MR. ET MRS. SMITH

MR. ET MRS. SMITH

Doug Liman, 2005

LE COMMENTAIRE

Quand on est en couple, on est beau, on est jeune, on est fou. Puis un beau jour, on se retrouve dehors en petite tenue. Tout a explosé autour de nous. Les belles certitudes se sont envolées. Ce qui est devenu une piste verte se transforme soudainement en hors piste. Alors on peut faire le choix de jeter l’éponge ou tout reconstruire. Encore mieux, on peut apprendre à vivre heureux ensemble dans les décombres.

LE PITCH

Après cinq ans ensemble, deux tueurs à gages traversent une crise de couple.

LE RÉSUMÉ

John (Brad Pitt) et Jane Smith (Angelina Jolie) sont en couple depuis cinq ou six ans, on ne sait plus très bien déjà. Tous les deux sont en thérapie pour sauver leur couple. Ils ne couchent plus ensemble, ce qui n’est plus très bon signe a priori.

Que le jour de leur rencontre à Bogota leur semble loin. Ils étaient tous les deux en mission et avaient fait mine d’être en couple pour se soustraire aux autorités. Car ils sont tueurs à gages tous les deux mais font semblant d’être directeur de construction et consultante en soutien technique.

La routine les ennuie, au moins autant que leurs voisins. Leurs discussions techniques sur la couleur des rideaux laissent transpirer une lassitude. Ils n’ont clairement plus envie.

If you don’t like them we can take them back.

All right, I don’t like them.

You’ll get used to them.

Leur couverture explose lorsque leurs employeurs respectifs les assignent sur la même mission. John et Jane découvrent qui ils sont. Problème : leur mission est sabordée. Ils doivent désormais se tuer. Ambiance.

Tous les deux s’affrontent sans pitié. Le moment est venu de vider son sac, alors ils en profitent (cf Three billboards).

You killed us.

Provocative.

You approached our marriage like a job, to be reckoned, planned and executed.

And you avoided it.

What do you care, if I was just a cover?

Well, who said you were just a cover?

Wasn’t I?

Wasn’t I?

Au moment de porter l’estocade, John préfère baisser son arme. Jane n’a pas le coeur à tirer non plus. À la place, ils font l’amour comme la première fois.

Leurs employeurs ne peuvent plus compter sur eux. John et Jane ont une armée de tueurs à leurs trousses. Ils décident de se serrer les coudes. Leur plan : kidnapper une cible pour l’utiliser en monnaie d’échange contre leur liberté. Avec surprise, ils apprennent de la bouche de l’otage que leurs employeurs avaient tout manigancé depuis le début – dès qu’ils ont découvert que John et Jane étaient mariés. Il s’agissait que de se servir de l’un pour supprimer l’autre et affaiblir le concurrent.

Raison de plus pour John et Jane de faire équipe. Plus de raison d’avoir peur du conseiller matrimonial.

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L’EXPLICATION

Mr. et Mrs. Smith, c’est l’éternel retour du couple.

Nietszche pensait que la vie était cyclique. D’après lui, la mort suffit à prouver l’absurdité de notre existence. Ce qui est une chance. Car pour peu que nous acceptions la possibilité du néant, notre quotidien pourrait s’en trouver libéré d’un poids considérable. Vivre comme s’il s’agissait du dernier jour. On chercherait à vivre chaque instant comme s’il pouvait se répéter éternellement (cf un jour sans fin).

Le couple s’inscrit lui aussi dans une temporalité faite de cycles. Il évolue à travers une série d’étapes.

#1 La rencontre

Elle se réalise de manière plus ou moins organique. En tout cas, elle se produit. Le coup de foudre à Bogota. Le décollage. L’attirance qui ne s’explique pas. Les amoureux des bancs publics. Le sexe jusqu’à plus soif.

#2 L’officialisation

Le moment où l’on se regarde dans le blanc des yeux pour se dire qu’on a envie de se lancer ensemble dans cette aventure passionnante. Jusqu’à ce que la mort les sépare. Pas besoin d’aller jusque là pour certains (cf 4 mariages et 1 enterrement). Tout le monde ne parvient pas à dépasser ce cap fondamental (cf Love).

#3 La lune de miel

Ceux qui y arrivent vivent en général une période épanouissante où tout parait encore facile. On surfe sur les événements avec légèreté. Il n’y qu’à se laisser porter par l’amour et prendre des photos. On sent à peine les turbulences.

#4 La routine

Puis l’on passe lentement, mais sûrement, en mode auto-pilote. Tous autant que nous sommes. Car nous avons besoin de créer des habitudes. Le rituel du même restaurant le samedi. La série avant de se coucher. Les pantoufles. Tout ce qu’on redoutait auparavant, on l’accepte désormais – avec tendresse. On joue un rôle. Chouchou et Loulou. Le choix de la raison (cf Two Lovers).

#5 La galère

C’est après que ça se complique, inévitablement. Le moment où l’on commence à construire et faire des plans sur la comète. Les enfants. Les vergetures. Le survêtement le dimanche. La maison. Les crédits avec les premières engueulades. L’absence de sexe.

Come on, let’s talk about this! You don’t want to go to bed angry!

Les petites rancunes apparaissent à la surface. On atteint la limite. La fosse sceptique se bouche. Ça vomit de reproches dans tous les sens. Et ça fait mal à chaque fois.

What’s wrong with you?

You’re what’s wrong with me John.

On cherche à se retrouver parce qu’on n’abandonne pas à la première difficulté. Personne n’a envie de compromettre son investissement ou reconnaitre qu’il s’est trompé. Les déclarations d’intention se multiplient, la passion en moins. Diplomatique.

I missed you.

I missed you too.

On se retrouve soudainement plus exposé à cette tentation qu’on refusait de voir. Les possibilités de tromperie paraissent plus séduisantes, moins lourdes de conséquences (cf Proposition indécente).

C’est en réalité le moment fondateur du couple où l’on réalise qu’on croyait tout savoir de l’autre alors que pas du tout. Difficile d’accepter que sa partenaire compte plus d’aventures au compteur que soi, parfois même avec deux amants. On envisage alors son ou sa partenaire sous un nouveau jour, parfois même jusqu’à se considérer comme deux ennemis pouvant faire obstacle à notre développement personnel.

En général, on peut compter sur les amis pour obtenir de précieux conseils, d’un côté…

This broad is not your wife, she’s the enemy.

She tried to kill me.

They all try to kill you. Slowly, painfully, cripplingly, and then wham. They hurt you.

… comme de l’autre.

You don’t love him.

No.

You’ll kill him, and nobody’s better at that than you are.

Thank you.

And then it’ll be over.

Mettre les choses au clair peut aider à dénouer les noeuds. On redéfinit ce qu’on attend pour soi et de l’autre.

You don’t want a team, you want a servant for hire.

I want someone I can count on.

Lors de cette étape essentielle, on se rend compte que le couple n’est pas la tarte annoncée. C’est plutôt beaucoup de travail pour que le soufflé ne retombe pas. Il faut se battre pour avancer, malgré les vents contraires. Avec réalisme (cf Le Chat).

Happy endings are just stories that haven’t finished yet.

Certains n’y arrivent pas et se séparent en bonne intelligence. D’autres essaient de s’oublier (cf Eternal sunshine). La plupart se fait carrément du mal (cf Les liaisons dangereusesPhantom ThreadL’EnferLa guerre des rose).

Lors de cette étape charnière, on peut néanmoins se souvenir de ce moustachu génial qu’était Nietzsche. Penser comme si on n’avait rien à perdre. Parce que qu’est-ce qu’il y a à perdre au juste?

Promise to leave town, or I’ll blow it.

OK. I give up. Blow it.

What?

Go on, blow it.

You think I won’t?

I think you won’t.

Respirer. Ne pas se prendre la tête. Retrouver l’insoutenable légèreté de l’être de Kundera. Éviter de lâcher la main de l’autre parce que ce serait dommage. Sentir à nouveau l’envie revenir. Reprendre du plaisir. Laissez le phénix renaître de ses cendres.

Ça parait si simple.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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