ROMA

ROMA

Federico Fellini, 1972

LE COMMENTAIRE

Rares sont les villes qui s’offrent à leurs habitants comme des spectacles. Tandis que certains passent leur temps à critiquer leur ville par nostalgie des voies sur berge, d’autres sont en totale admiration devant ce qu’ils vivent au quotidien. La chance de s’inscrire dans une tradition millénaire. Pouvoir continuer d’écrire l’Histoire d’une capitale ancestrale à travers quelques modestes lettres.

LE PITCH

Un réalisateur rend homme à sa ville de coeur.

LE RÉSUMÉ

Federico Fellini débarque de sa province et se rappelle sa toute première expérience de Rome. Une borne kilométrique indiquant une distance de 340km.

Voici ma première image de Rome : ce bloc de pierre érodé par le temps à la sortie de ma ville.

La Rome de son enfance est celle d’un passé impérial prestigieux : la Basilique St Pierre, l’Arc de Constantin. Berceau de la civilisation Occidentale.

Quelle histoire fascinante que celle de Rome…

Quelques images grandioses conduisant à une diapositive d’une femme nue faisant la honte du corps enseignant.

Au début des années 30, Rome est au pinacle de l’Italie fasciste Mussolinienne.

Pas grand chose à voir avec cette ville tentaculaire qu’est devenue la Rome moderne, ressemblant à n’importe quelle mégalopole encore que protégée par son GRA faisant allure d’anneau de Saturne.

Une ville écartelée entre une jeunesse hippie, porteuse d’un nouveau destin, et une entière génération de réactionnaires nostalgiques.

Rome ça? Des cinglés. Il n’y a plus de vrais Romains. Tout le monde est pressé. Les gens sont devenus méchants. Regarde autour de toi : il n’y a plus que des hippies crasseux, des étudiants paresseux, des travestis, des drogués. Ce film sera vu à l’étranger. Si tu montres des invertis, des putains, tes cochonneries habituelles tu feras du tort à notre Rome bien aimée.

Rome, terre d’accueil du jeune Fellini tout de suite adopté dans les restaurants et les bordels. Vagabondant dans les spectacles populaires de music hall. Un coeur qui continue de battre alors que la Deuxième Guerre Mondiale est en train de suffoquer l’Europe entière. Protégée par Dieu.

On va pas bombarder Rome, y’a le Pape.

Rome devant répondre aux enjeux du traffic d’un monde surpeuplé, n’hésitant pas à sacrifier son patrimoine artistique pour creuser des galeries du futur métro. Une ville dont les vestiges s’effacent avec élégance à mesure qu’ils se découvrent.

Rome plus que jamais sous l’influence Papale. Les voies impénétrables du Seigneur s’invitant jusque dans les défilés de mode.

Une horde de motards parcourent la nuit, de monument en monument, avant de s’échapper de la ville.

L’EXPLICATION

Roma, c’est continuer de faire rêver.

Les petits individus que nous sommes ne sont pas les seuls à être exposés aux conséquence du vieillissement. Se battre pour rester dans le coup du point de vue culturel, vestimentaire. S’adapter aux nouveaux codes de langage et plateformes de communication.

Les civilisations sont aussi à l’épreuve du temps qui passe. Les Egyptiens, les Grecs. Aujourd’hui, le jeune Empire Américain est déjà en train de céder sa place à la Chine (cf American Factory) lentement mais sûrement. Le Reich de mille ans des Nazis s’est réduit à quelques années. Aucune civilisation n’est éternelle – n’en déplaise aux fantasmes des fascistes.

On va vers la catastrophe!

Qu’en est-il de Rome, la Ville Éternelle?

Rome change également, par la force des choses. Elle prend des rides. Ses murs se remplissent de tags. Les monuments modernes tentent de cohabiter avec les quartiers antiques. Ce qui ne plait pas forcément à tout le monde.

Que c’est loin tout ça, tout a changé. C’est pénible de devoir vivre dans une ville qui n’est plus la mienne. Ma Rome était autre.

L’erreur serait de vouloir figer le temps. Rome s’adapte. Elle change tout en conservant son identité. La ville reste à jamais éternelle car elle a su devenir malléable tout en gardant ses racines. Le chêne et le roseau. Son caractère conquérant hérité des Césars (cf Romanzo Criminale).Veni vidi vinci.

Nous devons vaincre, et nous vaincrons!

Une ville qui a du malgré tout accepter de mettre de l’eau dans son Frascati après l’invasion des barbares et revoir ses ambitions. Au placard les rêves d’expansion. Il a fallu construire de nombreux musées, sans s’en retrouver prisonnier. Protéger volontairement les ruines du forum par respect, envers les chats.

Vivons en paix sans emmerder le monde.

Continuer à danser jusqu’au matin.

Rome reste Rome. Elle n’est pas n’importe quelle ville bien qu’elle ait du s’assagir. Ce qui n’empêche pas qu’on continue d’y parler fort. On y soigne toujours l’esthétique, ainsi qu’une certaine idée du plaisir (cf Satyricon). L’importance de bien vivre (cf La Dolce Vita).

Travailler? C’est pas Rome! À force de regarder au loin tu vois une autre ville.

Sous le poids d’une église encore lourde à manoeuvrer (cf Anges et démons) mais dont les Pères savent visiblement se mettre au diapason quand la situation l’exige. Ils suivent la tendance par instinct de survie.

Pour rester inspirante, Rome a du faire d’autres concessions. Abandonner quelques oeuvres d’art pour permettre à des serpents sous-terrains d’emmener ses voyageurs de faire du shopping de Laurentina à Rebibbia. Surtout ne pas se laisser aspirer dans ses catacombes.

Il y a un vide de l’autre côté.

Rome continue de faire rêver car elle a gardé son charme intact. Elle inspire de par son histoire et cette vie qui continue d’y régner. Jadis toutes les voies y conduisaient. Aujourd’hui, les voies la traversent et son esprit voyage.

J’aime les Romains qui ne font pas attention à toi, comme les chats. Rome est la ville des illusions. La ville de l’Église, du gouvernement et du cinéma. Rome est une illusion. Comme moi, comme vous, le monde meurt car surpeuplé. Quel meilleur endroit que cette ville plusieurs fois morte et ressuscitée pour attendre l’Apocalypse.

Rome survit à la décadence.

À l’aube du metaverse (cf Ready Player Now), peu d’univers ont réussi à rester de séduisants terrains de jeux, en conjuguant l’histoire au présent. Rome a ce charme tragique qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Unico grande amore. Jaune comme le soleil et rouge comme le coeur.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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