GOOD NIGHT AND GOOD LUCK

GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK

George Clooney, 2006

LE COMMENTAIRE

Prendre le micro (cf Le Discours d’un Roi) donne l’occasion de s’adresser à ses concitoyens pour leur adresser un message. Encore faut-il avoir le courage de monter à la tribune. Tout le monde n’aime pas se retrouver sous le feu des projecteurs. Encore faut-il avoir quelque chose d’intéressant à dire.

LE PITCH

Un journaliste se dresse contre un chasseur de sorcières.

LE RÉSUMÉ

Au début des années 50, certains sujets sont taboo comme le communisme. Le journaliste Edward R. Murrow (David Strathairn) s’empare d’un sujet sensible : l’affaire Milo Radulovich. Cet officier de l’US Air Force refuse de dénoncer des membres de sa famille, suspectés d’être rouges.

Le directeur des programmes de CBS Sig Mickelson (Jeff Daniels) n’est pas à l’aise. Il craint que cette affaire n’ait de sérieuses répercussions pour la chaîne.

La réception du public est plutôt bonne, contre toute attente. Mais les pressions gouvernementales commencent à apparaître. Don Hollenbeck (Ray Wise) souffre des critiques acerbes du journaliste Jack O’Brian.

Le reporter Joseph Wershba (Robert Downey Jr.) reçoit des éléments prouvant que Murrow serait affilié à Moscou. William Paley (Frank Langella), le patron de CBS, met tout le monde en garde : des têtes tomberont si des membres du staff ont des liens, de près ou de loin, avec des communistes.

Murrow part en croisade contre le Sénateur McCarthy à travers l’histoire d’Annie Lee Moss, une employée du Pentagone accusée par le FBI d’être un agent du KGB.

Milo Radulovich est blanchi. L’équipe célèbre la nouvelle.

McCarthy réclame un droit de réponse dans l’émission de Murrow. Ce dernier accepte. Le Sénateur le charge ouvertement. Murrow riposte la semaine suivante en déboulonnant les arguments de son adversaire. À la suite de cette émission, le Sénat ouvre une enquête sur les pratiques abusives de McCarthy.

La jubilation sera de courte durée car Don Hollenbeck s’est suicidé.

Paley informe Murrow et son producteur Friendly (George Clooney) que l’émission va être coupée : trop chère et trop polémique. Jo Wershba est contraint de démissionner car il s’est marié avec Shirley (Patricia Clarkson), une autre employée de CBS. C’est contre les règles.

Dans un discours donné à la Radio and Television News Directors Association, Murrow invite son audience à ne pas s’en remettre uniquement à la télévision pour s’informer et s’éduquer.

To those who say people wouldn’t look; they wouldn’t be interested; they’re too complacent, indifferent and insulated, I can only reply: There is, in one reporter’s opinion, considerable evidence against that contention. But even if they are right, what have they got to lose? Because if they are right, and this instrument is good for nothing but to entertain, amuse and insulate, then the tube is flickering now and we will soon see that the whole struggle is lost. This instrument can teach, it can illuminate; yes, and it can even inspire. But it can do so only to the extent that humans are determined to use it to those ends. Otherwise it is merely wires and lights in a box. Good night, and good luck.

goodevening

L’EXPLICATION

Good night, and good luck, c’est essayer de lutter contre l’abrutissement général.

Plus qu’un simple journaliste d’investigation, Edward R. Murrow est un homme de principes (cf Des hommes d’honneur). L’intégrité fait notamment partie de ses valeurs fondamentales. Il a le souci de la cohérence.

We cannot defend freedom abroad by deserting it at home.

Contrairement à trop de gens aujourd’hui qui pensent que plus rien n’a d’importance, Murrow s’accroche à ses principes. Pour que la société ne bascule pas dans l’anarchie. Il a le sens de l’Histoire et veut s’inscrire dans une continuité. Son regard critique sur la société lui permet de voir quand quelque chose ne tourne pas rond. Il s’interroge. Par exemple, lorsqu’une personne de pouvoir commence à abuser de son pouvoir. En qualité de journaliste, il est donc de son devoir de le dénoncer.

No one familiar with the history of this country, can deny that congressional committees are useful. It is necessary to investigate before legislating. But the line between investigating and persecuting is a very fine one, and the Junior Senator from Wisconsin has stepped over it repeatedly. We must not confuse dissent with disloyalty. We must remember always, that accusation is not proof, and that conviction depends upon evidence and due process of law. We will not walk in fear, one of another. We will not be driven by fear into an age of unreason if we dig deep into our history and our doctrine, and remember that we are not descended from fearful men. Not from men who feared to write, to associate, to speak, and to defend the causes that were for the moment unpopular. This is no time for men who oppose Sen. McCarthy’s methods to keep silent or for those who approve.

Murrow pense qu’il est important de prendre ses responsabilités. Chacun est capable d’avoir un point de vue et d’exprimer son opinion. À partir du moment où l’on se couche, on perd sa liberté – qui est une autre valeur fondamentale.

Whose fault is that? Not really his, he didn’t create this situation of fear, he merely exploited it, and rather successfully. Cassius was right, the fault dear Brutus is not in our stars, but in ourselves. Good night, and good luck.

Murrow sent la menace arriver. Il est conscient que le sensationnalisme guette déjà (cf Night call). On cherche la punchline pour mieux masquer l’absence de fond. La polémique tapageuse qui ne débouche sur rien. On ne débat plus vraiment de quoi que ce soit. Plus de place à la réflexion. C’est comme ça qu’on permet et encourage l’abrutissement des masses (cf Idiocracy). De moins en moins d’exercice intellectuel, un peu de Jean-Luc Reichmann avec des chips et du Coca… et on finit par se shooter aux chaînes d’information continue où l’on passe vite passer à autre chose. L’incendie de Notre Dame nous tient en haleine 48 heures, à peine. Pas plus. On enchaîne!

There’s no news, boys, so go out there and make some news. Rob a bank, mug an old lady, whatever – just do something.

Murrow sait que certaines personnes profitent de la situation. Après guerre, un nouvel ennemi est nécessaire. Pendant que les gens consomment, il faut les occuper avec un peu de spectacle et de peur. Le gouvernement agite le spectre du communisme pour mieux répandre la paranoïa et garder le contrôle sur les masses.

Wouldn’t you guess that the people who have seen the contents of that envelope might have a better idea of what makes someone a danger to his country, or do you think it should just be you, sir, who decides?

Who? Who? Who are these people, sir? Who are the people? Are they elected? Are they appointed? Is it you?

Il faut des hommes comme Murrow pour nous réveiller. Celui qui donne l’alerte. La voix de la régulation, faisant partie d’un système dont on peut dénoncer les abus potentiels… pour peu qu’on se laisse faire.

It is my desire if not my duty to try to talk to you journeymen with some candor about what is happening in radio and television, and if what I say is responsible, I alone am responsible for the saying of it. Our history will be what we make of it. And if there are any historians about fifty or a hundred year from now, and there should be preserved the kinescopes of one week of all three networks, they will there find, recorded in black and white and in color, evidence of decadence, escapism, and insulation from the realities of the world in which we live. We are are currently wealthy, fat, comfortable, and complacent. We have a built in allergy to unpleasant or disturbing information; our mass media reflect this. But unless we get up off our fat surpluses, and recognize that television, in the main, is being use to distract, delude, amuse, and insulate us, then television and those who finance it, those who look at it, and those who work at it, may see a totally different picture, too late.

Malheureusement pour Murrow, il est en noir et blanc. C’est une personne sérieuse, qui parle avec sérieux de choses sérieuses. Un brin professoral. Moralisateur. Il est celui que les étudiants d’école de commerce qualifieraient de triste. Aujourd’hui, on préfère les clowns comme Cyrille Hanouna. Les gens du peuple, sur lesquels on tape pourtant, ont l’impression d’être les Rois du Monde et à ce titre, se foutent pas mal de la morale. Ils veulent de la couleur, de la musique, du sucre et du sel. Du pain et des jeux (cf Gladiator). Pas de prise de tête surtout. Fermons les yeux. Vivons en ASMR.

Reste plus qu’à nous souhaiter bonne nuit. Et surtout bonne chance.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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