MARCHE À L’OMBRE

MARCHE À L’OMBRE

Michel Blanc, 1984

LE COMMENTAIRE

Le Français est râleur. En général, il peine à faire des compliments. Par contre, il sait se plaindre et pointer tout de suite du doigt ce qui ne va pas. Quand on pense que ça va mal, on peut toujours se consoler en se disant que ça pourrait être pire. On pourrait par exemple être sous la pluie. Elle pourrait être battante. On pourrait être mal accompagné plutôt que seul.

LE PITCH

Deux vagabonds font étape à Paris.

LE RÉSUMÉ

François (Gérard Lanvin) et Denis (Michel Blanc) débarquent à Marseille en bateaux, en passagers clandestins. Direction Paris où ils doivent retrouver un certain Gérard qui leur a promis du travail. Mauvais nouvelle.

Y’a pas de Gérard ici, allez vous-en!

Denis traine la jambe. François ne se démonte pas. Ils vont trouver une solution. Tout d’abord une chambre d’hôtel à 40 francs. Les deux hommes partent à la chasse. François revoit une ancienne conquête puis se fait virer au milieu de la nuit avant que le mari ne rentre. Denis séduit une jeune Irlandaise qui décampe lorsque François rentre à l’hôtel.

Les deux hommes font la manche sous la pluie, vers les cinémas. Mathilde (Sophie Duez), une jeune danseuse, tape dans l’oeil de François. C’est peut-être le début d’une histoire.

Chassés de leur hôtel car ils ne peuvent plus payer leur chambre, Denis et François se retrouve dans un squat avec des Africains. Ils piquent leur nourriture dans les supermarchés et continuent de jouer de la musique, dans le métro cette fois-ci.

François a du mal à se sortir Mathilde de la tête. Il ferait pourtant mieux car la jeune fille va bientôt partir à New York pour un an.

C’est pas le moment de commencer quelque chose.

Et puis finalement ils commencent quand même parce que l’amour ne se contrôle pas. Il faut vivre le présent, même s’il ne dure que deux jours. Mathilde change d’idée, elle veut rester. François l’en dissuade.

J’ai pas envie que tu gâches ta vie pour moi.

Elle part.

Il s’en veut et se rend à l’aéroport pour la retrouver.

L’avion décolle. Il l’a ratée.

Bonne nouvelle elle n’est pas dedans.

Mauvaise nouvelle, elle part dans la soirée, pour de bon. Tant pis pour lui.

Ça me fait chier d’avoir raison.

Denis s’est fait casser la figure dans le métro. Il retrouve ses agresseurs un peu plus tard, auquel il échappe miraculeusement avec l’aide de François. Il est temps de mettre les voiles.

On a intérêt de trouver un quartier où on est un peu moins les vedettes. 

Direction NYC, où rien n’est impossible. François y recroisera peut-être sa princesse.

Capture d’écran 2020-04-21 à 18.40.43

L’EXPLICATION

Marche à l’ombre, c’est fluctuat nec mergitur.

François et Denis sont deux apprentis qui sont des adeptes du carpe diem (cf Le cercle des poètes disparus), à défaut d’autre chose. Ils ne peuvent pas faire autrement. Ils sont des forces opposées puisque l’un est résolument optimiste quand l’autre voit toujours le verre à moitié vide. Pourtant leur tandem avance tant bien que mal. En réalité, ils ont besoin l’un de l’autre (cf The Dark Knight). C’est de cette manière qu’ils trouvent un équilibre et qu’ils ne coulent pas.

Les deux amis se chamaillent en permanence.

Ah ça y est! T’as décidé de me faire chier!

C’est leur mode de fonctionnement. Denis a besoin de se faire plaindre et François a besoin de jouer le rôle de capitaine (cf Master & Commander). Il a de l’ambition, ou plutôt des rêves.

Faut faire mieux que s’en sortir.

Denis aussi aimerait bien un peu de confort mais il est plus réaliste. Il faut voir la réalité en face : si ces deux là avaient vraiment du talent ils auraient déjà croisé le succès sur leur route. Ils ont plutôt le profil de deux beaux losers :

Je me suis encore fait jeter.

Si l’on apprend plus à travers un échec, alors ceux deux là seront des grands sages à la fin de leur vie – qui sera longue tant ils savent naviguer. Denis est conscient qu’ils ne sont pas prêts à se poser. Ce n’est pas dans leur nature car il s’agit là de deux belles cigales.

Avec mon pote on revient d’Athènes et puis Ibiza, la cueillette des olives en Provence. On suivait la chaleur. Maintenant on va bosser sérieusement.

On pourrait penser que Paris n’est pas une ville pour eux. La pluie, la grisaille, la pollution. Les Parisiens.

Des gens comme ça on devrait les garder pour faire des expériences dessus!

Ce n’est pas vraiment le délire.

Pourtant ils ne sont pas à Paris totalement par hasard, surtout si l’on s’en réfère à la devise de la ville : Battus par les flots mais ne sombrent pas. Plie mais ne rompt pas. Ces deux roseaux arrivent toujours à s’en sortir. Sans rien dans les poches, ils finissent à l’hôtel malgré tout. Virés de leur hôtel, ils trouvent un squat. Ils se débrouillent pour rester séduisants malgré leur condition minable. Denis le petit rabougri réussit à ambiance une jeune Africaine alors que François fait tourner la tête d’une jeune danseuse.

marchombre 09

Le monde à l’envers? Pas tout à fait.

Ces deux là sont en réalité deux vrais Parisiens dans l’âme.

Prise dans ses propres embouteillages, Paris était devenue une ville de grincheux (cf Paris). Puis elle s’est endormie sur un passé dont raffolent les Américains (cf Midnight in Paris). Aujourd’hui, les voies sur berges ont permis la gentrification. C’est ainsi que Paris est devenue la capitale de hipsters mous et faussement philosophes (cf Paris est à nous).

N’oublions pas que Paris, à l’origine, était surtout une ville de débrouillards (cf La traversée de Paris). Une ville de caractère, le fief de Doisnel, théâtre de ses 400 coups. Avant les petrodollars des Qataris, le PSG était le club d’une chaîne cryptée : Ronaldinho mis sur le banc par Luis Fernandez. C’était ça Paris!

François et Denis en sont les dignes représentants. Ils naviguent à vue, sans boire la tasse. Et comme nul n’est prophète en son pays, ils partent à la conquête des Stètes.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.