MATRIX
Lana Wachowski, Lilly Wachowski, 1999
LE COMMENTAIRE
Comme le faisait remarquer Desproges : la vie est faite de choix. La tétine ou le téton ? Le sabre ou le goupillon ? La pilule rouge ou la pilule bleue ? A-t-on cette chance ? Même si cela revient parfois à devoir choisir entre la peste ou le choléra.
LE PITCH
L’homme ouvre les yeux pour la première fois.
LE RÉSUMÉ
Ingénieur en informatique le jour, hacker la nuit. Thomas Anderson (Keanu Reeves), dit Neo, est éveillé par Morpheus (Laurence Fishburne). Tout n’est qu’une illusion. Dans le futur, les humains sont devenus les esclaves des machines qui les utilisent comme de vulgaires batteries avant de les jeter dans les WC.
Neo s’empare de la pilule rouge pour rester au pays des merveilles (cf Alice). Déprogrammé de la matrice, il rejoint Morpheus et sa bande dans un monde sans saveur. Une réalité à vomir, en dehors de Trinity (Carrie-Anne Moss) bien sûr.
Le petit nouveau doit s’endurcir avant d’affronter les « agents », des programmes que les machines ont mis en place dans la matrice pour débusquer les récalcitrants.
Neo rencontre l’Oracle qui lui révèle, contre toute attente, qu’il n’est pas l’élu. Qu’est-ce que Neo est donc bien venu faire dans ce bazar ?
Capturé par les agents suite à la trahison de Cypher (Joe Pantoliano), Neo se surpasse pour libérer Morpheus et continuer sa quête. Il arrête déjà les balles. Bientôt il changera l’eau en vin.
I know you’re out there, I can feel you now, I know that you’re afraid… You’re afraid of us, you’re afraid of change. I don’t know the future, I didn’t come here to tell you how this is going to end, I came here to tell you how it’s going to begin.

L’EXPLICATION
Matrix, c’est ce qui pourrait arriver.
Personne ne sait ce qui peut arriver, pas même celles ou ceux qui croient au destin (cf Lawrence d’Arabie). Néanmoins, il est possible de découvrir la réalité pour ce qu’elle est (cf Whakaari, Sans Filtre).
No more, no less.
Ce qui distingue la réalité de la fiction est que sa pilule est plus difficile à avaler. Morpheus n’a pourtant pris personne en traître :
I didn’t say it would be easy, I just said it would be the truth.
Personne n’est à l’abri de découvrir que la réalité sensible n’est qu’une vulgaire matrice, symbole d’un système avec sa bureaucratie oppressante, avec sa société de consommation, son agence de renseignement (cf L’agence). L’individu n’y est qu’un matricule (cf Brazil), du consommable. On peut le débrancher et tirer la chasse.
Plutôt que de reconnaitre les faits, il est plus facile de se complaire dans sa routine, aussi pourrie soit-elle. On reste dans sa caverne et on se contente du spectacle. La vie dépourvue de pensée n’a rien d’impossible. La preuve : Cypher s’est d’abord éveillé. Il a même rejoint l’armée des ombres avant de se raviser en demandant à être ré-intégré dans le système. Faisant le choix du non-choix, qui reste encore un choix si l’on s’en réfère à Sartre.
Neo est différent. Assumant pleinement son statut de disrupteur annoncé, il opte pour sortir de sa caverne. Il va vers la Lumière et affronte les questions qui font mal : Quelle est la valeur d’une personne, au delà des ressources dont elle a besoin pour produire ses déchets (cf Wall-E) ? Que faire à part se plaindre ? Et si l’individu était responsables de tous ses maux ? En cela, l’agent Smith (Hugo Weaving) n’a pas tout à fait tort.
You move to an area and you multiply and multiply until every natural resource is consumed and the only way you can survive is to spread to another area.
Voilà un constat d’autant plus difficile à entendre qu’il est vrai. Si la seule ambition dans la vie est de se reproduire, aller faire ses courses deux fois par semaine pour remplir les décharges, et que le choix cornélien oppose Port-Barcarès à Biscarosse pour les vacances d’été (cf Camping), alors en effet, l’humanité est peut-être le cancer de cette planète.
En attendant, il faut bien continuer à vivre. Faire des choix: le confort du bureau jusqu’à la retraite avec la pilule bleue (cf Monsieur Schmidt), ou sauter dans le vide en prenant la pilule rouge (cf Nomadland).
Ce qui pourrait arriver est de découvrir avec effroi le concept de servitude volontaire. Enfermé·e de son plein gré dans une forme de virtualité plus vraie que nature (cf Ready Player One). Coincé·e dans un système écrasant mais dont on s’est mis·e en dépendance. Encore moins irréaliste quand on considère l’addiction aux écrans (cf Her, Buried).

Comment en est-on arrivé à cette prise de conscience ?
Neo et Morpheus ont d’abord questionné le réel, comme l’a fait Descartes. Ces hommes qu’ils voient passer dans la rue sont-ils des hommes ou des ressorts sur lesquels on a mis une cape et un chapeau ? Sont-ils des individus ou des agents ?
Ainsi ils ont découvert la grande supercherie. Ils sont passés de l’autre côté du miroir, cherchant à améliorer les choses sans parvenir à trouver le patient zéro (cf Contagion). Alors que cette réponse est pourtant clé.
Certes les machines ont pris le contrôle. Comment et surtout pourquoi ? Le futur est devenu aussi sombre car quelque chose, quelque part, a bien du bugger.
Personne n’a la solution. Aucune réponse. Au moins, il faudrait reconnaitre sa propre de responsabilité, à défaut de parler de culpabilité. Essayer de comprendre. Sinon le risque serait de répéter sans cesse les mêmes schémas.
Un problème de fond se cache derrière ces machines qui menacent de remplacer les humains (cf Mondwest). Un population mondiale en croissance, corrélée à la consommation d’énergie qui appelle des besoins de production toujours plus important. Admettons que Neo trouve un équilibre avec les machines, il lui faudra alors reconstruire. On aura sûrement besoin de main d’oeuvre pour rebâtir.
Et après ?
On peut espérer que Neo ait un plan de relance. Des idées lumineuses pour régler le problème des retraites, les logements, les voitures électriques tout en pensant au retraitement des déchets nucléaires (cf Into Eternity), les cotisations sociales, l’emploi. Sans parler de l’immigration ou de l’éducation (cf Varsity Blues), du terrorisme, du changement climatique, de la pédo-criminalité (cf 1 sur 5).
Quel est le projet de société de Neo ?
Ce n’est effectivement qu’un début.
Bonjour Basile et félicitation pour votre article sur MATRIX
Vous avez dit: » Si The Matrix avait été français, nul doute que les projections aurait été plus stylées. »
Et bien je vous rassure, la MATRICE est Française et a été créée en 1976 par l’écrivain Gérard CAMBRI
Pour s’en convaincre, aller ici : http://www.gerardcambri.com/
En 1976 il a déjà inventé dans sa série littéraire tout ce qu’on a pu voir dans la trilogie Matrix.
Au plaisir de vous lire.
J’en étais sûr! Merci Tristan.
L’article a été rédigé quand ? Pour parler de neymar et macron 🤔
Les articles sont mis à jour Kenny. 😉
Bonne analyse ! Effectivement, Matrix c’est ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure… Il arrive à un certain moment de notre vie ou l’on y parvient (ou pas). Mais il y a une différence entre l’éveil (knowing the path) et l’action (walking the path); Et c’est cette transition qui est la plus dure à mettre en place pour ceux ou celles qui veulent changer leur vie !
Merci Alex. Encore plus que la difficulté d’ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure (cf Eyes Wide Shut), Matrix se concentre effectivement sur ce qu’il reste à faire pour changer les choses. C’est toute la différence entre Néo qui doit continuer d’avancer, alors qu’il est persuadé de ne pas être l’élu comme on le lui avait pourtant promis, et Cypher qui décide de se faire réintégrer dans la Matrice, cédant à son amour des steaks bien saignants.
Bonjour,
Je découvre votre site à l’occasion d’une envie de revoir Matrix, dont il m’avait semblé avoir loupé pas mal de choses à sa sortie 😉
Merci pour cette « explication », pour ce remarquable esprit de synthèse et sens de l’humour, et aussi pour l’idée des films en référence de certains commentaires, que je trouve excellente. Encore bravo et merci 🙂
Merci Christine pour votre commentaire. En espérant que d’autres explications vous donneront envie de redécouvrir certains films.