VANILLA SKY

VANILLA SKY

Cameron Crowe, 2002

LE COMMENTAIRE

La vie pourrait être une comédie géniale dans laquelle certains jouent les premiers rôles tandis que la plupart ne sont que de simples figurants (cf Black Swan). Ou alors la vie pourrait plus simplement être un bal champêtre, sur fond de Compagnie Créole. Tout le monde y porterait logiquement un masque. On pourrait faire la fête tout en faisant la grimace, sans que cela ne pose de problème à personne.

LE PITCH

Un chagrin d’amour, putain que ça fait mal!

LE RÉSUMÉ

Inculpé de meurtre, David Aames (Tom Cruise) s’entretient avec le psychiatre Dr Curtis McCabe (Kurt Russell). Il évoque sa vie de fils à papa. Un peu perdu dans toutes ces mondanités (cf Knight of Cups), il fait la rencontre de Sofia Serrano (Penelope Cruz).

Julie (Cameron Diaz), la petite amie officielle de David, pique une grosse crise de jalousie. Sa voiture fait une sortie de route. La jeune femme meurt sur le coup. David est défiguré, contraint de porter un masque (cf Au revoir là-haut). La dépression le gagne.

Après s’être séparé de Sofia, le couple se réconcilie. David remonte la pente. Les médecins finissent par trouver une solution chirurgicale. La vie reprend comme avant, ou presque. David se réveille chez Sofia en croyant être aux côtés de Julie. Derrière les barreaux, David découvre qu’il a frappé violemment Sofia, qu’il croyait être Julie.

You’re insane. You’re losin’ it, man.

Au cours de ses entretiens avec son psy, David se rappelle de Life Extension, un institut de cryogénisation. Après le drame, David a décidé de signer un contrat pour se faire congeler.

Tout ceci n’est donc qu’un rêve éveillé. Les mauvais souvenirs ont été effacés (cf Eternal Sunshine of the Spotless Mind). 150 ans que la plaisanterie dure. Jusqu’à ce que le subconscient de David ne transforme le rêve en cauchemar. L’assistance technique (Noah Taylor) intervient et laisse le choix à son client (cf Matrix) : continuer de vivre le rêve éveillé ou revenir à la dure réalité. Pour cela il faudra se jeter dans le vide.

David n’hésite pas longtemps.

I want to live a real life… I don’t want to dream any longer.

Il saute, voit sa vie défiler devant lui. Puis ouvre les yeux.

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L’EXPLICATION

Vanilla Sky, c’est le manque de résilience des plus fortunés.

L’avantage d’être pauvre est de ne rien avoir à perdre (cf Les Misérables). C’est, on peut le supposer, le cas de la jeune Sofia – sans doute émigrée Mexicaine au pays de Ben l’Oncle Soul. Sa philosophie est résolument optimiste.

Every passing minute is another chance to turn it all around.

Quand on est pauvre, on prend des coups (cf Parasite). On se relève à chaque fois car on n’a rien d’autre à faire. Le sourire sur la photo (cf Capharnaüm). Quand la vie est dure, l’avantage est qu’on sait mieux apprécier les moments doux de Bashung.

I know sour, which allows me to appreciate the sweet.

C’est à peu près tout l’inverse de David qui a hérité de tout, sans n’avoir rien demandé. Il considère Julie comme un vulgaire plan-cul alors que n’importe quel autre homme tuerait pour se marier avec elle. Il cultive le détachement.

When did you stop caring, David?

Caring about what?

About the consequences of the promises that you’ve made.

Il faut dire que tout le monde se bat pour obtenir son attention et qu’on lui apporte son petit déjeuner sur un plateau. Par ailleurs, David doit protéger son patrimoine que de nombreux requins convoitent. Il joue donc défensif. La vie avec le frein à main.

Malheureusement, toutes les assurances du monde ne peuvent pas protéger les riches contre les imprévus (cf Les choses de la vie). C’est l’accident.

David ne regrette pas Julie mais plutôt son apparence. Ça n’est, dans l’absolu, qu’un visage. Il n’est pas tétraplégique (cf Mar Adentro). Mais David n’arrive pas à s’en remettre. Son visage est beaucoup plus qu’un visage. Et ce masque ne fait pas illusion.

It’s only a mask… if you treat it that way.

Cette sortie de piste prouve que les riches sont finalement plus vulnérables qu’on ne l’imagine. Un petit pet de travers et la mécanique déraille.

David sait pourtant que la vie n’est régie que par l’argent.

What is the answer to 99 out of 100 questions?… Money.

Nul doute qu’un milliardaire qui ressemblerait à Elephant Man n’aurait pas de problème à trouver chaussure à son pied. Malgré tout, David déprime. Il a perdu la face et en fait tout une histoire. Le pauvre.

My dreams are a cruel joke. They taunt me. Even in my dreams I’m an idiot… who knows he’s about to wake up to reality. If I could only avoid sleep. But I can’t. I try to tell myself what to dream. I try to dream that I am flying. Something free. It never works…

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Cet accident lui aura quand même permis de réaliser une petite introspection.

It’s been a brilliant journey of self-awakening. 

Grâce à ce travail, il réalise à quel point il est narcissique.

Most days I fooled myself into believing it would last forever. Isn’t that what being young is about? Believing secretly that you would be… the one person in the history of man… who would live forever.

Il comprend qu’il s’est perdu en chemin. Le David d’avant a disparu et ne reviendra pas.

Somebody died. It was me.

Il doit donc se réinventer. Adapt or die. Trouver un autre objectif. Après tout, c’est la vie!

What is any life without the pursuit of a dream?

L’enjeu est clair :

This isn’t about vanity. This is about functioning in the world. It’s my job to be out there functioning.

David se ment à lui-même. En vérité, il peut parfaitement fonctionner avec la gueule de travers (cf au revoir là-haut). C’est évidemment un problème d’ego.

Il refuse cependant de continuer à vivre reclus chez lui, dans une vie de tristesse. Trop longtemps que ça dure. Mais il n’arrive pas non plus à dépasser son problème. Alors il fait le choix de la réalité : à défaut de vivre pour le meilleur, il meurt pour de bon, de manière dramatique. Il lui fallait une conclusion à sa hauteur, du soixantième étage. Minimum. Parce qu’il ne pouvait pas en être autrement.

Pouvait-il vivre de manière normale, dans un pavillon de banlieue à Suresnes? Bien sûr que non.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

8 commentaires

  • Bonjour,

    Votre analyse du film vanilly sky a retenu mon attention et mon intérêt et m’a fait voir des choses à laquelle je n’avais pas fait attention. Donc merci.

    Cependant elle me laisse sur ma faim.

    L’analyse est subtile mais néanmoins réductrice de mon point de vue. Réductrice en ce sens qu’elle est trop sociologique, trop politique.

    Cette histoire me fait penser à la « légende » de Bouddha, lui aussi fut un prince gâté jusqu’au jour où il quitta le palais des merveilles et fut confronté à la nature de ce monde en croisant un vieillard et un malade.

    Je ne crois pas que c’est le niveau social qui définit le niveau de conscience. Un moment donné dans le film un de protagonistes nous invite me semble-t-il à ne pas trop emprunter la lecture psycho-sociologique : il dit « ce n’est pas parce qu’on est fils de riche qu’on est insensible », ou qqchose comme ça.
    En fait la mentalité du héros est très moderne et traverse toutes les couches de la société, c’est tout son intérêt.

    Personnellement j’ai l’impression qu’autour de l’ambiguïté rêve-réalité qui est la trame du film c’est le sujet de la maya hindoue et de la ré-incarnation que l’on retrouve. En partant de cette lecture une autre compréhension du film s’entrouvre.

    Ce que nous dit la mystique hindoue (mais aussi occidentale-chrétienne) c’est que dans le monde duel il n’y a pas de bien sans mal, rien n’est sans ombres. Pas de plaisirs sans souffrances.
    Que de souffrances devons-nous nous infliger pour entretenir notre niveau de vie et notre quête de bonheur matériel, que de destructions du vivant, de destruction de la terre ? Il est dit aussi dans le film que 99% des actes sont motivés par l’argent. Pas seulement chez les plus riches. Sans argent…
    Donc la fin du film ne peut pas être une invite à revenir au monde réel ! Mais une invite à perdre tout attache avec le monde autophage, trompeur de surcroit.

    La chute finale, fait penser à une réincarnation et à la notion de chute « biblique »

    Ce que laisse entendre ce film c’est me semble-t-il la possibilité d’une réalité autre définie par notre esprit mais qui doit être purifiée, purifiée par les épreuves de la vie qui révèlent une aspiration à l’Un.

    On demanda un jour à un sage ce qui l’étonne le plus chez l’homme. Il répondit : « il vit comme s’il ne devait jamais mourir, et meurs comme s’il n’avait jamais vécu »…

    • Merci Fabien pour ce commentaire et cet angle plus spirituel. Très intéressant.

  • La frustration et la jalousie de l’auteur de la critique quant au personnage principal suintent et lui empêchent d’apprécier pleinement les choix de la vie de David. Notamment, le « Il considère Julie comme un vulgaire plan-cul alors que n’importe quel autre homme tuerait pour se marier avec elle. » Certes, mais est-il n’importe quel homme ? Pourquoi accorderait-il une importance infinie à la première venue alors qu’une vingtaine d’autres de son acabit au moins se bousculent au portillon ? Pourquoi ferait-il le sacrifice de trouver une femme qui lui plaît, qu’il aimerait authentiquement, pour simplement combler les désirs d’une femme intéressée et manipulatrice, fût-elle magnifique ?

    Tout comme son accident, sa « diminution », qui lui fait prendre conscience de sa nature mortelle. Ca n’a rien d’un délire narcissique que de se cacher, c’est plutôt le traumatisme engendré par la prise de conscience de sa finitude. Il n’est plus tout-puissant. C’est son passage à l’âge adulte quelque part. Sauf que ce passage a été beaucoup plus violent que pour le commun des mortels, il est tombé très bas et de très haut. Malgré tout il essaye de retrouver une vie normale tout en voyant bien que ça ne marche pas. Sa vie réelle se termine donc au moment où il se rend compte que sa diminution lui a fait perdre tout espoir de vivre la vie qu’il souhaitait réellement.

    Avec le rêve lucide, qui débute au moment où sa fin est actée, il s’offre un moment de répit, une parenthèse, et l’irréalité du moment saute instantanément aux yeux (je trouve). J’ai passé 15 bonnes minutes à attendre le moment où on nous dévoilerait que ce n’était finalement qu’un rêve. Finalement, ce qui n’avait pas lieu d’être s’est terminé, le protagoniste étant brutalement rattrapé par sa réalité. À partir de là arrive la scène finale où il saute, mais de son plein gré cette fois-ci. Il met délibérément un terme à cette parenthèse, et décide pleinement d’être adulte, avec ce que ça comporte de vicissitudes.

    • En effet, il s’agit de la version US du film ‘Abre Los Ojos’ (‘Ouvre les yeux’) d’Alejandro Amenábar.

      • oui, j’avais vu d’abord la version espagnole… Et j’étais vraiment oO sous le choc du genre WTF… lors d’une soirée spéciale Labyrinthe de Pan, puis Abre Los Ojos … avec REC à la fin.

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