SLIVER

SLIVER

Phillip Noyce, 1993

LE COMMENTAIRE

Si c’est dur dur d’être un bébé, ce n’est pas non plus très facile d’être une femme (cf Nikita). Pour Michel Sardou, c’est même étrangement dramatique. La femme laide doit apprendre à travailler l’acceptation de soi, prendre ses douches avec Dove et tenter de développer son caractère pour se faire une petite place dans un monde très codé qui ne lui en laisse guère. Quant à la femme belle, elle connait d’autres problèmes : On la harcèle, on la réduit, on questionne son intelligence. Si on lui fait de grands sourires et qu’on lui promet la lune, elle doit rester méfiante et constamment surveiller ses arrières.

LE PITCH

Une jeune femme sème le trouble au sein de la résidence où elle vient d’emménager.

LE RÉSUMÉ

Carly Norris (Sharon Stone) se remet tout juste de son divorce. Elle emménage dans le sliver building, au 113. Elle se fait rapidement remarquer par ses voisins, parmi lesquels Zeke (William Baldwin), Jack (Tom Berenger), Vida (Polly Walker), Gus (Keene Curtis). Ils la remarquent tout simplement parce qu’elle ressemble de manière confondante à la précédente résidente.

You just really… well you look like someone.

Naomi Singer aurait apparemment sauté de son balcon. Et les bruits de couloirs sous-entendent qu’on l’aurait aidée à…

Bienvenue!

Le mystérieux Zeke tourne autour de la jeune éditrice. Elle lui propose de venir à sa pendaison de crémaillère. Les invités s’amusent à guetter les voisins grâce à une longue vue. Carly succombe au charme de Zeke. Les deux amants se voient régulièrement, ce qui permet à Zeke d’assouvir ses pulsions dominatrices (cf 50 shades).

Jack montre des signes de jalousie (cf L’Enfer). Il n’hésite pas à faire courir des rumeurs sur Zeke. Il s’introduit chez Carly comme s’ils vivaient tous ensemble dans la maison du bonheur. Pendant ce temps, les disparitions suspectes s’accumulent au 113. Gus et Vida meurent à leur tour dans des circonstances étranges. Carly surprend Jack à côté de l’un des cadavres. La détective Hendrix (C. C. H. Pounder) mène l’enquête.

Carly finit par découvrir que son Zeke est propriétaire… de l’immeuble tout entier qu’il a acheté avec l’argent de l’héritage de son grand-père. Elle n’est pas au bout de ses surprises. Zeke a installé des caméras de surveillance dans tous les appartements. Lui qui se fait passer pour un concepteur de jeux vidéo passe en réalité le plus clair de son temps à observer les autres de manière malsaine – et illégale.

Carly est d’abord révulsée puis elle est quelque peu fascinée par le pouvoir hypnotisant des écrans.

L’un des enregistrements de Zeke révéle que Jack est le meurtrier de Carly, jaloux de la relation que Zeke entretenait avec elle – et d’autres dans l’immeuble.

Jack attaque Carly qui parvient à le tuer. Légitime défense. Elle ne pardonne cependant pas à Zeke d’avoir fermé les yeux sur le meurtre de Naomi, ni d’avoir abusé les autres locataires de sa résidence. Zeke est pris comme un enfant avec la main dans le pot de miel. Il ne sait quoi répondre. Avant de partir, Carly détruit son système de surveillance et lui suggère de sortir un peu.

Get a life.

L’EXPLICATION

Sliver, c’est la perversité de l’image.

Les écrans sont addictifs : la TV, les tablettes, les smartphones. Nous y consacrons de plus en plus d’heures de nos courtes vies chaque jour et cette tendance ne risque pas de faiblir à mesure que les jeux vidéo se développent – jusqu’à ce qu’on passe carrément de l’autre côté de l’écran (cf Ready Player One).

La dérive, c’est que nous ne vivons plus dans la vraie vie. Nous avons de plus en plus de mal à sortir du fantasme, car ce qu’on voit à l’écran n’est jamais qu’une représentation du réel avec un traitement de l’image et un angle qui sont toujours particuliers. Les événements sont filtrés. Nous devenons prisonniers.

You’ve been spending too much time with your vibrator.

La perversité vient du besoin d’alimenter l’écran en contenu de divertissement (cf Confessions of a dangerous mind) ou d’animation. Tout a véritablement basculé le jour où nous avons pu utiliser les écrans pour nous observer nous-mêmes, petits animaux narcissiques que nous sommes (cf Truman Show). Même si ce qui se passe à la fenêtre d’en face n’a absolument aucun intérêt, nous ne pouvons pas nous en détourner. D’où les succès populaires des nombreuses productions de qualité d’Endemol où des caméras étaient placées dans chaque recoin : Loft Story, Star Academy, la Ferme Célébrités etc. Plus rien ne pouvait nous échapper.

Zeke installe des caméras un peu partout dans sa résidence par vice. Il se shoote à la vraie vie des autres. Lorsque Carly émet des doutes sur la moralité de ses agissements, Zeke se dédouane en prétextant que ça ne fait de mal à personne. Et puis personne n’est au courant. Opération blanche.

Ce comportement déjà condamné par Alfred (cf The Dark Knight) est pervers car plus on en voit, plus on a envie d’en voir – comme une spirale infernale.

It’s like playing God.

Ce voyeurisme nous anesthésie. Nous regardons, sans rien faire ou sans rien dire. Zeke voit tout ce qui se passe mais s’est fixé une règle de documentariste. Si quelque chose de dramatique ou d’immoral se passe devant ses yeux, il n’intervient pas. Il n’est qu’un observateur, rien de plus. C’est ainsi que nous avons des caméras de surveillance partout, jusque sur les terrains de football. Ces caméras réduisent-elles le nombre d’agressions ou rétablissent-elles la justice pendant les matchs de Championnat? Ce n’est pas certain. C’est ainsi que nous regardons les manifestations chaque weekend depuis les chaînes d’information en continu, que nous constatons le vote de lois de plus en plus répressives… sans rien faire, ni rien dire.

Nous voilà prisonniers de nous-mêmes. Nous avons renoncé à notre propre intimité à partir du moment où nous avons voulu violer celle des autres.

How can I call you when I don’t know your name?

How can you not know my name if you knew my apartment number?

Souriez, vous êtes sûrement filmés. Pour de vrai.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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