LES VACANCES DE M.HULOT

LES VACANCES DE M.HULOT

Jacques Tati, 1953

LE COMMENTAIRE

La vie comme une partie de tennis (cf Match Point). Derrière la ligne de fond de court, dans le respect le plus strict des règles. Ce qui ne nous empêche pas de nous exprimer dans un style peu orthodoxe. À enchaîner les services jusqu’à plus soif.

LE PITCH

Un homme passe ses vacances au bord de la mer.

LE RÉSUMÉ

L’heure des vacances a sonné. Tout le monde se précipite à la gare pour s’entasser dans les bons wagons. Direction la côte.

Monsieur Hulot (Jacques Tati) arrive par ses propres moyens, avec sa voiture pétaradante. Il se fait remarquer immédiatement. Sa maladresse lui vaut le don d’irriter les autres clients de l’hôtel.

Sur la plage, c’est le même programme chaque jour. On prend le soleil. Les enfants jouent au ballon ou se baignent. M.Hulot est malheureux sur l’eau mais il impose sa loi sur les courts – ce qui lui vaut l’attention de la jeune Martine (Nathalie Pascaud), avec laquelle il échangera quelques pas de danse lors du bal masqué.

Une petite excursion à la campagne. Quelques feux d’artifices. Et les vacances sont déjà finies.

On s’est assez amusé?

L’air se rafraîchit. L’heure de plier bagage est venue. Il faut repartir.

M. Hulot s’apprête à reprendre la route.

L’EXPLICATION

Les vacances de M.Hulot, ce sont les prémices de la standardisation du loisir.

M. Hulot est un personnage hors du commun au sens où il n’appartient pas à la norme. Il voyage en célibataire alors que la majorité se déplace en famille ou entre amis (cf Les petits mouchoirs). Son moyen de transport est individuel. Dans cet environnement estival, il fait office de témoin d’une époque (cf Knight of Cups). Il ne se fond jamais véritablement dans le moule (cf Vol au dessus d’un nid de coucou).

Hulot observe le développement d’un nouveau rituel bourgeois qui va se reproduire chaque année : les vacances. Une transhumance qui porte les Français en dehors de leur ville, mais pas en dehors des frontières, pour y faire un break avec ce qui va bientôt se transformer en une vie de fous (cf Playtime).

On est loin de passer l’été au camping. Non. Les possédants préfèrent toujours rester entre eux. Aller se dorer la pilule calmement en Bretagne où les plages n’ont pas été saccagées par le débarquement (cf Il faut sauver le soldat Ryan). Une côte Ouest où le bon goût a été quelque peu préservé, contrairement à la côte d’Azur (cf Mektoub my Love).

Qu’est-ce qu’on aperçoit là-bas? C’est St Nazaire?

Le loisir commence déjà à se standardiser puisque tout le monde se rue dans les trains ou les bus pour se rendre dans les mêmes hotels de la plage, et y faire la même chose chaque jour. Une habitude est en train de naître puisque les familles reproduiront ce schéma inlassablement d’année en année.

Un investissement immobilier permettra de ne plus se poser la question de savoir où aller en juillet-août. Les parents aiment prendre les vacances comme point de repère afin de mieux mesurer comment leurs enfants changent. De leur côté, les enfants s’y créent des souvenirs heureux qui leur donneront envie d’offrir la même expérience joyeuse à leurs enfants. On passe le flambeau. Ainsi, la notion de vacances va pouvoir se transmettre de génération en génération.

À chaque saison, c’est la même chose. Pourquoi changer?

Les vacanciers développent des réflexes. Par exemple, ils continuent de se plaindre. S’ils cherchent à faire une coupure avec leur vie de tous les jours, ils ne sont pas tout à fait prêts à abandonner ce qui est constitutif de leur existence comme les petits tracas du quotidien.

Pour moi les vacances sont toujours reposantes. Malheureusement, il y a trop de vent. On n’est jamais bien coiffé.

Facile de trouver quelque chose qui ne va pas, ou un motif de râler. On ne prend pas congés de ses problèmes. Se plaindre de ses voisins comme on peut se plaindre de ses collègues est bien trop plaisant. Quand Hulot débarque au réfectoire, il n’y a plus de place pour lui. Alors l’assistance le regarde de travers. Alors que tout le monde devrait logiquement être détendu, un climat de tension sur courant alternatif continue de régner.

En vacances, on continue d’y écouter les informations – qui sont immanquablement angoissantes.

Mes chers concitoyens, l’heure est grave!

Histoire de ne pas pleinement profiter de la vie. Garder un petit nuage gris, quelque part au milieu de ce magnifique ciel bleu. Ne pas couper le cordon avec le monde des mauvaises nouvelles.

On profite de ses vacances pour continuer de déblatérer sur les questions économiques : la reprise, la crise, l’austérité… Certains flirtent en jouant les romantiques en espadrilles, n’hésitant pas à raconter n’importe quoi (cf Conte d’été). D’autres, plus intellectuels, essaient d’impressionner en parlant de politique.

En un mot, le capitalisme parle trop et l’éclectisme en aura raison.

Plutôt que de s’ouvrir au monde en s’obligeant à découvrir de nouveaux territoires chaque été (cf Nomadland), nous faisons le choix de retourner en terrain conquis. Nous colonisons.

Mêmes endroits, mêmes époques. Nous faisons tous la même chose, tous ensemble. Personne ne s’en rend compte mais c’est le début des voyages de groupe, des tours opérateurs, des villages de vacances, du Club Med (cf Les Bronzés). Retrouver des personnes connues. Des conversations qui tournent autour des mêmes sujets, des activités similaires, des menus des restaurants ne surprennent plus. Bientôt, les albums de vacances sur les réseaux sociaux se ressembleront tous. Vivre de beaux moments.

Hulot dénote car il semble être là par hasard. Il n’a pas la même allure que les autres, ni les mêmes comportements. Tel un chien dans un jeu de quilles, il dérange cette assemblée. Sa musique est trop forte, son moteur tombe en panne, sa manière de jouer au tennis ne correspond pas aux usages. Personne n’ose le lui dire, pourtant il gène.

Hulot se confronte au conformisme des congés payés. Ses vacances n’ont rien à voir avec celles des autres. Elles parlent du besoin d’une autre conception de son temps libre et de comment il est possible de l’occuper.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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