SOUS LE SOLEIL DE SATAN

SOUS LE SOLEIL DE SATAN

Maurice Pialat, 1987

LE COMMENTAIRE

Quand on part au combat en première ligne, on se rase la tête – pour éviter d’attraper des poux. Lorsqu’ils partent en campagne, les soldats vivent rarement dans le confort (cf À l’ouest rien de nouveau, Full Metal Jacket, Les Sentiers de la Gloire). Quand on part au combat au nom de Dieu, on peut se contenter d’une tonsure afin d’éloigner les sirènes (cf Knock Knock, le Nom de la Rose).

LE PITCH

Un jeune abbé tourmenté croise la route d’une pécheresse.

LE RÉSUMÉ

Bien qu’il soit considéré par l’Eglise comme un fort potentiel, l’abbé Donissan (Gérard Depardieu) a le syndrome de l’imposteur. Il questionne vivement sa vocation (cf Doute), et il s’auto-flagelle (cf Stigmata).

Quand je suis avec vous tout me parait simple, quand je suis seul je ne vaux rien. Je suis comme le zéro qui n’a de valeur qu’à côté des autres chiffres. Y’a rien de plus malheureux qu’un prêtre.

L’abbé Menou-Segrais (Maurice Pialat) tente de le rassurer.

Il faut n’être qu’un pauvre prêtre pour connaitre l’effroyable monotonie du pêché.

Menou-Segrais sous-entend que Donissan pourrait être un saint. Le jeune homme semble pourtant inconsolable.

Germaine Malhorty (Sandrine Bonnaire) fréquente des hommes mûrs, du haut de ses seize ans.

Viens ici, petite salope!

Elle fait tourner en bourrique le marquis de Cadignan (Alain Artur). Puis, elle le tue d’un coup de fusil! Elle se réfugie chez un autre de ses amants, le médecin Gallet (Yann Dedet) auquel elle fait du chantage.

J’mens tout le temps, c’est plus fort que moi.

Donissan doit se rendre dans une paroisse voisine. Il fait la route à pied et se perd dans la nuit. Un étrange maquignon (Jean-Christophe Bouvet) vient à sa rencontre et tente de le séduire. Il l’embrasse.

L’obscurité rapproche les gens.

Donissan voit en lui une incarnation du démon.

Regarde moi bien en face, tu vas te reconnaître. Vois comme tu es transparent.

Retire-toi Satan. (…) Je ne veux pas me connaitre de cette façon.

Il s’évanouit après que l’autre homme lui ait donné un don de vision à travers les êtres. Donissan reprend sa route au petit matin et croise Germaine. Il perce très vite son secret.

Je ne vous ai pas cherché. J’ai fait un très long détour pour vous trouver. (…) En vous voyant j’ai vu Dieu dans votre coeur.

(…) Vous devez le savoir, vous qui savez tant de choses. (…) Priez votre bon Dieu de ne jamais passer par là où je suis passée.

(…) Vous vous croyez exceptionnelle, (…) Vous êtes un jouet dans les mains de Satan. (…) Tu la sens l’immense tromperie de ta vie ?

Profondément déstabilisée par cet échange, l’adolescente se tranche la gorge. Donissan dépose alors le corps de la défunte aux pieds de l’autel de l’église, ce qui lui vaut d’être puni par sa hierarchie.

Désormais curé de Lumbres, Donissan s’investit auprès de ses paroissien·nes. Les locaux le considèrent comme un saint capable de ressusciter les morts. Il vient ainsi en aide à un jeune garçon mourant d’une méningite. On crie au miracle.

Il est vivant, il est vivant!!

Donissan n’est pas soulagé.

J’attends ton pardon…

Il supplie son seigneur de l’épargner.

Si je suis encore utile, ne me retirez pas de ce monde…

Erreur! On ne donne pas d’ordre au tout puissant, même sous forme de prière. Donissan s’éteint, épuisé, dans un confessionnal.

L’EXPLICATION

Sous le soleil de Satan, c’est la canonisation d’un marginal.

Contrairement à ce que voudraient nous faire croire les apôtres du don’t worry be happy (cf Beetlejuice), la vie n’est pas de la tarte : entre deux événements heureux, on saute de frustration en frustration. On s’enferme volontairement dans une morale qui étouffe sous le poids de la culpabilité, à l’image de Germaine.

On a honte bien sûr, peu importe avec qui on couche. (…) Je crois que je suis folle.

Plus le temps passe, et moins l’on arrive à comprendre les mystère de la vie (cf No country for old men). La nostalgie devient douce. Les regrets nous envahissent (cf Inception). On s’accroche à ce que l’on peut pour éviter de se voir lentement vieillir (cf Benjamin Button) et perdre ses moyens (cf The Father, Still Alice) jusqu’à ce que l’on nous jette carrément à la poubelle.

Si la vie était une partie de plaisirs, pourquoi aurait-on tant besoin de se créer des arrière-mondes ?

La perspective de ces arrière-mondes aide à faire passer la douloureuse pilule de l’existence, transformant cette vie en une transition un peu pénible vers un paradis éternel – mais hypothétique.

Les catholiques sont les champions pour donner l’impression que la vie n’est pas ce à quoi elle ressemble. Pour nous détourner de la difficulté, l’église fait croire à des tas d’histoires hallucinantes de résurrection, de fécondation par l’esprit saint ou d’eau changée en vin.

On trouvait du côté de l’église beaucoup d’illuminés que les croyant·es avaient vite fait de transformer en saints. Des illuminés comme Donissan, qui se donne des coups de chaînes dans le dos pour se punir. Un homme convaincu que le mal est partout (cf L’associé du diable).

Prenez garde, vous ne m’avez pas compris. ‘Il’ est là. M’avez-vous compris ? Je vous dis que nous sommes vaincus!

Donissan est celui qui donne l’impression de tout savoir.

J’ai eu la vision, la certitude…

Il affirme parler au nom de Dieu et exercer sa volonté, tout en résistant à la tentation.

L’épreuve vient de Dieu, je l’attendrai…

Privé de soutane et sans l’appui de l’abbé Menou-Segrais, Donissan ne serait rien d’autre qu’un vulgaire marginal.

Cependant, à l’époque, le fait qu’il mette sa folie au service de Dieu pouvait rassurer. On voulait y croire, comme la mère de cet enfant atteint de méningite qui avait besoin d’aller voir un sorcier. Une thérapie expérimentale. Un traitement de la dernière chance. Donissan se croit habité. Il ne doute absolument pas de lui.

Je suis sûr qu’un mot de moi pourrait ressusciter ce petit mort.

À l’époque il fallait donc canoniser ces farfelus ou en faire des super-héros (cf Priest).

Puis on s’est rendu compte que ces fous étaient juste des escrocs ou des criminels (cf Spotlight, Amen, Doute, Nous ne sommes pas des anges). La religion judéo-chrétienne bat sérieusement de l’aile. Son troupeau doit changer de crémerie ou se débrouiller seul.

Alors on se réfugie dans les arrière-mondes que l’on trouve. Certain·es voudraient vivre dans le metaverse (cf Ready Player One), ou un monde imaginaire (cf Alice aux pays des merveilles). L’alcool (cf Leaving Las Vegas) ou la drogue (cf Trainspotting). D’autres se ré-écrivent leur histoire (cf L’odyssée de Pi, Memento).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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