la légendaire Route 66. Il l’abandonne sur le chemin. Jasmine s’arrête au Bagdad Café.
Brenda (CCH Pounder) l’accueille avec un sens de l’hospitalité tout particulier.
You need a ride?
Brenda est sur les nerfs car elle élève seule ses trois enfants.
Somebody’s gotta to run things here!
Elle est aussi la patronne.
Where’s the boss?
I’m the boss.
Au Bagdad Café, il n’y a personne pour aider Brenda. On n’y trouve que Cahuenga (George Aguilar) un serveur autochtone, Rudi (Jack Palance) un peintre baba-cool, et Debby une tatoueuse un peu taiseuse (Christine Kaufmann).
C’est pourtant bien au milieu de nulle part que Jasmine décide de poser ses valises – qui sont celles de son mari. Elle paie en chèques de voyage. Brenda se méfie.
Don’t tell me that was it, Arnie! I mean, you gotta be kidding! That what I had you come up here for? I don’t believe it, I mean she, she shows up outta nowhere without a car, without a map. She ain’t got nothing but a suitcase filled with men’s clothing. How come she act so funny like she was gonna stay here forever? And with no clothes?! No! I don’t like it! It don’t make no sense at all! No, no, no, no, no! It don’t make no sense!
Très vite elle se met au travail. Jasmine se rend utile en faisant le ménage d’une manière discrète et efficace.
I thought you would like. That it would make you happy.
Brenda n’arrive pas à y croire.
Who said it was your business?
Jasmine séduit Rudi qui en fait sa muse. Elle a aussi des talents d’illusionniste qui émerveillent les convives, et font s’arrêter les routiers. La clientèle revient, avec la bonne humeur. Malheureusement, Jasmine est une touriste. Son permis de séjour va expirer. Elle doit s’en aller.
Les deux femmes se disent au revoir avec la gorge serrée.
Goodbye Miss Brenda.
Bye Miss Jasmin.
Après le départ de l’Allemande, la vie semble avoir quitté le Bagdad Café.
What happened to the magic?
The magic is gone.
Quelques mois plus tard, Jasmine refait surface. Elle fait son grand retour, pour le plus grand bonheur de Brenda. Rudi la propose en mariage afin que Jasmine puisse rester définitivement.
There’s a way to take care of those problems… Would you marry me?
I talk it over with Brenda.

L’EXPLICATION
Bagdad Café, c’est l’essayer c’est l’adopter.
Avec le retour au premier plan des nationalismes (cf La Cravate, l’Âme divisée de l’Amérique), l’immigration semble être devenue une plaie. Chacun·e pense à soi et envisage l’autre comme un partenaire de deal dont on peut éventuellement tirer un intérêt ou comme une menace. On ne parle presque plus que de contrôles aux frontières (cf Men in Black, Border Line, Intervention Divine) et de problèmes d’intégration (cf As Bestas).
Les étrangers sont toujours appréciés en tant que touristes. Mais on s’en méfie. On les regarde immédiatement de travers dès lors qu’ils affichent leur intention de rester. C’est la réaction de Brenda lorsque Jasmine souhaite s’installer.
Here? Are you sure??
On craint les intentions de l’étranger. Si l’étranger pense, comme soi, qu’il ne peut en rester qu’un (cf Highlander), alors il va vouloir faire la guerre à un moment. Après tout, on sait bien ce qu’avaient en tête les Bavarois au début du XXe Siècle (cf La Conférence).
Par ailleurs, il est vrai que le mélange des cultures peut être explosif (cf Babel). La perspective du métissage fait peur aux plus réactionnaires (cf Gremlins, Big Bug, Dammi). Même dans un endroit qui ne peut se revendiquer d’aucune tradition.
This is Badgad!
Il ne s’agit pas d’un monde d’hommes mais de la rencontre de deux femmes. Les règles s’appliquent néanmoins. Brenda donne finalement son accord pour que Jasmine puisse rester, en échange d’une somme d’argent et à condition que l’Allemande suive ses règles.
You do like I say!

Jasmine n’a pas le choix. Elle a été plantée par son propre mari en pleine cambrousse. Quand Cortez découvrit le nouveau monde, il brûla ses bateaux. À la suite de quoi, ses hommes n’en furent que plus motivés (cf À la Poursuite d’Octobre Rouge). Elle doit survivre.
Jasmine sait que personne ne lui fera la moindre faveur. Elle va être mise à l’épreuve. C’est pourquoi elle doit redoubler d’efforts pour rassurer tout le monde.
En montrant à Brenda qu’elle ne va pas prendre trop de place – bien qu’elle soit imposante. Surtout, elle ne va pas prendre la place de Brenda.
Jasmine se met au travail sans réclamer quoi que ce soit. Elle suit les règles en demandant d’abord la permission. Sa rigueur allemande apporte un peu d’ordre dans un bordel qui en a vraiment besoin. Brenda ne va pas s’en plaindre. Elle aime quand les affaires tournent.
Non seulement Jasmine fait le ménage, mais en plus elle surprend les invités en faisant des tours de magie (cf Le Prestige). Elle dépasse les attentes. Ainsi elle se fait apprécier des locaux et devient une attraction sans générer de la jalousie de la part de ses hôtes qui en profitent allègrement. En effet, Jasmine se fait surtout adopter car elle est porteuse de business (cf Dumbo). À partir de là, il n’y a plus aucun problème. Elle a créée les conditions d’une amitié en mettant tout le monde d’accord.
Jasmine peut même se permettre le luxe de partir puis revenir. On l’accueille désormais à bras ouvert. Elle a réussi son pari.
Son anglais n’est pas le plus impeccable. La preuve que cela ne doit pas forcément poser de problèmes aux États-Unis, un pays d’opportunités qui ne peut pas vraiment se réclamer de Shakespeare.
It’s a free country!
Jasmine séduit.
I’d like to paint you…
Face à la tentation du repli protectionniste, l’exemple de Jasmine rappelle que pour peu que l’on donne leur chance aux étrangers, ils peuvent se faire une place n’importe où.