MEN

MEN

Alex Garland, 2022

LE COMMENTAIRE

La vie au féminin n’est pas toujours une partie de plaisirs. Plutôt un tunnel effrayant, au bout duquel on ne voit pas forcément la lumière. Au mieux, on se retrouve seule face à soi-même. Avec ses peurs, ses doute et son courage.

LE PITCH

Après avoir vécu un drame, une Anglaise part se mettre au vert.

LE RÉSUMÉ

Harper Marlowe (Jessie Buckley) quitte Londres pour quelques jours. Direction Cotson, un petit village dans le Sud Ouest de l’Angleterre. Accueillie par Geoffrey (Rory Kinnear), elle prend ses quartiers dans une maison d’hôte très charmante. Elle appelle son amie Riley (Gayle Rankin) pour l’informer qu’elle est bien arrivée.

Très vite, le fantôme de James (Paapa Essiedu) ressurgit. En pleine procédure de divorce, il s’était jeté dans le vide. Sa mort hante Harper qui tente de trouver un peu de sérénité dans ses balades en forêt.

Intimidée au moment de traverser un long tunnel obscure, Harper s’amuse avec l’echo de sa voix jusqu’à ce qu’une ombre se manifeste à l’autre bout puis se lance à sa poursuite. Un homme nu et désorienté qui rôde autour de la propriété.

Harper appelle aussitôt la police qui intervient immédiatement. L’officière (Sarah Twomey) se veut rassurante.

Les souvenirs des violentes disputes avec James reviennent pourtant en boucle.

I’ll kill myself.

You cant say something like that!

Aux abords d’une église, un jeune homme visiblement perturbé (Rory Kinnear) l’insulte. L’évêque local (Rory Kinnear) intervient immédiatement puis se propose d’écouter Harper.

If I may, I think you need to be understood.

Prétexte pour mieux lui faire la morale sur un ton paternaliste, tout en lui mettant la main sur le genou.

Did you give him a chance to apologize? (…) Men strike women sometimes. It’s not nice but it’s not capital offense.

Harper s’en va, furieuse.

Fuck off!

Un petit tour au pub local, entourée d’hommes qui mettent sa version en doute. Frustrée, elle rentre à la maison où elle commence à être victime d’hallucinations, voyant un officier de police (Rory Kinnear) apparaître puis disparaître.

Le cauchemar commence. Poursuivie par tous les hommes qu’elle a croisés à Cotson, qu’elle estropie avec un couteau ou qu’elle renverse avec sa voiture.

Harper se retrouve acculée dans la maison, toujours face au même homme qui ne cesse de donner naissance à un autre, jusqu’à ce que James ne réapparaissent – encore marqué par son suicide : la main coupée en deux et la cheville brisée par la chute.

Elle lui demande calmement ce qu’il attend d’elle.

Your love.

Le lendemain matin, Riley arrive sur les lieux. Rassurée de voir son amie visiblement épuisée mais soulagée.

L’EXPLICATION

Men, c’est seule contre tous.

Des changements de société s’opèrent, notamment concernant la parité entre les hommes et les femmes. Les porcs sont cloués au pilori (cf l’intouchable Harvey Weinstein), d’autres têtes tombent et de nombreuses tremblent (cf Les Valseuses).

On dénonce des féminicides (cf American Murder), sur lesquels on fermait les yeux jusque là (cf Sueurs Froides, Rebecca). Le fou d’amour chanté par Johnny Hallyday est maintenant reconnu pour ce qu’il est : un meurtrier.

Grâce à ces changements, les consciences s’éveillent (cf Je ne suis pas un homme facile), petit à petit…

Petit à petit seulement car ce genre de changements structurels met toujours trop de temps. Certaines habitudes sont tenaces, ancrées trop profondément dans la culture (cf Le procès du 36).

De ce point de vue, l’histoire de Harper est symptomatique de ce que vivent encore les femmes, prisonnières de tous les hommes, de leur influence néfaste (cf Mon Roi) ou de leurs injonctions (cf 10 Cloverfield Lane).

James est le premier d’entre eux.

Celui qu’elle a décidé d’épouser et avec lequel, les choses ne se sont pas terminées comme dans les contes : Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. À croire que la réalité était moins rose (cf Marriage Story).

Elle a réclamé le divorce. Il ne voulait pas lui en donner la permission.

You’re not divorcing me!

Comme elle était dans son droit et qu’il n’était pas juge, il l’a alors menacée – sans assumer ses actes. Masculin classique.

It’s not a threat, it’s a warning.

Il l’a donc frappée, comme un homme qui ne sait plus quoi faire qu’employer sa force. Puis il s’est carrément suicidé. Ultime cadeau empoisonné.

You’re going to have to live with it on your conscience.

Suite à ce traumatisme, Harper éprouve le besoin de se retrouver. Se retrouver seule.

Cependant, les hommes ne le lui permettent pas de le faire. Ils sont partout et se ressemblent tous. Malveillants. Malsains.

Geoffrey ne connaît pas encore Harper qu’il se permet déjà de lui dire quoi faire, ou ne pas faire. Tel Dieu le Père, il lui reproche d’avoir croqué une pomme dans le jardin.

You must not do that!… I’m joking.

L’évêque lui impose sa lecture des choses.

You’re tormented.

Un jeune homme masqué l’insulte gratuitement. L’officier de police n’a que faire de ses inquiétudes. La femme est accusée explicitement de tout. C’est elle qui fait de l’homme un fou d’amour.

This is what you did.

Accusée également implicitement de se faire des idées, ce qui la contraint à devoir se justifier.

I’m not making this up!

Violence psychologique. Monde à l’envers. C’est elle qui se fait frapper, mais c’est également elle qui tient le mauvais rôle.

You’re so mean.

Les hommes se pardonnent tout à eux-mêmes. Malheureusement, il semble que les femmes ne soient pas en position de pouvoir en faire autant.

Harper souhaitait se séparer d’un homme, sans que les autres ne la poursuive.

Elle voulait simplement vivre un petit peu.

I have a life too!

Après tous ces événements bouleversants, cette retraite devait être paisible.

I didn’t come here to be afraid.

Il n’en est rien. Soit.

Les femmes doivent se battre en permanence pour ne plus être victimes. S’emparer de la hache (cf Shining). Harper accepte finalement de jouer à cache-cache comme cet inconnu lui proposait de le faire. À ceci près que c’est elle qui va débusquer les hommes.

Ready or not, here I come.

Elle fait face, enfonçant profondément la lame dans le ventre de l’évêque qui tentait de la violer. Plus effrayée devant l’hydre masculin. Affrontant James lors d’une ultime conversation, lui permettant de sortir de cette nuit infernale (cf Elle).

Au petit matin, Harper est en vie.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

2 commentaires

  • Ahah, cet article est plus clair que le film lui-même. ^^ C’est une interprétation.

    Que penses-tu du sous-titre du film, figurant sur l’affiche « le mâle engendre le mal » ? Je me suis demandé s’il n’y avait pas une autre idée cachée derrière les images pseudos bibliques d’Harper mangeant la pomme, puis la créature mangeant la pomme, puis toutes les pommes qui tombent de l’arbre. Les petites phrases prophétiques comme les « les pommes tombées attirent les guêpes »…
    Ce sous-titre serait raccord avec les accouchements multiples également.

    Pour moi, c’est comme si Garland s’interrogeait sur l’origine du mal, en remontant aux… »temps anciens ». D’où la présence de la « chose », qui ressemble à un dieu païen, vivant nu dans la nature sauvage, avec sa petite feuille verte collée sur le front.
    Par contre, je n’arrive pas à saisir ce qu’il a voulu dire, à travers ce film. C’est comme s’il y avait deux histoires en une, confondues. Au final, j’ai le sentiment de n’avoir rien compris, ni à l’une, ni à l’autre.

    • Merci pour ce commentaire. En effet, il me semble que Men est une dénonciation des hommes comme responsables de tous les maux éprouvé par la femme. La femme coupable du pêché originel selon Augustin. La « chose » que tu décris pourrait être Adam qui court après Eve, la feuille de vigne attachée à son front. Les hommes, indistinctement, font vivre un cauchemar à la femme. Ils s’emparent même de sa capacité de procréation (cf L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune). Malsains, vulgaires, pervers. Ils empêchent la femme de s’épanouir.

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